PRESSE POURRIE ET RADIO TV POUBELLE4
Après une revue de détail de la presse pas pareille et des médias audiovisuels intéressants, un article en deux volets sur la presse à ne pas lire et les radios et télés à éviter. On commence par la presse dans cette édition, avant d’en venir à l’audiovisuel la fois prochaine. À l’heure où s’éteignent C8 et NRJ 12 sous les vociférations de la fachosphère. La presse papier n’a pas beaucoup d’avenir, nous disent les maîtres des écrans et des réseaux sociaux. C’est en tout cas celle qui continue à être la plus crédible et la plus fiable. On aimerait tant qu’elle disparaisse en ces temps d’info en continu, mais elle résiste et les titres cités ici ne doivent pas le faire oublier.
On va balayer la presse d’extrême-droite avec un petit historique de ces publications restées confidentielles jusqu’aux scores électoraux flatteurs des Le Pen père et fille. Jusqu’aux années 1970, l’extrême-droite avait sa presse, souvent marginalisée (Rivarol ou Présent) ou plus grand public avec Minute ou Le Crapouillot.
Dans les années 1980, on a une presse s'adressant au grand public avec des titres comme National Hebdo ou Le choc du mois.Des mouvements comme le Grece ou le club de l'horloge ont servi de passerelle, notamment à travers Le Figaro Magazine ou Valeurs Actuelles. Il est d’ailleurs à noter que beaucoup de journalistes les plus éminents de ces hebdomadaires viennent de la presse dite mainstream (l’express, le point…). Par ailleurs,la droitisation de la plupart des médias dits mainstream renforce la pensée d'extrême-droite à travers des groupes de presse et des médias portés par des milliardaires. On le verra. Si l’exemple de Bolloré vient tout de suite à l’esprit, il ne faut pas négliger des groupes en apparence plus modérés comme ceux de Bernard Arnault ou de Rodolphe Saadé, sans parler d’un Pierre-Édouard Stérin qui, à travers sa fondation Périclès, cherche à acquérir des médias (échec avec Marianne et La Croix). Bolloré détient le JDD et a laissé Paris Match à son rival et néanmoins ami Arnault, On a aussi dans le genre La tribune dimanche de Rodolphe Saadé, mais plutôt macroniste lui. Disons d’extrême-centre. Le JDD de Geoffroy Lejeune avec Pascal Praud comme chroniqueur vedette. Une horreur. Mais La Tribune dimanche n’est pas mal non plus dans le genre, d’autant que Saadé bâtit lui aussi son empire de presse avec beaucoup de quotidiens de province. En attendant mieux ? L'extrême-droite a pour but, par l'intermédiaire des médias, d'asseoir sa nouvelle respectabilité et de gagner le combat de l'hégémonie culturelle au sens de Gramsci, comme elle avait tenté de le faire dans les années 1970. Les fake news et les vérités alternatives ne font qu’aggraver le phénomène avec des informations non recoupées et non vérifiées qui ne font qu’alimenter des obsessions idéologiques en assimilant les critiques à l’expression de la bien-pensance et des élites donneuses de leçon. Les faits n’ont plus guère d’importance et l’essentiel est de travailler les opinions en instillant le doute et la confusion.
C’est aussi la crise de la presse et des médias qui favorisent l’extrême-droite. Depuis longtemps, les quotidiens de province mais aussi nationaux, par manque de moyen, abandonnent les articles de fond, les enquêtes de terrain et les investigations pour privilégier le fait divers dans un journalisme qu’on a pu appeler « de commissariat » ou « de préfecture ».
Il y a aussi la presse de droite qui n’a pas grand-chose à envier à celle décrite ci-dessus. À commencer par Le Figaro, institution et plus vieil organe de presse encore en vie. « Le journal de la bourgeoisie qui pense », comme disait Delfeil De Ton. Qui ne pense plus trop, pourrait-on ajouter, mais qui cogne.
Le Figaro de Dassault avec son éditorialiste réac Yves Thréard et ses chroniqueurs qui ont laissé une trace dans les annales de la presse moisie, de Max Clos à Yvan Ruffiol. Le vieux journal des D’Ormesson et Raymond Aron vaut encore pour son service étranger où on a pu lire des journalistes de talent comme naguère Christian Hoche ou Patrick De Saint-Exupéry.
