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MÉDIATONIQUE 4

TÉLÉRA… CHIDA

L’excellent Guillaume Meurice à gauche et la sinistre Caroline Fourest bien à droite. Cherchez l’erreur. Photomontage. France Inter, écoutez la déférence !

On doit toujours vous faire un recensement des journaux et médias alternatifs, indépendants et – souvent – engagés. Ce sera pour une autre fois car l’actualité des médias est encore riche en nouvelles inquiétantes et en avanies diverses. Le PLF (Projet de Loi de Finance) de 2025 envisageait une baisse de 35 % des Fonds de soutien à l’expression radiophonique (FSER), soit 10 millions d’Euros en moins pour le secteur des radios associatives, principales bénéficiaires. Après sa réforme avortée de l’audiovisuel public visant à fusionner Radio France, France Télévisions et les médias francophones internationaux, Madame Dati, ministre de la culture reconduite dans le gouvernement Barnier, n’entend pas désarmer quand Arnault et Bolloré sévissent encore.

On a déjà parlé ici des États généraux de la presse (EGP), lancés par Macron pour que des professionnels (peu de journalistes hélas) se penchent sur les problèmes se posant à la presse et aux médias en y amenant des solutions concrètes. Il semble que la montagne ait hélas accouché d’une souris et, parmi les mesures prises ne figure pas celle attendue par les journalistes, à savoir la possibilité de s’opposer à un patron de presse non désiré par la rédaction afin de ne pas revivre des situations comme celles du Journal du Dimanche à l’été 2023 à l’occasion du rachat par Bolloré et de la nomination de Geoffroy Lejeune (ex Valeurs Actuelles) à la tête de sa rédaction.

Certes, on peut souligner quelques améliorations préconisées par ces EGP notamment sur les procédures bâillon, le secret des sources, les tarifs postaux et les aides à la presse, mais rien non plus sur le secret des affaires souvent invoqué par les entreprises pour frapper les médias au portefeuille et ainsi les empêcher de continuer à faire un travail indispensable en démocratie.

C’est le cas de Médiacités, média en ligne d’informations locales présent sur la métropole lilloise, mais aussi à Marseille, à Nantes, à Lyon et à Toulouse. On se souvient que sur Lille, c’est Jacques Trentesaux, ex-journaliste de l’Express (il l’aquitté au moment du rachat par Patrick Drahi), qui a lancé les EGPI (États généraux de la presse indépendante), contre les états généraux officiels avec 59 propositions « pour réformer le secteur de l’information et rétablir la confiance du public ». Les EGPI lillois s’étaient tenus le 3 avril et avaient bénéficié du soutien plein et entier de la section de Lille de la LDH, en lien avec l’École Supérieure de Journalisme de Lille. Ces EGPI ont eu lieu dans toutes les villes où sévit Médiacités, plus quelques autres dont Montpellier et Rennes.

L’École Supérieure de Journalisme (ESJ) de Paris n’aura d’ailleurs plus l’indépendance et la liberté académique de son homologue lilloise, puisque cette prestigieuse école qui forme les petits soldats du journalisme (dixit Ruffin) sera bientôt reprise en main par de richissimes mécènes parmi lesquels Bernard Arnault, Vincent Bolloré, Rodolphe Saadé et le groupe Bayard Presse qu’on n’attendait pas dans ce fastueux cortège. On y revient à la fin de ce présent article.

Ce n’est pas le texte déposé le 15 octobre, par la députée du Nord Violette Spillebout, par ailleurs future candidate à la mairie de Lille, et son collègue du Calvados Jérémie Patrier-Leitus qui va tant soit peu améliorer les choses. Ils entendent « protéger les journalistes » et combattre la « défiance des citoyens à l’égard de l’information » (air connu). Sauf qu’ils passent à côté de l’essentiel qui est, on le répète, l’autonomie des rédactions et la limitation du secret des affaires donnant un pouvoir discrétionnaire aux entreprises comme aux pouvoirs publics.

Sous le gouvernement de Gabriel Attal, Madame Dati avait déjà fait état de son projet de concentration de l’audiovisuel public et elle avait dû rétropédaler face à une levée de boucliers de toute la profession. C’est un vieux projet qui remonte à loin et trouve sa justification dans la gabegie que constituerait le secteur avec ses supposées rédactions pléthoriques, son financement par la redevance, sa bureaucratie et – mais cela n’est pas dit – sa relative indépendance par rapport aux milieux d’affaire.

Signes avant-coureurs, le Canard Enchaîné a déjà publié plusieurs brèves sur la caporalisation des locales de France Bleu qui entend promouvoir la marque «Ici ». On a par ailleurs pu observer, sur France Inter, la mise au pas ou à l’écart de plusieurs membres de l’équipe de C’est encore nous de même que de journalistes de Comme un bruit qui court recyclés dans La terre au carré, émission qui laisse de plus en plus de place aux luttes écologiques. Adèle Van Reeth et Sybille Veil, respectivement directrices de France Inter et de Radio France, n’aiment pas trop les gauchistes et les écolos, pas suffisamment « corporate » en tout cas.

