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LES PRÉNOMS ONT ÉTÉ CHANGÉS (10)

Daniel Grardel encore, le David Hockney d’Amiens

Hervé

On venait de suivre un stage de radiotélégraphistes de trois mois à Villejuif, juste après les grèves d’octobre 1974 auxquelles j’avais participé comme auxiliaire du tri postal à Tourcoing, ce qui m’avait valu un licenciement en tant qu’auxiliaire, mais j’avais un stage de contrôleur au chaud.

J’avais découvert les assemblées générales, les piquets de grève, les discussions à n’en plus finir pour convaincre les indécis et les quolibets adressés aux jaunes irréductibles. On avait chanté du Greame Allwright à la bourse du travail et j’écrivais des chansons ou plutôt des paroles de lutte sur des airs connus. Même les austères délégués CGT me félicitaient pour mes petits talents de rimailleur. Le secrétaire d’État de l’époque, un dénommé Marceau Long, avait mis le feu aux poudres en déclarant maladroitement que le tri postal était un travail idiot et ça avait suffi à mettre le feu aux poudres. Pourtant, il ne s’était pas vraiment trompé et j’avais souvent remarqué qu’au plus mes collègues étaient stupides et au plus ils triaient vite, répondant aux injonctions des petits chefs. La réflexion et la pensée constituaient pour l’exercice un sérieux handicap. Seuls importaient les réflexes à conditionner.

Fin novembre, le stage commençait et on apprenait l’alphabet morse, on tapait sur des téléimprimeurs, on lisait des bandes perforées et on comptait les mots sur des télégrammes aux fins de les taxer. Un apprentissage accéléré à la fonction de petit télégraphiste que suivait distraitement le petit groupe de marginaux regroupés autour d’affinités politiques gauchisantes, de lectures de la presse bête et méchante et de passions communes. L’une d’elles était le rock, et j’avais passé le plus clair de mon temps à rompre des lances avec mon ami Jacky à coup de questionnaires sur la pop musique. J’assistais aussi avec lui à mes premiers concerts, le plus souvent à la Porte de Pantin. À part les concerts, c’était le café-théâtre et les petits cinémas de Saint-Michel. Le chef de centre de l’endroit nous avait appris que le philosophe Gaston Bachelard était passé par là en tant qu’ingénieur des télécommunications, avant de se signaler par ses ouvrages savants. Inconnu de nous à l’époque, on plaisantait sur son nom ; Bachelard était devenu mâche-lard et avait écrit des traités obscurs sur l’en-soie ou la chose en soie. Un rien nous faisait rire, et nous nous régalions des parodies d’Actuel, des premiers numéros de l’Écho des Savanes avec Gotlib en vedette et, évidemment, des articles de Delfeil de Ton dans Charlie Hebdo comme des facéties de Gébé et Choron dans Hara Kiri. En référence à la révolution des Œillets au Portugal, notre promotion – le mot était pompeux – avait été baptisée par nos formateurs chahutés du nom, qu’on trouvait plutôt flatteur, « des Portugais ». Le Mouvement des Forces Armées avait éconduit le triste Caëtano, successeur du valétudinaire Salazar et l’Afrique lusophone était libérée. Alors va pour portugais ! On riait en apprenant qu’à Lisbonne, les chars de l’armée s’arrêtaient sagement aux feux rouges.

Les trois mois de formation achevés, on pouvait entrer la tête haute dans la vie professionnelle dans un « bureau central radio » situé près de l’AFP, derrière le palais Brongniart, deuxième arrondissement. Notre réputation nous avait précédé et les anciens se méfiaient de nous, réputés feignants, déconneurs, gauchistes et ramenards. On allait de salles en salles, en doublure, en vue de peaufiner notre apprentissage du métier, et je finissais par m’occuper des liaisons télégraphiques entre Paris et Nouakchott, Mauritanie. Une sacrée responsabilité. Les vieux nous charriaient avec des histoires ahurissantes racontées en clignant de l’œil, comme cet opérateur à l’autre bout de la liaison qui aurait envoyé un télégramme d’appel au secours alors qu’il était agressé par un lion. Ah, ces nègres ! Si ça les faisait rire…

