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MÉDIATONIQUES 8

une couverture de Coco dans Charlie Hebdo. On va encore dire que Hanouna est représenté sous des traits antisémites… Avec l’aimable autorisation (enfin, on espère).

RADIOS ET TÉLÉS POUBELLE

On avait passé en revue la presse papier pourrie la dernière fois, un océan de salubrité par rapport aux stations de radio et de télévision dédiées à l’extrême-droite et à ses porte-parole. On ne reviendra pas sur Europe 1 dont on a déjà abondamment parlé. Reste une quinzaine de médias partagés entre démagogie, provocation, putasserie, médiocrité et stupidité. Petite revue de détail de ces médias pourris qui nous excèdent mais qui sont suivis en continu par une bonne partie de la population. Ce qui explique aussi la montée résistible de l’extrême-droite.

Europe 1 est devenu le musée des horreurs avec toutes les vedettes de C News : Laurence Ferrari, Pascal Praud, Christine Kelly, Cyril Hanouna, Vladimir Pavlenko, Jean-Marc Morandini, Sonia Mabrouck, Philippe De Villiers… La dream team. La radio rachetée par Bolloré est devenue le haut-parleur de la droite la plus réactionnaire, avec options catho réac (Kelly ou Devilliers) ; et option vulgaire et putassier (Morandini ou Hanouna). Quand on pense à ce que cette station a pu être…

Pour rester dans la radio, il y a pire, ou presque.

On a connu Sud Radio époque rugby – cassoulet émettant depuis la principauté d’Andorre (elle s’appelait Radio Andorre avant Sud Radio), mais c’était avant, comme on dit. Elle est maintenant sous la direction du groupe Fiducial Médias, avec pour animateur vedette le sinistre André Bercoff, signataire de divers pamphlets sous pseudonyme et passé de la gauche caviar à l’extrême-droite saucisson vin rouge. Une radio qui a vu passer Michel Cardoze avant de laisser le micro à des Robert Ménard, Pierre Bataille (de Bataille et Fontaine) ou Brigitte Lahaie. Objet de plusieurs polémiques sur son racisme et son antisémitisme, Sud Radio est en plus devenu un média d’extrême-droite ouvertement complotiste. Question : qu’est-ce qu’un Guy Carlier est venu faire dans cette galère ?

RMC, Radio Monte-Carlo est le plus vieux poste périphérique français, si on excepte Radio Luxembourg, né en 1943. La station émettait depuis Monté-Carlo avec des studios à Paris et elle a été longtemps propriété de la Sofirad, holding avec participation de l’État dont faisait également partie Europe 1. On se souvient d’animateurs plutôt sympathiques dans les années 1960 – 1970 comme le rocker Frank Lipsik ou, plus tard, Dick Rivers. Bien sûr, il fallait aussi se farcir les Lepers, Foucault, Frank Fernandel, Jean Valton et autres Zappy Max. Puis il y eut l’arrivée de Bernard Tapie comme animateur vedette avant la reprise en main par Jérôme Bellay (ayant déjà sévi sur Europe et France Info) avec les Mourousi, Jean-Claude Bourret, Courbet ou Sabatier. C’est la faillite et les audiences de RMC périclitent jusqu’à la reprise par Alain Weil et le recentrage sur l’information (RMC Info). C’était au début des années 2000 et, depuis, RMC est passé entre les mains de Drahi (Altice) avant Saadé (CMA CGM). On retient surtout aujourd’hui la sempiternelle interview matutinale de Jean-Jacques (« combien de porte-avions?) Bourdin, démago à souhait et surtout les Grandes Gueules, émission phare réac et poujadiste. À fuir.

On a déjà parlé aussi de France Info, peut-être pas pour ses programmes, si l’on accepte le principe d’un robinet permanent d’informations toutes mises sur le même plan, mais sur le principe ayant présidé à sa création : l’info en continu. Informations et chroniques sans intérêt avec interviews et flash. Pas franchement réac ou de droite, mais terriblement agaçant. Insupportable pour tout dire.