On peut lire, dans Libération (30 novembre), une interview de Madame Van Reeth qui précise d’emblée qu’elle n’est que la compagne de Raphaël Enthoven (directeur du torchon Franc-Tireur et figure du Printemps Républicain) sous-entendu sans forcément partager ses idées, et elle répond avec assurance et quelques copeaux de langue de bois aux questions posées sur l’élimination progressive de tous les mal-pensants des ondes pures et légères de la radio nationale : « arrêtons de parler de fuite d’humoristes. Il n’y en a jamais eu autant sur la chaîne et beaucoup de nouveaux nous ont rejoints… / … Avec 40 humoristes, on est le plus grand Comedy club de France… / … L’esprit Inter, il est intact ». On lui fait remarquer que Guillaume Meurice et sa bande (dont Aymeric Lompret et Pierre-Emmanuel Barré) cartonnent sur Radio Nova avec leur émission La dernière. « Je suis contente que Nova ait gagné 200000 auditeurs grâce à cette émission alors, si des stations en gagnent, tant mieux ». Confraternelle, en plus. Qu’on se rassure, malgré une motion de défiance du personnel à son endroit, la belle Adèle certifie que France Inter reste indépendant de tous les pouvoirs et ne sacrifie rien à son esprit frondeur. Voire.

Mais revenons à l’ESJ Paris et à Bayard Presse, éditeur du journal La Croix (entre autres). La Croix et la bannière de l’extrême-droite ? C’est à craindre.

Est-ce qu’on va nous repasser le feuilleton du Journal du dimanche avec La Croix, ex quotidien vespéral resté un journal honnête et sérieux réputé pour ses enquêtes d’investigation ? Les mêmes méthodes et le même casting, avec toujours Bolloré tapi dans l’ombre.

Il s’appelle Alban Du Rostu, bras droit du milliardaire ultraconservateur Pierre-Édouard Stérin, leader du projet Périclés qui vise à unifier les droites pour gagner les prochaines élections. Un think tank, ça s’appelle. Il est placé au poste de directeur du journal par François Morinière, président des éditions Bayard depuis le 1° novembre, venu tenter de rassurer les salariés avec Dominique Greiner, représentant de la Congrégation des Assomptionnistes (eh oui, ça existe) qui contrôle la totalité du capital de Bayard.

Et Bolloré dans tout cela ? Après ses prises de contrôle dans la presse et les médias (Canal +, Europe 1, Le JDD, Paris Match), Bolloré s’associe avec Arnault et quelques autres – dont le groupe Bayard Presse, comme par hasard – pour faire l’acquisition de l’École Supérieure de Journalisme de Paris.

Tout cela fait sens et s’il est hasardeux à ce stade de prétendre que Bolloré s’intéresse à La Croix, il n’est pas abusif d’écrire que lui et Stérin ont placé à chaque fois l’un de leurs hommes-liges aux commandes, au JDD avec Geoffroy Lejeune pour l’un, à La Croix pour l’autre.

À l’appel de l’intersyndicale, les salariés de Bayard Presse se sont mobilisés avec grève et manifestation au siège du groupe, à Montrouge. Des pancartes et des slogans imaginatifs : « faire grandir les marmots, pas les fachos », « Bayard pas Fayard » ou encore « Bayard, quelles valeurs actuelles ? ». Pour les salariés, il est clair que le rapprochement des droites ne passera ni par le quotidien La Croix, ni par le groupe Bayard. Du Rostu est persona non grata, comme disent les latinistes qu’on imagine nombreux chez Bayard. Le projet est finalement abandonné, ouf !

Mais trêve de plaisanterie, tout cela commence à faire beaucoup, et surtout à faire sens. Raison de plus pour défendre la presse et les médias alternatifs qu’on vous présente le mois prochain, promis. À moins que d’ici là…