Puis le petit groupe se disloqua. Les amitiés fortes qui nous unissaient ne résistaient pas toujours au labeur du temps. Deux d’entre nous avaient été appelés sous les drapeaux, prêts à former des comités de soldats comme le préconisaient à l’époque les organisations d’extrême-gauche. « À l’armée, tu restes un citoyen ! ». Un autre, ancien coopérant, était parti couvrir la chute de Saïgon pour le Libération post mao d’avril 1975. Un autre encore avait démissionné pour se faire recruter comme assistant parlementaire par un politicien en vue. Nous restions à deux, Jacky et moi, avant l’arrivée d’Hervé.

Hervé avait débarqué précédé d’une réputation sulfureuse. On en parlait à voix basse comme un héroïnomane désintoxiqué de frais à Marmottan, la clinique du bon docteur Olivenstein, thérapeute efficace et amateur de fromage. Contrairement à nous, il n’était pas syndiqué et, à part le rock, ne partageait pas toutes nos passions et encore moins nos convictions politiques À l’hiver 1975 – 1976, on l’avait adopté et nous étions tous les trois inséparables à la faveur de nos virées dans les endroits habituels : la Pizza du Marais, le Café de la Gare, le Gibus ou le Bataclan. Pour lui, le haschich avait remplacé l’héroïne et nous aussi en fumions plus que de raison, ce que nous appelions « la cigarette qui fait rire » et qui n’avait pas trop d’effets psychotropes. Sinon, c’était les disquaires, Music Action à Odéon, Dave Music à République et La Parallèle ou l’Open Market aux Halles où le patron engueulait les clients lorsqu’ils se hasardaient à demander un disque sortant de la punkitude réglementaire. À l’Open Market, le groupe Bijou répétait dans l’arrière-salle, couvé du regard par le rock critique Patrick Eudeline et Yves «Sweet Punk » Adrien avait été salarié de l’endroit. On sortait avec des sacs bourrés de vinyles et de livres achetés chez Gibert-Jeune ou chez Maspéro. De la rue des Lombards, on voyait le trou des Halles et mon frère aîné y travaillait comme ingénieur dans un Algéco aux couleurs oranges et blanches de la maison Bouygues. Dans la rue des Lombards, on évitait les dealers de cocaïne et on déclinait poliment les invitations doucereuses des péripatéticiennes en tenues légères. On avait la trompeuse impression d’échapper à tous les dangers.

Puis survint un été étouffant où notre mode de vie consistait à fuir ces chaleurs obscènes quand l’asphalte fondait sous nos pas. Fuir à l’ombre, chez les disquaires, les libraires ; dans les bars et les salles de spectacle. Logé jusque-là par mon frère à Clamart (où se trouvait le siège de Bouygues), je rassemblais mes maigres effets pour aménager avec Jacky dans un petit appartement du Marais. Enfin libre ! Hervé habitait toujours avec une copine près du métro Laumière et il n’allait pas tarder à nous rejoindre, seul. Il avait fait un nouveau séjour à Marmottan, après avoir replongé, mais la cure avait tourné court et on le voyait se piquer avec son petit matériel de junky, seringue, cuiller et garrot. Jacky et moi étions restés sourds à ses invitations prosélytes, en restant à nos cigarettes blondes et ne nous autorisant un petit joint qu’en de rares occasions plus ou moins festives. Les parents d’Hervé habitaient la banlieue de Lille et il m’arrivait de prendre le train le vendredi soir avec lui. C’est lors de ces petits trajets qu’il me proposait des prises de cocaïne et, si j’acceptais une fois et en testais les effets euphorisants, je déclinais par la suite et évitais même de voyager en sa compagnie, préférant repartir dans la R8 de mon frère.

