Le site de Didier Delinotte se charge

ACRIMED ET MÉDIA-MENTERIES

Le logo d’Acrimed, pour se désaliéner des médias dominants.

Fondée par Henri Maler en 1996 après les mouvements sociaux contre le plan Juppé, l’association Acrimed (Action Critique Médias) se bat depuis plus de 25 ans contre les partis pris, la désinformation et les choix éditoriaux contestables des médias dominants. Elle encourage les médias alternatifs et la presse « pas pareille » et sort un trimestriel de critique des médias (Médiacritiques) inspiré par la sociologie de Pierre Bourdieu et du linguiste américain Noam Chomsky. L’association est venue se présenter devant des syndicalistes de Solidaires. Présentation du travail d’une association qui gagnerait à être connue.

Les militants de la région connaissent bien Gilles Balbastre, éternel pourfendeur des médias dominants et coauteur de films décapants sur ce thème comme Les nouveaux chiens de garde ou Ceux qui tiennent la laisse (pas encore sorti). Il a participé à travers diverses publications (PLPL, Le Plan B) à populariser le combat pour une presse indépendante et alternative des grands médias relayant paresseusement l’idéologie dominante, dans la médiocrité et le conformisme.

Réflexion sur l’économie des médias mais aussi outil de lutte contre les médias dominants, Acrimed est une association nationale qui compte 1500 adhérents. Son action vise à dénoncer l’actuelle économie des médias en plaidant pour un pluralisme favorisant le débat démocratique.

Il s’agit de faire des médias une question politique, en informant sur les conditions de production de l’information et en mobilisant les différents acteurs du milieu sur la question. Le site d’Acrimed contient plus de 5000 articles sur ces sujets et les moyens sont, outre le site, le trimestriel Médiacritiques, l’organisation de débats publics et la cartographie régulièrement mise à jour des médias en France.

Sur cette carte, 3 gros secteurs se partagent le marché : les entreprises de presse, le secteur public et un tiers-secteur où l’on peut ranger la presse alternative et indépendante. 80 % de la presse appartient à 9 milliardaires (Bolloré, Lagardère, Drahi, Arnaud, Pinault, Niel, Dassault, Pigasse, Bertelsman, Bouygues et Kretinsky) ; 95 % de la presse magazine, 81 % de la PQR (Presse quotidienne régionale) et 51 % de l’audiovisuel. Les ordonnances de 1944 sur le pluralisme et les aides à la presse (largement issue de la résistance) comme la loi Bichet de 1947 sur sa diffusion et sa distribution ont veillé à ce que le secteur soit démocratique et égalitaire, mais la concentration de la presse, les baronnies éditoriales et les inégalités de traitement sont venus très vite contrecarrer ces mesures.

On peut évaluer à 666 millions d’Euros les aides à la presse sous toutes leurs formes : aides récurrentes, aides exceptionnelles, aides indirectes, aides postales, abattements fiscaux, aides à la presse en ligne… 91,5 millions rien que pour les aides qui vont essentiellement aux grands médias (15,7 pour Arnault, 1 pour Kretinsky, chiffres records pour le Point ou Le Figaro). Les journaux indépendants ou alternatifs n’ont quasiment rien selon un système aberrant avec des critères nébuleux : « l’engagement réciproque de l’État et des groupes (ou entreprises) de presse autour d’objectifs partagés de pluralisme, de modernisation et de bonnes pratiques professionnelles » (Site du Ministère de la Culture). On précise qu’il ne s’agit pas d’aider la presse en difficulté (les canards boiteux) mais de favoriser l’investissement dans le secteur. Bref, on ne prête qu’aux riches !

Rien n’est prévu pour la création de nouveaux titres et on assiste à un accaparement, une captation des ressources de l’état vers les plus grands groupes.