On va vite passer sur la bande FM sans oublier de signaler Fun Radio, qui a vu des vedettes comme Doc et Difoul lesquels ont fait l’éducation sexuelle de nombreux adolescents. Fun Radio va engager Hanouna, c’est dire. Une station où la connerie le dispute à la vulgarité. Fun et cool, quoi.

Il y a aussi le NRJ de Jean-Paul Baudecroux. Il faut savoir que des milliers de jeunes ont défilé dans les années 1980 pour ce robinet musical insipide et sans âme, après que les requins aient chassé les premiers actionnaires comme l’excellent Pierre Lattès. Une radio « djeune » devenue ringarde.

Un mot sur Radio Classique, la station de Bernard Arnault avec son lot d’animateurs ringards ayant fait le tour du PAF (Christian Morin, Guillaume Durand ou Eve Ruggieri). Petite musique douce pour la grande bourgeoisie cultivée (ou qui fait semblant).

On pourrait terminer le chapitre radio par ce qui est devenu la radio des fachos, Radio Courtoisie, qui n’a de courtois que le nom. Elle a été fondée par Phlippe Malaud, ex ministre de De Gaulle cofondateur de Valeurs Actuelles et Jean Ferré (ex OAS). Bon sang ne saurait mentir. Une radio intégriste, ouvertement fasciste, raciste, anti-pauvre et complotiste avec son directeur Henri De Lesquen se définissant comme « national-libéral », ex dirigeant du Club de l’horloge avec Jean-Yves Le Gallou et Yvon Blot. Une radio confidentielle, fort heureusement, multi-condamnée à des amendes pour ses prises de position politiques, ou disons plutôt ses outrances.

Et la télévision ? Maintenant que C8 a rendu l’âme (en avait-elle une?) et qu’on parle de Hanouna pour M6 et Fun Radio (plusieurs animateurs de M6 n’en veulent pas), C News est devenu le vaisseau amiral de la galaxie médiatique Bolloré. C News, c’est l’ex I. Télé, la chaîne info de Canal + avec une grève restée fameuse contre la reprise du milliardaire. On ne va pas encore citer ses animateurs vedette (voir Europe 1, ce sont quasiment les mêmes), mais on va souligner encore une fois la démagogie crasse d’un Pascal Praud, ex commentateur de football médiocre chargé un temps de la communication du FC Nantes. Praud qui entend plaire aux dominants (patronat réac et cadres ultra-libéraux) comme aux dominés (beaufs racistes, prolos haineux et classes moyennes sécuritaires. On peut aussi parler de Morandini, spécialiste du people racoleur et du fait divers crapoteux ou encore les trois grâces, Kelly, Mabrouk et Ferrari. Une foldingue mystique, une ultra-libérale décomplexée et une sale conne réac.

En parlant de chaîne info, LCI a toujours été celle de TF1, la première véritable chaîne d’information continue. La télé du groupe Bouygues est née en 1994, l’année où TF1 faisait tout pour mettre au pouvoir Balladur (voir TF1 un pouvoir de Péan et Nick). À l’époque, les anciens d’Europe (Dassier, Moujeotte et Namias) sont aux commandes avec comme présentatrice vedette Ruth Elkrief (ex Le Matin) . LCI a perdu des points avec l’arrivée de C News et de nombreux changements direction (Pélissier puis Belmer) n’ont pas suffi à redresser un média en perte de vitesse avec toujours David Pujadas en tête de gondole.

Est-il besoin de faire l’article sur TF1, la télé « de merde » du groupe Bouygues avec ses journalistes « icônes ménagères », ses programmes affligeants et ses penchants pour la démagogie et insignifiance . La chaîne avait été privatisée en 1987 sous la promesse de « mieux disant culturel », avant que Le Lay n’avouât vendre du « cerveau disponible » pour Coca Cola. Bel aveu. On avait eu feu Jean-Pierre Pernaud et ses journaux pétainistes, on a un Gilles Bouleau qui ne s’émeut pas du projet de « riviera du Moyen-Orient » évoqué par Trump avec l’exil des Palestiniens. On ne va pas là aussi dresser la liste des animateurs putassiers, de Arthur à Foucault en passant par Reichmann et Allagas. Du solide !