Hervé commençait à devenir encombrant, camé jusqu’aux yeux, apathique et perpétuellement malade avec le nez qui coule et une toux sèche préoccupante. Ses cheveux blonds semblaient morts et ses yeux d’un bleu pâle étaient devenus inexpressifs. Sa maigreur inquiétait, de même que sa pâleur livide de cadavre ambulant. Un spectre ricanant. Cet hiver, il était en congés maladie et ne sortait quasiment plus, traverser un pont sur la Seine gelée représentait pour lui toute une expédition. On écoutait du rock allemand planant avec des cierges allumés, de l’encens et des tentures violettes. Tangerine Dream ou Ash Ra Temple. Hervé nous faisait perdre le boire et le manger avec ses théories mystiques et ses énervants discours freudiens faisant suite à une psychanalyse qu’il suivait en nouveau converti. Selon lui, Jacky et moi étions des névrosés, des malades, des personnes inhibées et dépressives. Lui seul allait bien, avec ses deux grammes quotidiens dans les veines. J’en avais assez d’Hervé et de sa vie végétative et j’avais obtenu ma mutation pour Lille, rendue exécutoire pour les tous premiers jours de 1977, année punk.

Avant de quitter Paris, nous étions allés à Londres, Jacky et moi, ne ratant pas un concert des groupes dont on commençait à parler : les Damned, Clash, les Stranglers. On se baladait à Piccadilly Circus avec nos cuirs luisants, nos Ray-bans, nos épingles à nourrice et nos lames de rasoir en pendentifs. On était devenus des punks, nous attirant les manifestations parfois violentes de l’hostilité des rockers et autres teddy-boys. Fourrés la nuit au 100 Club , à Music Machine ou au Dingwall’s, nous avions l’impression pour la première fois de n’avoir pas raté le train de l’histoire, nous qui étions trop jeunes pour avoir vécu autrement qu’en spectateurs les mouvements des années 60.

J’étais donc retourné dans le Nord, profitant de quelques concerts pour retourner à Paris, hébergé par Jacky qui m’avait assuré que Hervé était reparti à Marmottan avec une nouvelle copine. Au moins avait-il une vie affective, contrairement à nous. Encore un séjour qui devait nous le rendre propre et paré pour de nouvelles aventures. Mais qu’importait, John Cale et Patti Smith étaient en ville et nous avions assisté aux deux concerts. Nous étions retournés chez Music Action et à l’Open Market où j’avais raflé tout ce qui me manquait des Sex Pistols, des Ramones, des Heartbreakers, de Jam ou de Television. On s’était trouvé des fringues aux puces de Saint-Ouen, chemises lacérées, jeans troués, vestes en velours et pantalons de cuir. White punks on dope. Un long week-end lumineux de mai où on pouvait penser qu’enfin la vie nous souriait, que nous n’étions pas condamnés à la mélancolie. J’en avais même profité pour aller voir le Stade de Reims, mon club favori, qui jouait la finale de la coupe de France contre l’A.S Saint-Etienne.

Et puis c’est arrivé brusquement. Hervé est entré avec quelqu’un dans l’appartement et, après avoir écouté le dernier Stranglers (« Sometimes I’m gonna smash your face »), ils ont sorti des couteaux et ont donné des grands coups de botte pour nous faire comprendre qu’il fallait qu’on se dépêche. Ils m’ont lié sur un fauteuil, bâillonné, et ont accompagné Jacky à un distributeur pour qu’il tire le maximum de liquide. Ils sont partis après avoir piqué tout ce qui était possible de voler et je me souviens de la dernière parole du copain d’Hervé en voyant un exemplaire du Ciel et de l’Enfer, de William Blake, posé sur un guéridon. « Dommage que ce soit toujours des gens intelligents qu’on est obligés de taxer ». On le sentait presque navré.

En visite chez mon frère à Boulogne-Billancourt, mon père s’était aventuré jusqu’à l’appartement et je l’entendais discuter avec la concierge alors que nos agresseurs venaient de partir. La vieille folle lui parlait de ce qu’était devenu son fils et ses amis, des drogués, des jeunes branleurs, insolents et irresponsables. Elle parlait, pêle-mêle, de la société qui se délite, de la discipline qui n’a plus cours, de la décadence, des perversions, de l’athéisme, du désespoir de la jeunesse, des adultes qui démissionnent. Elle vilipendait Françoise Dolto et Ménie Grégoire, les pourrisseurs de jeunesse et les institutions qui défaillaient. Sans parler de Coluche, un diable en salopette. Elle citait des versets de la bible avec les numéros et mon père regardait par la porte entrebâillée, les bras ballants et comme sonné par les objurgations de la bignolle. « Quand je pense que son père est un ancien gendarme », lâcha la vieille, parvenue à son plus haut degré d’hystérie haineuse.