30 novembre 2024

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VINGINCES 8DAGONNETJ’avais écrit ça en à peine trois mois, en écrivain du dimanche. J’avais commencé un lundi, après un week-end avec des amis où on avait passé notre temps à picoler et à se raconter entre deux fous rires des anecdotes et des souvenirs communs sur nos années passées à Paris, dans les années 70. J’allais avoir 30 ans et je m’étais réveillé la bouche pâteuse et la gueule de bois avec un sentiment de vide et de mélancolie qui exigeait, nécessité intérieure, que je me mesure à la page blanche, sous la tutelle supposée bienveillante de tous les auteurs que j’admirais. Ça s’appelait Réverbérations (d’après le titre d’un morceau du 13th Floor Elevators, groupe psychédélique texan), sous-titré Passés simples, et se voulait être une chronique des années 60 et 70 à travers l’itinéraire de quelques personnages dont les histoires finissaient par se rejoindre. Un manuscrit de 230 pages qu’il me fallait proposer aux professionnels de la profession, à savoir aux grandes maisons d’édition parisiennes, puisque les quelques éditeurs indépendants dont on m’avait parlé avaient déjà leurs parutions ficelées pour des années. C’est en tout cas ce qu’ils m’avaient tous dit. Mon ami Luc avait été l’un des premiers enthousiasmés par ce roman et il l’avait recommandé, en tant qu’auteur publié de quelques romans sur le Vietnam, à Simone Gallimard, directrice du Mercure de France, du Mercure François, comme disait le Cyrano de Rostand. La dame lui avait fait part de ses réticences, arguant que, si le roman avait des qualités indéniables, son langage jeune et un tantinet démagogique ne permettait pas une publication chez elle. À moins de revoir le manuscrit, sans donner la moindre indication pour ce faire. « Un bon brouillon », m’avait dit Luc, qui semblait d’accord avec elle, mais un brouillon quand même qu’il s’agissait de retravailler pour lui donner une forme publiable correspondant aux critères exigeants de l’édition. Je ne voyais pas trop par quoi commencer et les bras m’en tombaient lorsque je me mettais à retravailler, comme ils disaient, sans savoir exactement ce qu’il y avait à modifier. J’envoyais donc mon manuscrit tel quel chez les principaux éditeurs. Une dizaine de copies étaient tapies dans un grand sac de sport et j’arpentais le quartier de l’Odéon en frappant aux portes des doges de la république des lettres, de ceux qui décidaient si vous étiez un auteur digne d’être publié ou un écrivaillon condamné à n’écrire que pour ses tiroirs. Humble mortel, j’avais l’audace de m’en remettre au jugement des dieux et je ne fus pas déçu, recevant les unes après les autres des lettres de refus stéréotypées avec toujours les mêmes formules hypocrites. Un bon livre assurément, mais qui ne correspondait à aucune de leurs collections, ou qui n’avait pas reçu la majorité des avis positifs du comité de lecture avec des « malheureusement » à longueur de bras et des encouragements pour la suite. J’en étais venu à les collectionner. Ne voulant pas rester sur un échec, j’en avais commencé un autre, Les journées de plomb (en référence aux années de plomb italiennes), dans un genre différent. Un retraité que j’avais baptisé Adrien Ménard et qui passait son temps à aller aux putes et à supporter un club de football. L’intrigue, assez mince, tournait autour de son fils, gibier de psychiatrie mêlé à une tentative d’enlèvement d’un patron de choc. Quelque chose en phase avec la montée du Front National et les exploits d’Action Directe. Même punition, avec des lettres de refus en pagaille, pile trois mois après mes envois. On ne s’embarrassait même plus de formules de politesse et de petits mots de consolation. Le roman n’était tout simplement pas convaincant, faute d’une intrigue solide qui seule aurait pu lui donner de la consistance. J’avais fait appel à un haut placé de la CFDT qui connaissait du monde dans la maison d’édition proche du syndicat et il n’avait même pas daigné recommander mon manuscrit, pas convaincu lui non plus. Sauf que lui, je ne le savais pas critique littéraire. Déçu dans mes ambitions du même nom, je décidais d’en rester là quand mon ami Luc m’adressa une publicité émanant de la société Icare, qui se faisait fort de relire et de corriger les manuscrits qu’elle estimait publiables et, par ses relations avec les éditeurs, de les faire éditer moyennant quelques retouches sur la base de leurs précieux conseils. Tout cela évidemment moyennant aussi finance, car leurs services n’étaient pas gratuits, va sans dire. J’avais pris rendez-vous avec Yves Dagonnet, le directeur de ladite société. Dans les bureaux d’Icare, deux pièces obscures dans un immeuble de rapport du quartier latin. Dagonnet était un grand barbu débonnaire et volubile, avec un gros nez et un regard franc. Il verrait ce qu’il pouvait faire pour mon manuscrit, mon enfant de papier qui l’appelait au secours. Sa secrétaire, une jeune femme accorte au décolleté provoquant, nous servit le champagne et nous trinquâmes à ma réussite. Quinze jours plus tard, Dagonnet me renvoyait mon manuscrit avec ses propositions de réécriture, ses recommandations. Une dizaine de feuillets tapés à la machine où, chapitre par chapitre, paragraphe par paragraphe et ligne par ligne, il me proposait ses reformulations et ses corrections. Il me demandait également un chèque de 6000 francs pour ce travail avec l’assurance que, à condition de me conformer à ses prescriptions, le manuscrit serait publié dès la rentrée. Je profitais de quelques jours de vacances début juin pour revoir le manuscrit, en respectant les consignes. Avec les coupes, les conseils de réécriture pour certains passages, les innombrables notes en bas de page et les explications sur tout ce qui concernait les faits et les personnages de l’époque ; mon roman me paraissait formaté, banalisé, appauvri. Les 230 pages étaient passées à 300 mais j’avais la douloureuse impression d’avoir affadi une histoire qui perdait beaucoup de son intérêt, avec un approfondissement psychologique des personnages et des tas de précisions redondantes.

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