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NOTES DE LECTURE (46)

ROGER NIMIER – LES ÉPÉES – Gallimard / Le livre de poche

Dans la famille Hussards, j’ai demandé Roger Nimier, certainement le plus à droite. Le beau Roger est décédé au volant de son Aston Martin un mauvais jour de 1962, à 37 ans. Blondin et ses copains l’ont beaucoup pleuré. Belle gueule un peu voyou, carrure de rugbyman, ce grand lecteur du Cardinal de Retz et de Saint-Simon était finalement un tendre qui aimait jouer les salauds. Par pudeur, on suppose.

Dans ce roman, il se dépeint (si on veut bien admettre qu’il est le personnage principal) en salaud intégral. Un sale gamin masturbateur amoureux éperdu de sa sœur. Jeune homme, il traverse les années de guerre d’abord en membre d’un réseau de résistance puis comme milicien. C’est d’ailleurs l’échec de sa première mission (l’assassinat de Darland) qui l’a plus ou moins obligé à entrer dans la milice, même s’il semble s’y plaire. Il torture, il mutile, il tue avec une désinvolture et un détachement qui font froid dans le dos.

Puis il revient après la libération à son grand amour, sa sœur dont il déteste les amants et dont il rêve la nuit. François Sanders, le héros, est masochiste, méprisant, cynique. Un vrai salaud qui ravale son désespoir et sa haine en aimant à faire souffrir. Même si au détour d’une phrase, on peut percevoir une âme sensible, un romantique déçu et un grand blessé de la vie. Son intelligence aiguë lui a fait finalement comprendre que c’est la force qui doit dominer partout et tout le temps. Le reste étant du sentimentalisme judéo-chrétien, de la branlette altruiste et de l’idéalisme naïf. Bref, une perte de temps.

Un court roman bien troussé, car Nimier a toujours su écrire, maniant le goût du paradoxe et l’esprit de contradiction d’une plume élégante, très XVIII° (il a toujours vénéré les auteurs de ce siècle, à commencer par Choderlos De Laclos et tous ces écrivains libertins qu’il semble envier tant par le style que par le mode de vie). Détail amusant, Nimier francise tous les mots anglo-saxons, ce qui donne des termes comme chewing gomme ou musique hall. Au moins est-il un résistant du verbe, car pour le reste… On a du mal à imaginer comment il aurait écrit maintenant dans cette marée d’anglicismes.

Sinon, c’est du hussard classique (Nimier avait écrit Le hussard bleu) : indifférence, distance, aquabonisme… « Tout se vaut » ou « ça ou autre chose ». Il n’y a guère que le communisme qui les fait sortir de leurs gonds, et ils sont tous nostalgiques du Reich et de l’Indochine et de l’Algérie française. Avec des Français tous pourris et tous collabos. Petits et mesquins, contrairement à ces grands romantiques d’Allemands qui ont toujours rêvé de grandeur et d’honneur. En revanche, le fascisme ne leur fait pas bouger un cil. L’ordre des choses…

Allez, finalement, et quels que soient les artifices littéraires de l’auteur ; c’est à dégueuler !

MARIA PIA BRIFFAUT – ELLE L’A BIEN CHERCHÉ – Le lys bleu.

On a déjà parlé ici d’un livre de cette autrice qui se trouve être aussi une amie. En pleine période Me Too et justes combats contre les violences sexistes et sexuelles, ce petit livre est d’actualité. Que raconte-t-il ?

L’histoire de L (le prénom a été changé) qui fait la connaissance d’un homme qui lui plaît. En confiance, elle accepte une invitation à prendre l’apéritif chez lui. Elle y va en surmontant ses réticences, mais elle y va quand même. Là, Roger (c’est le prénom de l’autre personnage) la retient à dîner, puis café et pousse-café. Elle veut partir, mais les issues sont bloquées et Roger se comporte comme un prédateur sexuel, lui faisant comprendre qu’elle ne s’en sortira pas comme ça et qu’elle devra en passer par son lit.

Là, le roman met franchement mal à l’aise (un malaise que L. ressent et qu’elle nous fait brillamment ressentir). Sans jamais verser dans le sordide, elle décrit par le menu cette nuit de peur où elle est à demi-violée par un partenaire qui la transforme en objet de ses désirs, sans jamais accéder à ses demandes récurrentes : partir, retrouver sa fille, quitter cet enfer où elle s’est fourvoyée.