Repris par Saadé et CMA/CGM après avoir été lui aussi propriété de Drahi , BFM (B comme Business) est devenue la télévision en continu spécialisée dans le fait divers. Sans doute la direction de Marc-Olivier Fogiel y est-elle pour quelque chose ? Mais la vedette demeure Apolline de Malherbe, l’aboyeuse du matin dont les coups de gueule et les indignations sont toujours appréciées des connaisseurs. Il se dit que l’arrivée de Saadé n’est pas très appréciée. Vont pas se mettre en grève, quand même, eux qui n’arrêtent pas de vilipender les assistés, les cas sociaux et les fonctionnaires.

On passe rapidement sur Canal sauce Bolloré, encore qu’il n’en a pas fait trop dans la reprise en main. N’empêche, fini l’humour décalé (même si Groland peut encore être vu ça et là), l’esprit Canal et les reportages originaux. Canal n’est plus que la télé du sport et du cinéma qualité France.

On termine avec M6, ses animateurs stupides, ses émissions débiles et ses programmes à chier. C’est un peu le TF1 des jeunes, mais la « petite chaîne qui monte » va encore plus loin dans l’insignifiance. Il est question d’un rapprochement avec RTL et TF1 et Nicolas de Tavernost, le directeur, s’en irait prendre la tête de la télé de la LFP. Bon vent ! Voilà, on vous avait prévenu, radio et télé poubelle, ça pue ! La loi de l’audimat, de la saine concurrence, du fric et du people. On se bouche le nez.

Comments:

J’ai travaillé en tant que producteur indépendant pour Antenne 2, TF1, et FR3, dans les bureaux d’Antenne 2 à New York de 1980 à 1988, et j’y ai donc connu plusieurs « grands » journalistes et directeurs de l’information. Tout ce que je peux dire à ce sujet de mon expérience personnelle est que, dans l’ensemble, et à part quelques rares individus de talent, l’argent, la politique, et la course à la célébrité sont un cocktail idéal pour la prolifération de la puanteur.

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Sur quelle radio peut-on entendre très fréquemment: des chanteurs comme Moustaki, Brassens, Yves Montand, Barbara, Anne Sylvestre, Léo Ferre, Brel évidemment, Jean-Roger Caussimon aussi (un de leurs chouchous, d’ailleurs), Jean Ferrat,, Leny Escudero, Jacques Higelin,etc, etc ainsi bien sûr que Hugues Aufray, Bécaud, Aznavour, Dalida, Nana Mouskouri, Georgette Lemaire, Eddy Mitchell, Boris Vian, Alain Souchon, Isabelle Aubret etc, etc. ?
Sur quelle radio ; donc ?
Sûrement pas sur France Inter ni sur aucune des radios du service public. Ni non plus sur aucune des radios privées citées dans cet article..
Pour qui aime la chanson française, il n’y a malheureusement qu’une seule radio sur laquelle on peut entendre de tels chanteurs et chanteuses, c’est, je vous le donne en mille:: Radio Courtoisie.. Eh oui ! Aussi surprenant que cela puisse paraître., il n’y a que cette radio sur laquelle on peut entendre des chansons françaises, le plus souvent de qualité..
Il y a une dizaine d’années, un jour que je cherchais sur la bande FM une radio diffusant des chansons françaises de qualité, je suis tombé sur Jacques Brel,
Je me suis arrêté de chercher et j’ai entendu un enchaînement d’une demi-douzaine d’excellentes chansons françaises..
A la fin de l’émission, j’ai compris qu’il s’agissait de Radio Courtoisie..
Depuis , quand je suis en région parisienne (seul endroit où l’on peut l’entendre), j’écoute aussi souvent que possible cette émission quotidienne d’une demi-heure..
.Pour les amateurs de chansons françaises que nous sommes, ma femme et moi, , c’est un vrai régal.
Du coup, j’ai creusé un peu. Et j’ai remarqué que l’émission culturelle quotidienne était également d’un très bon niveau.. C’ est aussi le point de vue d’ un de mes amis, animateur sur Radio Libertaire., qui ne partage pas, loin s’en faut, les opinions politiques. de Radio Courtoisie…. Il y a également une heure de musique classique, elle aussi non interrompue. par des commentaires ou de la publicité.
Je suis tombé un jour sur un débat sur les OGM, « débat » façon de parler, car tous les participants étaient fermement anti-OGM.. Je ne sais pas si cela ferait plaisir à la rédaction de ce mensuel, mais j’ai constaté que, dans les émissions culturelles, « Le Monde Diplomatique' » est souvent cité, de manière très positive.. Enfin, j’ai encore en mémoire une émission plus que paillarde, sur Bernard Dimey, un dimanche matin à l’heure de… la messe dominicale.. Ça m’avait bien fait rire..
Bien sûr je repasse sur France Inter, France Culture ou France Info lorsque commence un émission politique. Mais je tenais à compléter les quelques lignes ci-dessus afin de présenter d’autres aspects de cette « radio des fachos » selon l’expression de Didier.