On refusa d’aller porter plainte malgré l’insistance de mon père et il nous emmena chez mon frère, dans sa voiture. Jacky prit le train gare d’Austerlitz pour aller chez ses parents et je retournais dans le Nord après une triste soirée où je racontais en boucle l’agression en répondant aux demandes de précision formulées par mes parents comme par mon frère. « Plus de peur que de mal », finit par conclure sagement ce-dernier, sous les approbations de ma mère qui en venait à se signer.

Nous partîmes le lendemain matin et j’avais dans la tête ce vers de je ne savais plus quelle chanson d’Eric Burdon : « Gonna get straight now ! ». Fini les joints, la marge, la chienlit et les punks. J’allais être un jeune homme sérieux. C’était décidé. Je répétais la mésaventure aux collègues de bureau, une nouvelle fois, comme pour m’en libérer à la manière du vieux marin de Coleridge : « écoute mon histoire, toi l’invité de la noce ». Fort heureusement, mes stupides résolutions tinrent à peine quelques heures.

Je ne revis jamais plus Hervé, et Jacky me donna un jour de ses nouvelles, me brossant un portrait de ce qu’il était devenu, junky incurable devenu dealer et accessoirement petit délinquant.

Je crus le voir un jour, à la gare du Nord, mais c’était sans doute une hallucination, un retour d’acide et d’un fantôme du passé. Non, Hervé n’avait plus d’existence que dans mon esprit inquiet. J’étais intimement persuadé qu’il était mort et que ni Olivenstein, ni Freud, ni Nietzsche, ni Meher Baba ni la scientologie n’avaient pu le sauver. Il avait sûrement rejoint le royaume dont parlait Lou Reed, celui qui se piquait à l’eau distillée sur scène. Le paradis des junkies qu’on atteint qu’après l’overdose. Chaleur blanche et lumière blanche. Une blancheur de neige maculée d’une goutte de sang rouge jaillie d’une veine bleuâtre. Bleu, blanc et rouge, dans un ordre différent.

Raconte pas ta vie, junky junky.