Des grands groupes qui fustigent la dépense publique tout en passant à la caisse, voire le livre de Sébastien Fontenelle (chroniqueur à Politis) : Aides à la presse, un scandale qui dure . Les arguments des grands groupes sont simplement de dire que les aides qu’elles reçoivent sont surtout des aides à La Poste. Ben voyons…

Les conséquences de cet état de fait sont fortes sur le traitement médiatique des mobilisations sociales et l’Acrimed en appelle à des actions démocratiques sur le terrain des médias.Ainsi, le traitement des luttes sociales est toujours le même : la dépolitisation des enjeux (on parle des violences ou des incidents, pas des revendications), les attitudes de popularisation lorsqu’il s’agit de la police ou de la médecine libérale, de dénigrement lorsqu’il s’agit des cheminots ou des ouvriers, les caricatures (on informe pas sur les enjeux mais on fait des micro-trottoirs d’usagers en colère), la personnalisation des luttes (recherche du « bon client », d’un leader médiatisé) et journalisme de préfecture encore appelé journalisme de commissariat (ZAD, Gilets jaunes…), soit recevoir l’information des pouvoirs publics.

De même, le lexique des grèves et manifestations ne varie pas. On parle de «réforme indispensable », de « grogne », de « casseurs ou d’énergumènes », jamais de la violence patronale subie par les salariés et des inégalités. Cela pose la question de savoir de quels moyens on dispose par rapport aux médias. Peut-on y apporter la contradiction (exemples de Boyart ou Garrigo face à Hanouna). On peut avoir une position de principe qui consiste à ne pas participer, c’est celle de Serge Halimi ou de Pierre Rimbert (Le Monde Diplomatique), et on peut aussi le faire en dictant ses conditions (Frédéric Lordon ou François Ruffin). Il est en tout cas indispensable de politiser les enjeux, de marquer des lignes jaunes à ne pas franchir et de ne pas se laisser aller à des polémiques inter-personnelles que favorisent les médias. Acrimed a publié un texte sur le sujet : « Comment se servir des médias dominants sans y être asservis ? », avec des propositions pour casser le jeu médiatique et ne surtout pas perpétuer le système.

Les questions fusent : quelle place pour les médias alternatifs ? La presse syndicale ? Les chaînes de télé en continu (BFM TV, Cnews ou LCI). Que peuvent les syndicats de journalistes (SNJ ou CGT / SNJ). Est évoquée également la précarisation du milieu et les salaires à la baisse pour les pigistes comme la question de la redevance. Aussi l’importance des tracts…

Des premières réponses sont faites. Pour la diffusion de la presse d’abord, des intérêts privés ont remplacé les coopératives de diffusion, ce qui nuit surtout à la presse alternative. La presse souffre d’une double dépendance : sa soumission à l’agenda politique (événements mis en scène par les gouvernements) et à la dépendance économique (recettes en fonction de l’audimat ou du lectorat qui influencent le marché publicitaire).

Les réponses peuvent être aussi d’organiser ce type de débats sur les médias dans les syndicats et les associations, pour informer sur la situation et formuler des contre-propositions. Il faut aussi informer les régies publicitaires sur les médias où vont leurs annonces. La redevance de l’audiovisuel public doit être défendue pour ne pas vendre l’information et les programmes aux annonceurs. À la question « faut-il y aller ou pas ? », il convient de différencier les médias et de veiller à rester maître de sa communication, de reformuler les questions au besoin et de ne surtout pas entrer dans des questions d’ego et de polémiques, là où on cherche à nous entraîner pour « faire du buzz ». Il ne faut pas hésiter non plus à créer des contre-feux en réaction aux médias dominants en s’inscrivant en réaction contre ces médias, par des communiqués ou des droits de réponse et en établissant des relations de confiance avec des journalistes de base qui ne sont pas des éditocrates.

