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LES PETITS POUCETS (OU LES CENDRILLONS)

Le petit Poucet qui n’a pas peur des gros. Il lui enlève d’abord ses chaussures, malin !

La coupe de France réserve à chaque édition son lot de surprises. Sur un match, tout est possible se disent les petits qui n’ont pas peur des gros. Revue de ces petits clubs des divisions inférieures, voire des divisions perdues, qui ont donné du fil à retordre aux soi-disant grands. Car la coupe, c’est aussi le carnaval où les valeurs sont souvent inversées et où des petits clubs, à force de courage, font parfois tomber les gros. C’est aussi le domaine du conte et donc du merveilleux, petits poucets et cendrillons à l’assaut des puissants. L’inversion des hiérarchies avec un petit goût de révolution et de lutte des classes.

Le Stade de Reims est menacé de relégation cette saison après un beau début mais une série de résultats médiocres depuis octobre de l’année dernière. La dernière victoire remonte au 10 novembre et les Rémois ont perdu à l’intersaison leurs deux meilleurs joueurs (Munetsi et Agbadou) partis chez les loups de Wolverhampton.

Paradoxalement, Reims peut aller en finale de la Coupe de France s’ils éliminent l’AS Cannes (National 2) en demi, ce qui reste dans la mesure du possible même avec une équipe aussi médiocre. Cela n’était pas arrivé au club depuis 1977 et une courte défaite face au grand Saint-Étienne.

Le 3 février 1957, le Stade de Reims était battu en 16ème de finale par les amateurs de El Biar, un club de la banlieue d’Alger à l’époque où l’Algérie était encore française et participait à la compétition. 2-0

un score sans appel. Cette année-là, Toulouse battait Angers en finale et, l’année d’après, Reims remportait la Coupe et pouvait y boire le champagne.

Le club algérien allait en tout cas marquer l’histoire du football en donnant lieu à la première grosse surprise de la compétition, du moins si on se limite à l’après-guerre. Mais les surprises en coupe n’en sont plus vraiment tant elles sont attendues à chaque tour de la compétition. Sauf qu’elles sont rarement là où on les attend, ce qui est le propre de la surprise.

Dans les années 1960, beaucoup de petits clubs se sont illustrés en faisant tomber des gros, dans le temps réglementaire ou à l’issue des prolongations. Ce fut le cas notamment de quatre clubs de CFA (Championnat de France Amateurs) récidivistes de la surprise et souvent qualifiés dans les phases finales.

Ce fut le cas des Pierrots de Strasbourg qui disputeront un 1/8° de finale en 1964. Les Pierrots finiront par fusionner avec le RC Strasbourg avant de reprendre leur indépendance pour devenir Vauban Strasbourg, autre petit poucet de la coupe, mais bien plus tard.

L’Amicale Maisons-Alfort s’est aussi illustré en Coupe de France avec un joueur du nom de René Baulu. De même qu’on retiendra le nom de Paul Casé dit Kanyan, ailier virevoltant qui donnera au Gazélec d’Ajaccio l’occasion de participer à des 1/32° de finale, voire à des 1/16°. À l’époque, déjà entraînés par Pierre Cahuzac (entraîneur joueur), le Gazélec est un club de CFA composé essentiellement d’électriciens et de gaziers.

On aura aussi, en 1963, ce huitième de finale remporté par l’AS Brest (à ne pas confondre avec le Stade Brestois) de Lepape aux dépens du Racing Club de Paris. Les Brestois seront sortis par le SC Toulon au tour suivant. Les gars de la marine…

Dans cette série des petits qui n’ont pas eu peur des gros, comment ne pas citer l’US Quevilly de Horlaville et Delafosse, demi-finaliste en 1968, battus par les Girondins de Bordeaux qui seront dominés à leur tour par l’AS Saint-Étienne en finale. Quevilly aura sorti l’Olympique Lyonnais, tenant du titre. Les Lyonnais prendront leur revanche 25 ans plus tard en battant un Quevilly qui avait entre temps fusionné avec le FC Rouen, les diables rouges rouennais reprenant par la suite leur indépendance. Quevilly-Rouen et le F.C Rouen sont tous deux pensionnaires de l’actuel National.

Moins de surprises dans les années 1970, les équipes professionnelles semblant prévenues contre les amateurs., sauf pour ce qui concerne l’AJ Auxerre de Guy Roux, alors en CFA.