salut Joël
Il se peut qu’on entende de la bonne chanson française à Radio Courtoisie et que les débats y soient de bon ton et équilibrés. Il n’en est pas moins vrai que c’est une radio fondée à la base par les Pauwels et De Beketch du Figaro Magazine et de Minute avec un De Lesquen moultes fois condamné pour propos racistes et antisémites. (Wikipedia). Maintenant, je ne vais pas te dire que je passe mon temps à écouter « la radio de toutes les droites et de tous les talents », mais le peu que j’en ai déjà entendu me suffit amplement. Amitiés. Didier

Oui, Didier, les débats y sont  » de bon ton », ce qui est la moindre des choses quand on s’appelle « Radio Courtoisie » mais non, ils ne sont pas du tout «  »équilibrés » puisqu’ils penchent tous du même côté. !!!! Ce qui n’est pas la définition du débat…
Il y a aussi bien sûr de la bonne chanson française sur Radio Libertaire, mais essentiellement le soir et pendant la nuit. Chansons francophones entre lesquelles s’intercalent d’ailleurs de plus en plus de chansons en anglais

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VINGINCES 8DAGONNETJ’avais écrit ça en à peine trois mois, en écrivain du dimanche. J’avais commencé un lundi, après un week-end avec des amis où on avait passé notre temps à picoler et à se raconter entre deux fous rires des anecdotes et des souvenirs communs sur nos années passées à Paris, dans les années 70. J’allais avoir 30 ans et je m’étais réveillé la bouche pâteuse et la gueule de bois avec un sentiment de vide et de mélancolie qui exigeait, nécessité intérieure, que je me mesure à la page blanche, sous la tutelle supposée bienveillante de tous les auteurs que j’admirais. Ça s’appelait Réverbérations (d’après le titre d’un morceau du 13th Floor Elevators, groupe psychédélique texan), sous-titré Passés simples, et se voulait être une chronique des années 60 et 70 à travers l’itinéraire de quelques personnages dont les histoires finissaient par se rejoindre. Un manuscrit de 230 pages qu’il me fallait proposer aux professionnels de la profession, à savoir aux grandes maisons d’édition parisiennes, puisque les quelques éditeurs indépendants dont on m’avait parlé avaient déjà leurs parutions ficelées pour des années. C’est en tout cas ce qu’ils m’avaient tous dit. Mon ami Luc avait été l’un des premiers enthousiasmés par ce roman et il l’avait recommandé, en tant qu’auteur publié de quelques romans sur le Vietnam, à Simone Gallimard, directrice du Mercure de France, du Mercure François, comme disait le Cyrano de Rostand. La dame lui avait fait part de ses réticences, arguant que, si le roman avait des qualités indéniables, son langage jeune et un tantinet démagogique ne permettait pas une publication chez elle. À moins de revoir le manuscrit, sans donner la moindre indication pour ce faire. « Un bon brouillon », m’avait dit Luc, qui semblait d’accord avec elle, mais un brouillon quand même qu’il s’agissait de retravailler pour lui donner une forme publiable correspondant aux critères exigeants de l’édition. Je ne voyais pas trop par quoi commencer et les bras m’en tombaient lorsque je me mettais à retravailler, comme ils disaient, sans savoir exactement ce qu’il y avait à modifier. J’envoyais donc mon manuscrit tel quel chez les principaux éditeurs. Une dizaine de copies étaient tapies dans un grand sac de sport et j’arpentais le quartier de l’Odéon en frappant aux portes des doges de la république des lettres, de ceux qui décidaient si vous étiez un auteur digne d’être publié ou un écrivaillon condamné à n’écrire que pour ses tiroirs. Humble mortel, j’avais