L’autrice sait écrire et manie l’humour qui, par petites touches, vient rafraîchir un récit par avance plombant. Elle se transforme en Shéhérazade qui conte des histoires au Sultan, elle pour survivre, L. pour échapper à une situation insupportable. Ainsi raconte-t-elle des histoires de sa jeunesse qui vont de son militantisme de jeunesse à l’évocation de son adolescence dans le Nord, sur fond de désindustrialisation et de récupération maoïste du meurtre de Bruay-en-Artois pas encore La Buissière. C’est peut-être ce qu’il y a de plus émouvant dans ce livre.

L’affaire se termine par un dépôt de plainte annulé sitôt que fait quand l’autrice se rend compte que ses paroles ne valent pas cher devant la suspicion et la quête d’informations précises exigées par la policière en faction. On voudrait partager un cauchemar qu’on veut réduire à une suite administrative de faits et de détails. Le combat est perdu.

On cherchera en vain l’objectivité dans mes commentaires, tant l’autrice est une amie de longue date, retrouvée au hasard des réseaux sociaux. Mais on ne peut lui dénier un vrai talent de conteur (contrice?) et un humour discret à chaque détour de phrase. En plus, son récit résonne avec les causes féministes actuelles où le désir des femmes est forcément coupable. « Elle l’a bien cherché », entendre elle n’avait qu’à pas se laisser séduire, elle n’avait qu’à pas se promener en mini-jupes, elle n’avait qu’à pas se maquiller d’une façon aussi provocante…

Ce livre est salutaire et militant finalement, en plus d’être agréable à lire. Merci M.

FRANCIS CARCO – TÉNÈBRES – Le livre moderne illustré.

Francis Carco, une gueule de faux-dur mélancolique et sentimental. Photo Wikipedia.

Ce vieux Carco qui nous revient avec un court récit augmenté d’illustrations, sorti dans une collection vieille comme « mes robes » (comme disait ma vieille tante). De lui, on garde en mémoire ce Jésus La Caille, écrivain populiste dans la lignée des Mc Orlan et autres Eugène Dabit.

Carco est né en Nouvelle-Calédonie en 1886 et sa fréquentation, tout gamin, des bagnards aurait influencé son identité littéraire de peintre des bas-fonds, sur fond de mélancolie poisseuse et de chanson réaliste. Il a été le complice des Apollinaire, Max Jacob, Rachilde, Utrillo, Picasso, Modigliani et compagnie dans ces lieux mal famés de la « belle époque » ; Lapin agile et autres bouges. Jésus La Caille racontait l’histoire d’un proxénète homosexuel, récit assez choquant pour l’époque.

Rien de tel ici. C’est un roman qui décrit, comme en cercles concentriques et comme l’araignée tisse sa toile, un couple bourgeois des années 1930. Lui, Maurice, concessionnaire de voitures ruiné par la crise de 1929 et elle, Hélène, une femme romanesque. Elle a pris un amant, un peintre prétentieux et m’as-tu-vu et il l’a tué en les surprenant ensemble. Il a tiré cinq ans de prison et sa peine n’a pas été plus lourde grâce au témoignage complaisant d’un certain Mallepatte, personnage bizarre ami du peintre et collectionneur d’objets précieux.

Le couple vit une crise dont l’origine se trouve à la fois dans l’infidélité de la belle Hélène que dans les remords de Maurice. Il veut savoir si sa femme a eu d’autres amants et il revient régulièrement sur les lieux de son crime, comme hanté par cet atelier de rapin et le personnage de Mallepatte qui, confronté aux mêmes circonstances, n’a pas tiré, lui, sur l’amant.

On assiste à la quête de rédemption d’un homme et aux langueurs de sa femme. Le couple se déchire et menace de se disloquer jusqu’au dénouement final sur lequel on gardera le secret. À condition pour le lecteur mette la main sur ce trésor de bibliophile trouvé dans une boîte.

Carco, sur un ton badin et détaché et d’une écriture fluide, réussit à explorer les âmes et à sonder les cœurs. On peut voir en Ténèbres un ancêtre du roman policier, tant la mort est à l’œuvre, au sens propre (par le crime du mari) comme au figuré, l’expression « la mort dans l’âme ». Son livre est aussi un roman naturaliste sur la bonne société des années 1930 qui évoque à la fois un Balzac ou un Zola. L’argent est important, surtout quand on en manque et qu’on cherche une position sociale compromise par un passé d’assassin qui a fait la une des gazettes.

Ça parle d’adultère, de crime et d’expiation, de rédemption impossible. Ça parle de la vie et de la mort sur des airs de goualantes à deux ronds. Ce n’est plus Carco le romantique, avec ses mauvais garçons, ses gisquettes et ses bourgeois en goguette. C’est encore mieux tant ça sue l’angoisse et la honte. Un Carco de nuit.