L’AJ Auxerre a longtemps été pensionnaire du Championnat de France Amateur et, avant même de se hisser en deuxième division, tout en gardant son statut amateur, l’AJA avait déjà fait parler de lui en coupe. Un seizième de finale perdu contre Marseille en 1975 avant cette finale perdue face au FC Nantes en 1979. C’est aussi l’époque où Jean-Jacques Annaud promenait sa caméra au stade de l’Abbé Deschamps pour son film Coup de tête, avec Patrick Dewaere. Allez Trincamp Trincamp Trincamp ! But but but !!!

Les Bourguignons sont depuis devenus des spécialistes de la coupe de France, avec quatre victoires au compteur et deux finales perdues.

Le Nîmes Olympique et CS Sedan sont loin d’être des petits poucets et, avant de connaître des sorts contraires de relégations en relégations, ces deux clubs ont longtemps été tous deux pensionnaires de la première division. Aujourd’hui, Nîmes peine en National, menacé à nouveau de relégation quand Sedan a fait faillite et se débat en Régionale.

C’est pourtant loin des lumières de la Ligue 1 que les deux équipes ont joué des finales de coupe de France, dans la période récente. Nîmes contre Auxerre en 1996, alors que le club évoluait en National et Sedan contre Nantes en 1999, les sangliers également à cet échelon. Sedan récidivera contre Auxerre en 2005, cette fois en deuxième division et ce n’était pas là leurs deux seules finales, puisque les sangliers des Ardennes avaient été battus par Rennes en 1965 mais avaient éliminé Nîmes en 1961. C’était le Sedan mythique de Louis Dugauguez. Deux équipes de coupe en tout cas.

On passe allégrement aux années 2000 avec le RCUF Calais, né d’une fusion entre le RC Calais et l’US Calais. L’équipe est entraînée par Ladislas Lozano et réalise le plus bel exploit de la Coupe de France en se qualifiant pour la finale de 2000 après avoir éliminé Bordeaux en demi-finale et Strasbourg en quart. Calais joue en CFA, même pas en National et ils ne tomberont en finale que contre le FC Nantes que sur le plus petit des scores avec un penalty assassin à l’ultime minute du temps réglementaire. L’entraîneur Lozano en fera un infarctus.

L’année d’après, c’est le SC Amiens, évoluant en National, qui se frotte au RC Strasbourg en finale de l’édition 2001. Les Picards avaient quand même sorti le Stade Rennais en 1/8° de finale et Strasbourg pouvait brandir une troisième fois le trophée. Une équipe de coupe elle aussi.

Et que dire de Évian-Thonon, dont la situation est pareille au Stade de Reims de cette année. L’équipe, avec des retraités brésiliens de l’Olympique Lyonnais (Cris, Caçapa) dispute la finale contre Bordeaux en 2013 et se sauve in extremis en championnat. Reculer pour mieux sauter puisque Évian ira en Ligue 2 la saison d’après et devra abandonner le professionnalisme, perdu dans les divisions inférieures. Seydoux et Danone refuseront de remettre au pot.

Mais l’édition la plus surprenante fut certainement celle de 2018 avec d’une part Chambly, battu en demi-finales par Les Herbiers après avoir sorti Strasbourg pour l’un et Auxerre pour l’autre. Chambly jouait en National et a redescendu les étages par la suite, de même que Les Herbiers, redescendu de National en CFA juste après une finale malheureuse contre le PSG sur un score honorable de 2 – 0 avec un penalty de Cavani pour fermer le banc. Une saison particulière.

Il y en a eu beaucoup d’autres qu’on ne va pas tous citer : Angoulême, Carquefou, Le Puy, Bergerac, Lyon La Duchère, Le Poiré sur Vie, Forbach, l’AS Minguettes… et chaque édition ajoute à son palmarès une petite ville perdue inscrite à tout jamais sur la carte du football français.

Cette coupe de France édition 2024 – 2025 est à cet égard révélatrice d’un monde du foot où les clubs amateurs comptent souvent dans leurs rangs d’ex professionnels avec parfois des centres de formation et des staffs compétents pour des joueurs qui passent plus de temps sur les terrains qu’à l’usine. Cette année, on a Cannes en demies et l’exploit de Bourgoin-Jallieu sortant le voisin lyonnais. Sans parler de Dunkerque également en demies, mais c’est déjà la Ligue 2. Surprise des surprises, ce sera peut-être celle de voir le Stade de Reims en finale, mais c’est la Ligue 1 ; pas vraiment au niveau de la Ligue 1 mais Ligue 1 quand même. Sachant qu’à la fin c’est le PSG qui gagne. Enfin, pas toujours…

3 mars 2025

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