l’audace de m’en remettre au jugement des dieux et je ne fus pas déçu, recevant les unes après les autres des lettres de refus stéréotypées avec toujours les mêmes formules hypocrites. Un bon livre assurément, mais qui ne correspondait à aucune de leurs collections, ou qui n’avait pas reçu la majorité des avis positifs du comité de lecture avec des « malheureusement » à longueur de bras et des encouragements pour la suite. J’en étais venu à les collectionner. Ne voulant pas rester sur un échec, j’en avais commencé un autre, Les journées de plomb (en référence aux années de plomb italiennes), dans un genre différent. Un retraité que j’avais baptisé Adrien Ménard et qui passait son temps à aller aux putes et à supporter un club de football. L’intrigue, assez mince, tournait autour de son fils, gibier de psychiatrie mêlé à une tentative d’enlèvement d’un patron de choc. Quelque chose en phase avec la montée du Front National et les exploits d’Action Directe. Même punition, avec des lettres de refus en pagaille, pile trois mois après mes envois. On ne s’embarrassait même plus de formules de politesse et de petits mots de consolation. Le roman n’était tout simplement pas convaincant, faute d’une intrigue solide qui seule aurait pu lui donner de la consistance. J’avais fait appel à un haut placé de la CFDT qui connaissait du monde dans la maison d’édition proche du syndicat et il n’avait même pas daigné recommander mon manuscrit, pas convaincu lui non plus. Sauf que lui, je ne le savais pas critique littéraire. Déçu dans mes ambitions du même nom, je décidais d’en rester là quand mon ami Luc m’adressa une publicité émanant de la société Icare, qui se faisait fort de relire et de corriger les manuscrits qu’elle estimait publiables et, par ses relations avec les éditeurs, de les faire éditer moyennant quelques retouches sur la base de leurs précieux conseils. Tout cela évidemment moyennant aussi finance, car leurs services n’étaient pas gratuits, va sans dire. J’avais pris rendez-vous avec Yves Dagonnet, le directeur de ladite société. Dans les bureaux d’Icare, deux pièces obscures dans un immeuble de rapport du quartier latin. Dagonnet était un grand barbu débonnaire et volubile, avec un gros nez et un regard franc. Il verrait ce qu’il pouvait faire pour mon manuscrit, mon enfant de papier qui l’appelait au secours. Sa secrétaire, une jeune femme accorte au décolleté provoquant, nous servit le champagne et nous trinquâmes à ma réussite. Quinze jours plus tard, Dagonnet me renvoyait mon manuscrit avec ses propositions de réécriture, ses recommandations. Une dizaine de feuillets tapés à la machine où, chapitre par chapitre, paragraphe par paragraphe et ligne par ligne, il me proposait ses reformulations et ses corrections. Il me demandait également un chèque de 6000 francs pour ce travail avec l’assurance que, à condition de me conformer à ses prescriptions, le manuscrit serait publié dès la rentrée. Je profitais de quelques jours de vacances début juin pour revoir le manuscrit, en respectant les consignes. Avec les coupes, les conseils de réécriture pour certains passages, les innombrables notes en bas de page et les explications sur tout ce qui concernait les faits et les personnages de l’époque ; mon roman me paraissait formaté, banalisé, appauvri. Les 230 pages étaient passées à 300 mais j’avais la douloureuse impression d’avoir affadi une histoire qui perdait beaucoup de son intérêt, avec un approfondissement psychologique des personnages et des tas de précisions redondantes.

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