JMG LE CLÉZIO – ONITSHA – NRF / Gallimard

Autant dire tout de suite qu’on n’a jamais été très attiré par Le Clézio. Écrivain de minuit au physique avantageux à la Laurent Terzieff, unanimement encensé par la critique et prix Nobel de littérature. Ça vous pose un homme et on a tendance à voir en lui un nouveau Julien Gracq ou un rival de Claude Simon. Voire.

C’est de la littérature avec un grand L, de celle qui donne un peu l’impression que l’écrivain se regarde écrire et qu’il distille ses effets de style comme un avocat nous fait ses effets de manche. Plutôt vachard et injuste ? Peut-être, mais ce n’est pas Onitsha qui nous fera changer d’avis.

L’histoire ? Mais a-t-elle grande importance ? Maou, une Italienne ayant épousé pendant la guerre Geoffroy Allen, un Anglais parti vivre en Afrique, part avec son fils Fintan retrouver son mari qui travaille pour des colons anglais au sein de la United Africa, à Onistsha (Nigeria). On a droit à la traversée depuis Bordeaux puis à l’accotement à Port-Harbour.

L’intérêt principal du livre est de décrire plutôt bien une société coloniale avec des personnages bien campés, tels Simpson, le « résident » qui est aussi le directeur du bagne local, ou Rodes, un vieil original détesté par Maou mais que fascine Fintan. Et puis tous ces personnages d’Africains, domestiques ou vagabonds, qui hantent le récit avec leur fraîcheur et leur liberté.

Rodes (on sait à la dernière ligne qu’il s’appelle Roderick Mattews, officier de l’empire britannique), dit justement à qui veut l’entendre qu’il reste en Afrique pour assister aux premières loges à la chute de l’empire. Geoffroy, lui, est en délicatesse avec son employeur qui souhaite le remplacer. Il passe son temps sur des cartes datant de l’Égypte ancienne et de Ptolémée avec les mythes égyptologiques de la reine noire, de la nouvelle Meroë et d’Arsinoë l’Égyptienne. Il ira jusqu’à la frontière du Cameroun pour trouver trace de ses rêves, mais y attrapera la malaria.

Le roman se termine sur la guerre au Biafra. Le jeune garçon est devenu un homme, répétiteur dans un lycée de Bristol. Sa mère est retournée à Nice où le père a trouvé la mort, nostalgique incurable de cette Afrique qui l’a envoûté.

L’Afrique, le continent noir qui attire les Européens mais qui les engloutit. Les Africains semblent toujours obéir et subir, mais ils connaissent leur pays, ses mythes et ses légendes, ce qui les rend forts. Les blancs, eux, sont condamnés à devenir fous ou à sombrer dans l’alcoolisme.

Un roman qui se lit bien et on ne peut que saluer la maîtrise et le style de l’auteur, même si on ne peut s’empêcher de réprimer parfois un bâillement. C’est une littérature classique, voire académique. Le Clézio évoque le Aké de Wole Soyinka – écrivain nigérien – ou Joseph Conrad ; mais il n’a ni la faconde et le truculence du premier, ni le génie et la démesure du second.

Mais bon, on a quand même là l’un des plus grands prosateurs français de son temps. Ce qui n’est pas rien.