8 février 2021

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VINGINCES 8DAGONNETJ’avais écrit ça en à peine trois mois, en écrivain du dimanche. J’avais commencé un lundi, après un week-end avec des amis où on avait passé notre temps à picoler et à se raconter entre deux fous rires des anecdotes et des souvenirs communs sur nos années passées à Paris, dans les années 70. J’allais avoir 30 ans et je m’étais réveillé la bouche pâteuse et la gueule de bois avec un sentiment de vide et de mélancolie qui exigeait, nécessité intérieure, que je me mesure à la page blanche, sous la tutelle supposée bienveillante de tous les auteurs que j’admirais. Ça s’appelait Réverbérations (d’après le titre d’un morceau du 13th Floor Elevators, groupe psychédélique texan), sous-titré Passés simples, et se voulait être une chronique des années 60 et 70 à travers l’itinéraire de quelques personnages dont les histoires finissaient par se rejoindre. Un manuscrit de 230 pages qu’il me fallait proposer aux professionnels de la profession, à savoir aux grandes maisons d’édition parisiennes, puisque les quelques éditeurs indépendants dont on m’avait parlé avaient déjà leurs parutions ficelées pour des années. C’est en tout cas ce qu’ils m’avaient tous dit. Mon ami Luc avait été l’un des premiers enthousiasmés par ce roman et il l’avait recommandé, en tant qu’auteur publié de quelques romans sur le Vietnam, à Simone Gallimard, directrice du Mercure de France, du Mercure François, comme disait le Cyrano de Rostand. La dame lui avait fait part de ses réticences, arguant que, si le roman avait des qualités indéniables, son langage jeune et un tantinet démagogique ne permettait pas une publication chez elle. À moins de revoir le manuscrit, sans donner la moindre indication pour ce faire. « Un bon brouillon », m’avait dit Luc, qui semblait d’accord avec elle, mais un brouillon quand même qu’il s’agissait de retravailler pour lui donner une forme publiable correspondant aux critères exigeants de l’édition. Je ne voyais pas trop par quoi commencer et les bras m’en tombaient lorsque je me mettais à retravailler, comme ils disaient, sans savoir exactement ce qu’il y avait à modifier. J’envoyais donc mon manuscrit tel quel chez les principaux éditeurs. Une dizaine de copies étaient tapies dans un grand sac de sport et j’arpentais le quartier de l’Odéon en frappant aux portes des doges de la république des lettres, de ceux qui décidaient si vous étiez un auteur digne d’être publié ou un écrivaillon condamné à n’écrire que pour ses tiroirs. Humble mortel, j’avais l’audace de m’en remettre au jugement des dieux et je ne fus pas déçu, recevant les unes après les autres des lettres de refus stéréotypées avec toujours les mêmes formules hypocrites. Un bon livre assurément, mais qui ne correspondait à aucune de leurs collections, ou qui n’avait pas reçu la majorité des avis positifs du comité de lecture avec des « malheureusement » à longueur de bras et des encouragements pour la suite. J’en étais venu à les collectionner. Ne voulant pas rester sur un échec, j’en avais commencé un autre, Les journées de plomb (en référence aux années de plomb italiennes), dans un genre différent. Un retraité que j’avais baptisé Adrien Ménard et qui passait son temps à aller aux putes et à supporter un club de football. L’intrigue, assez mince, tournait autour de son fils, gibier de psychiatrie mêlé à une tentative d’enlèvement d’un patron de choc. Quelque chose en phase avec la montée du Front National et les exploits d’Action Directe. Même punition, avec des lettres de refus en pagaille, pile trois mois après mes envois. On ne s’embarrassait même plus de formules de politesse et de petits mots de consolation. Le roman n’était tout simplement pas convaincant, faute d’une intrigue solide qui seule aurait pu lui donner de la consistance. J’avais fait appel à un haut placé de la CFDT qui connaissait du monde dans la maison d’édition proche du syndicat et il n’avait même pas daigné recommander mon manuscrit, pas convaincu lui non plus. Sauf que lui, je ne le savais pas critique littéraire. Déçu dans mes ambitions du même nom, je décidais d’en rester là quand mon ami Luc m’adressa une publicité émanant de la société Icare, qui se faisait fort de relire et de corriger les manuscrits qu’elle estimait publiables et, par ses relations avec les éditeurs, de les faire éditer moyennant quelques retouches sur la base de leurs précieux conseils. Tout cela évidemment moyennant aussi finance, car leurs services n’étaient pas gratuits, va sans dire. J’avais pris rendez-vous avec Yves Dagonnet, le directeur de ladite société. Dans les bureaux d’Icare, deux pièces obscures dans un immeuble de rapport du quartier latin. Dagonnet était un grand barbu débonnaire et volubile, avec un gros nez et un regard franc. Il verrait ce qu’il pouvait faire pour mon manuscrit, mon enfant de papier qui l’appelait au secours. Sa secrétaire, une jeune femme accorte au décolleté provoquant, nous servit le champagne et nous trinquâmes à ma réussite. Quinze jours plus tard, Dagonnet me renvoyait mon manuscrit avec ses propositions de réécriture, ses recommandations. Une dizaine de feuillets tapés à la machine où, chapitre par chapitre, paragraphe par paragraphe et ligne par ligne, il me proposait ses reformulations et ses corrections. Il me demandait également un chèque de 6000 francs pour ce travail avec l’assurance que, à condition de me conformer à ses prescriptions, le manuscrit serait publié dès la rentrée. Je profitais de quelques jours de vacances début juin pour revoir le manuscrit, en respectant les consignes. Avec les coupes, les conseils de réécriture pour certains passages, les innombrables notes en bas de page et les explications sur tout ce qui concernait les faits et les personnages de l’époque ; mon roman me paraissait formaté, banalisé, appauvri. Les 230 pages étaient passées à 300 mais j’avais la douloureuse impression d’avoir affadi une histoire qui perdait beaucoup de son intérêt, avec un approfondissement psychologique des personnages et des tas de précisions redondantes.

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