Autre quotidien, Le Parisien (Aujourd’hui en France pour les éditions nationales). L’ancien canard de la famille Amaury a été repris par Bernard Arnault et ça n’a rien arrangé. Journal de l’actualité heureuse où pas une information n’est traitée de façon tant soit peu intelligente, un canard pitoyable où les sports, les faits divers et la météo se partagent la une.
Il y a bien Paris Match dans le même style, mais en plus glamour, avec photos léchées et grandes plumes. Une ode hebdomadaire au néant pour vendre des babioles de luxe. Précisons quand même que Arnault n’a pas suivi la ligne catho imprimée par Bolloré.
Arnault toujours avec Les Échos de Dominique Seux, le journal des marchés et de la mondialisation heureuse. Les ordonnances du CNR de 1945 interdisaient à un patron de presse de posséder deux quotidiens. Arnault s’en torche et il se dit que Bolloré pourrait bien reprendre Le Figaro. Sans parler de l’ultra-libéral L’opinion de Nicola s Beytout, dont la fondation a été favorisée par les investissements du même Bernard Arnault.
Côté milliardaires et hebdomadaires, on a aussi Le Point de François Pinault, fondé en 1972 par des dissidents de L’Express dont Jean-François Revel ou Claude Imbert, tous deux compromis dans une affaire de pédophilie remontée à la surface. Quand la bourgeoisie se lâche. Sous l’impulsion de Franz-Olivier Giesbert, libéral féroce et chien de garde efficace faisant feu de tout bois contre la CGT ou l’Islam, ses éditoriaux font le bonheur des guignols et des salauds (comme disait DDT)i et la sempiternelle chronique de BHL vient mettre la cerise pourrie sur un gâteau à gerber.
Quant à L’Express, parlons-en. D’un hebdomadaire plutôt centre-gauche se battant contre l’État au temps de la guerre d’Algérie avec JJSS et la Giroud, l’hebdo de référence a d’abord été racheté par le libertarien Jimmy Goldsmith avant de tomber dans les mains de Patrick Drahi, déjà détenteur de Libération. Moins virulent que Le Point, L’Express n’en reste pas moins l ‘hebdo ultra-libéral et antisocial que l’on peut s’honorer de ne pas lire, longtemps avec Christophe Barbier en vedette. Pourtant, de Olivier Todd à Michel Braudeau en passant par Angelo Rinaldi, ce ne sont pas les talents qui ont manqué à L’Express. Il y a longtemps.
Le pauvre Jean-François Kahn a dû se retourner dans sa tombe en apprenant la nomination de Frédéric Taddéi à la tête de Marianne. Le chroniqueur d’Europe 1 passé par la télé de Poutine va sûrement redorer le blason d’un hebdomadaire officiellement républicain et laïc, mais en fait islamophobe et réactionnaire. Seul point positif, le caractère parfois anti-libéral du journal de l’oligarque Kretinsky qui a eu longtemps à sa tête Natacha Polony. Quand on pense que Stérin a voulu racheté Marianne, comme il a échoué à contrôler La Croix… Quand ça veut pas.
On terminera sur les périodiques, mensuels ou à bimestriels. D’abord avec Front Populaire, journal de Michel Onfray et du journaliste Stéphane Simon. Un trimestriel qui usurpe son titre avec l’agité du bocal Onfray, anar devenu souverainiste et franchement réac – mais toujours mégalomane – qui déverse sa bile et ses humeurs. Puant.
Dans le genre, on a aussi Franc Tireur, là aussi un titre qui ne reflète pas la tonalité réactionnaire d’un canard à gerber proche du Printemps républicain. Il a été fondé par Christophe Barbier et Éric Decouty. On y. retrouve Raphaël Enthoven, réac patenté et la gracieuse Caroline Fourest qui voit des islamistes et des antisémites partout. Le journal est détenu encore par Kretinsky et on peut y lire une chronique de Philippe Val et les aperçus économiques de François Lenglet. Bref, la dream team. À vomir.
Il y a aussi le Causeur de Élisabeth Lévy, avec parfois le concours des Finkelkraut ou Bruckner, c’est dire le niveau de ce torchon ultra-réac et islamophobe. Se revendiquant de la droite dure, L’Incorrect, le mensuel de Charles Begbeider avec une belle brochette de réacs là aussi. Dans la famille Begbeider je ne demande personne.
Voilà pour le panorama de la presse écrite mais, on le verra, c’est encore pire pour l’audiovisuel.
2 mars 2025