8 mai 2023

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VINGINCES 8DAGONNETJ’avais écrit ça en à peine trois mois, en écrivain du dimanche. J’avais commencé un lundi, après un week-end avec des amis où on avait passé notre temps à picoler et à se raconter entre deux fous rires des anecdotes et des souvenirs communs sur nos années passées à Paris, dans les années 70. J’allais avoir 30 ans et je m’étais réveillé la bouche pâteuse et la gueule de bois avec un sentiment de vide et de mélancolie qui exigeait, nécessité intérieure, que je me mesure à la page blanche, sous la tutelle supposée bienveillante de tous les auteurs que j’admirais. Ça s’appelait Réverbérations (d’après le titre d’un morceau du 13th Floor Elevators, groupe psychédélique texan), sous-titré Passés simples, et se voulait être une chronique des années 60 et 70 à travers l’itinéraire de quelques personnages dont les histoires finissaient par se rejoindre. Un manuscrit de 230 pages qu’il me fallait proposer aux professionnels de la profession, à savoir aux grandes maisons d’édition parisiennes, puisque les quelques éditeurs indépendants dont on m’avait parlé avaient déjà leurs parutions ficelées pour des années. C’est en tout cas ce qu’ils m’avaient tous dit. Mon ami Luc avait été l’un des premiers enthousiasmés par ce roman et il l’avait recommandé, en tant qu’auteur publié de quelques romans sur le Vietnam, à Simone Gallimard, directrice du Mercure de France, du Mercure François, comme disait le Cyrano de Rostand. La dame lui avait fait part de ses réticences, arguant que, si le roman avait des qualités indéniables, son langage jeune et un tantinet démagogique ne permettait pas une publication chez elle. À moins de revoir le manuscrit, sans donner la moindre indication pour ce faire. « Un bon brouillon », m’avait dit Luc, qui semblait d’accord avec elle, mais un brouillon quand même qu’il s’agissait de retravailler pour lui donner une forme publiable correspondant aux critères exigeants de l’édition. Je ne voyais pas trop par quoi commencer et les bras m’en tombaient lorsque je me mettais à retravailler, comme ils disaient, sans savoir exactement ce qu’il y avait à modifier. J’envoyais donc mon manuscrit tel quel chez les principaux éditeurs. Une dizaine de copies étaient tapies dans un grand sac de sport et j’arpentais le quartier de l’Odéon en frappant aux portes des doges de la république des lettres, de ceux qui décidaient si vous étiez un auteur digne d’être publié ou un écrivaillon condamné à n’écrire que pour ses tiroirs. Humble mortel, j’avais l’audace de m’en remettre au jugement des dieux et je ne fus pas déçu, recevant les unes après les autres des lettres de refus stéréotypées avec toujours les mêmes formules hypocrites. Un bon livre assurément, mais qui ne correspondait à aucune de leurs collections, ou qui n’avait pas reçu la majorité des avis positifs du comité de lecture avec des « malheureusement » à longueur de bras et des encouragements pour la suite. J’en étais venu à les collectionner. Ne voulant pas rester sur un échec, j’en avais commencé un autre, Les journées de plomb (en référence aux années de plomb italiennes), dans un genre différent. Un retraité que j’avais baptisé Adrien Ménard et qui passait son temps à aller aux putes et à supporter un club de football. L’intrigue, assez mince, tournait autour de son fils, gibier de psychiatrie mêlé à une tentative d’enlèvement d’un patron de choc. Quelque chose en phase avec la montée du Front National et les exploits d’Action Directe. Même punition, avec des lettres de refus en pagaille, pile trois mois après mes envois. On ne s’embarrassait même plus de formules de politesse et de petits mots de consolation. Le roman n’était tout simplement pas convaincant, faute d’une intrigue solide qui seule aurait pu lui donner de la consistance. J’avais fait appel à un haut placé de la CFDT qui connaissait du monde dans la maison d’édition proche du syndicat et il n’avait même pas daigné recommander mon manuscrit, pas convaincu lui non plus. Sauf que lui, je ne le savais pas critique littéraire. Déçu dans mes ambitions du même nom, je décidais d’en rester là quand mon ami Luc m’adressa une publicité émanant de la société Icare, qui se faisait fort de relire et de corriger les manuscrits qu’elle estimait publiables et, par ses relations avec les éditeurs, de les faire éditer moyennant quelques retouches sur la base de leurs précieux conseils. Tout cela évidemment moyennant aussi finance, car leurs services n’étaient pas gratuits, va sans dire. J’avais pris rendez-vous avec Yves Dagonnet, le directeur de ladite société. Dans les bureaux d’Icare, deux pièces obscures dans un immeuble de rapport du quartier latin. Dagonnet était un grand barbu débonnaire et volubile, avec un gros nez et un regard franc. Il verrait ce qu’il pouvait faire pour mon manuscrit, mon enfant de papier qui l’appelait au secours. Sa secrétaire, une jeune femme accorte au décolleté provoquant, nous servit le champagne et nous trinquâmes à ma réussite. Quinze jours plus tard, Dagonnet me renvoyait mon manuscrit avec ses propositions de réécriture, ses recommandations. Une dizaine de feuillets tapés à la machine où, chapitre par chapitre, paragraphe par paragraphe et ligne par ligne, il me proposait ses reformulations et ses corrections. Il me demandait également un chèque de 6000 francs pour ce travail avec l’assurance que, à condition de me conformer à ses prescriptions, le manuscrit serait publié dès la rentrée. Je profitais de quelques jours de vacances début juin pour revoir le manuscrit, en respectant les consignes. Avec les coupes, les conseils de réécriture pour certains passages, les innombrables notes en bas de page et les explications sur tout ce qui concernait les faits et les personnages de l’époque ; mon roman me paraissait formaté, banalisé, appauvri. Les 230 pages étaient passées à 300 mais j’avais la douloureuse impression d’avoir affadi une histoire qui perdait beaucoup de son intérêt, avec un approfondissement psychologique des personnages et des tas de précisions redondantes.

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