Nous pouvons bénéficier de la contre-expertise d’associations comme Attac, Copernic ou Acrimed pour contrer les médias sur le terrain des luttes et de la critique sociale. Les outils et les supports sont indispensables pour l’organisation de débats sur ces questions. On peut aussi organiser des événements comme « la laisse d’or », décerner des prix aux journalistes les plus révérencieux et les plus inféodés aux pouvoirs politiques et économiques. Ne surtout pas se résigner à subir l’information telle qu’elle est formatée.

Sur la question des réseaux sociaux, on ne peut nier leur capacité de mobilisation autour d’initiatives, mais garder en tête que ce sont les Gafam qui « tiennent la laisse » et s’enrichissent. Pouvoir aussi faire de la communication différemment avec les podcasts ou les blogs.

Il existe beaucoup de matériel disponible pour la formation aux médias, qu’elle émane d’Acrimed, des Mutins de Pangée, de Là-bas si j’y suis ou d’Arrêts sur image par exemple. Voir notamment sur les Mutins de Pangée la différence de traitement d’une journaliste comme Léa Salamé selon qu’elle interviewe Carlos Ghosn ou Philippe Martinez. Il y a un gros besoin de formation à la critique des médias et c’est aussi la mission que s’assigne Acrimed.

En tout cas, il n’y aura pas de réponse démocratique, sociale et écologique sans une transformation radicale des médias et on ne peut pas se contenter de dire que les médias sont à l’image de la société et qu’un changement de régime (ou une révolution, pourquoi pas ?) régleront le problème. Ce serait beaucoup trop simple et pas très réaliste. C’est toute l’économie des médias qui est à revoir, comme nos habitudes de consommateurs souvent trop passifs et peu ou pas assez critiques. Vaste programme, comme disait De Gaulle au temps de l’ORTF.

PS : Une soirée Politis sera consacré à ce thème, vers mai ou juin. On en reparle.

23 janvier 2023

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VINGINCES 8DAGONNETJ’avais écrit ça en à peine trois mois, en écrivain du dimanche. J’avais commencé un lundi, après un week-end avec des amis où on avait passé notre temps à picoler et à se raconter entre deux fous rires des anecdotes et des souvenirs communs sur nos années passées à Paris, dans les années 70. J’allais avoir 30 ans et je m’étais réveillé la bouche pâteuse et la gueule de bois avec un sentiment de vide et de mélancolie qui exigeait, nécessité intérieure, que je me mesure à la page blanche, sous la tutelle supposée bienveillante de tous les auteurs que j’admirais. Ça s’appelait Réverbérations (d’après le titre d’un morceau du 13th Floor Elevators, groupe psychédélique texan), sous-titré Passés simples, et se voulait être une chronique des années 60 et 70 à travers l’itinéraire de quelques personnages dont les histoires finissaient par se rejoindre. Un manuscrit de 230 pages qu’il me fallait proposer aux professionnels de la profession, à savoir aux grandes maisons d’édition parisiennes, puisque les quelques éditeurs indépendants dont on m’avait parlé avaient déjà leurs parutions ficelées pour des années. C’est en tout cas ce qu’ils m’avaient tous dit. Mon ami Luc avait été l’un des premiers enthousiasmés par ce roman et il l’avait recommandé, en tant qu’auteur publié de quelques romans sur le Vietnam, à Simone Gallimard, directrice du Mercure de France, du Mercure François, comme disait le Cyrano de Rostand. La dame lui avait fait part de ses réticences, arguant que, si le roman avait des qualités indéniables, son langage jeune et un tantinet démagogique ne permettait pas une publication chez elle. À moins de revoir le manuscrit, sans donner la moindre indication pour ce faire. « Un bon brouillon », m’avait dit Luc, qui semblait d’accord avec elle, mais un brouillon quand même qu’il s’agissait de retravailler pour lui donner une forme publiable correspondant aux critères exigeants de l’édition. Je ne voyais pas trop par quoi commencer et les bras m’en tombaient lorsque je me mettais à retravailler, comme ils disaient, sans savoir exactement ce qu’il y avait à modifier. J’envoyais donc mon manuscrit tel quel chez les principaux éditeurs. Une dizaine de copies étaient tapies dans un grand sac de sport et j’arpentais le quartier de l’Odéon en frappant aux portes des doges de la république des lettres, de ceux qui décidaient si vous étiez un auteur digne d’être publié ou un écrivaillon condamné à n’écrire que pour ses tiroirs. Humble mortel, j’avais l’audace de m’en remettre au jugement des dieux et je ne fus pas déçu, recevant les unes après les autres des lettres de refus stéréotypées avec toujours les mêmes formules hypocrites. Un bon livre assurément, mais qui ne correspondait à aucune de leurs collections, ou qui n’avait pas reçu la majorité des avis positifs du comité de lecture avec des « malheureusement » à longueur de bras et des encouragements pour la suite. J’en étais venu à les collectionner. Ne voulant pas rester sur un échec, j’en avais commencé un autre, Les journées de plomb (en référence aux années de plomb italiennes), dans un genre différent. Un retraité que j’avais baptisé Adrien Ménard et qui passait son temps à aller aux putes et à supporter un club de football. L’intrigue, assez mince, tournait autour de son fils, gibier de psychiatrie mêlé à une tentative d’enlèvement d’un patron de choc. Quelque chose en phase avec la montée du Front National et les exploits d’Action Directe. Même punition, avec des lettres de refus en pagaille, pile trois mois après mes envois. On ne s’embarrassait même plus de formules de politesse et de petits mots de consolation. Le roman n’était tout simplement pas convaincant, faute d’une intrigue solide qui seule aurait pu lui donner de la consistance. J’avais fait appel à un haut placé de la CFDT qui connaissait du monde dans la maison d’édition proche du syndicat et il n’avait même pas daigné recommander mon manuscrit, pas convaincu lui non plus. Sauf que lui, je ne le savais pas critique littéraire. Déçu dans mes ambitions du même nom, je décidais d’en rester là quand mon ami Luc m’adressa une publicité émanant de la société Icare, qui se faisait fort de relire et de corriger les manuscrits qu’elle estimait publiables et, par ses relations avec les éditeurs, de les faire éditer moyennant quelques retouches sur la base de leurs précieux conseils. Tout cela évidemment moyennant aussi finance, car leurs services n’étaient pas gratuits, va sans dire. J’avais pris rendez-vous avec Yves Dagonnet, le directeur de ladite société. Dans les bureaux d’Icare, deux pièces obscures dans un immeuble de rapport du quartier latin. Dagonnet était un grand barbu débonnaire et volubile, avec un gros nez et un regard franc. Il verrait ce qu’il pouvait faire pour mon manuscrit, mon enfant de papier qui l’appelait au secours. Sa secrétaire, une jeune femme accorte au décolleté provoquant, nous servit le champagne et nous trinquâmes à ma réussite. Quinze jours plus tard, Dagonnet me renvoyait mon manuscrit avec ses propositions de réécriture, ses recommandations. Une dizaine de feuillets tapés à la machine où, chapitre par chapitre, paragraphe par paragraphe et ligne par ligne, il me proposait ses reformulations et ses corrections. Il me demandait également un chèque de 6000 francs pour ce travail avec l’assurance que, à condition de me conformer à ses prescriptions, le manuscrit serait publié dès la rentrée. Je profitais de quelques jours de vacances début juin pour revoir le manuscrit, en respectant les consignes. Avec les coupes, les conseils de réécriture pour certains passages, les innombrables notes en bas de page et les explications sur tout ce qui concernait les faits et les personnages de l’époque ; mon roman me paraissait formaté, banalisé, appauvri. Les 230 pages étaient passées à 300 mais j’avais la douloureuse impression d’avoir affadi une histoire qui perdait beaucoup de son intérêt, avec un approfondissement psychologique des personnages et des tas de précisions redondantes.

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