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LONDON DERBY (3)

Stamford Bridge, entre Kensington et Fulham. Vous y êtes.

Troisième volet de la série sur les clubs londoniens, ceux des quartiers et de la banlieue sud, incluant le sud-ouest et les équipes de Fulham (dont Chelsea). On parlera aussi du Charlton AC et de Crystal Palace avant de clore ce passage en revue avec l’ouest des Watford, Brentford et autres Queen’s Park Rangers.

On ne va pas s’attarder sur le Charlton Athletic Club, situé dans le comté de Greenwich. Longtemps en première division (de 1936 à 1957), les Addicks de Charlton ont été relégués aux étages inférieurs avant de revenir sporadiquement dans l’élite, d’abord pour une seule saison, en 1998 – 1999, puis de 2000 à 2007, faisant depuis l’ascenseur entre les deuxième et troisième division.

Leurs seuls titres de gloire remontent aux années 30 et 40 et on ne peut que relever, dans la période moderne, qu’un titre de champion de D2 en 2000. C’est maigre.

Les rouges et blancs de Charlton n’ont pas non plus compté de joueurs illustres dans le passé récent, à l’exception peut-être de l’uruguayen Diego Poyet. Pas plus d’ailleurs dans l’effectif actuel, si ce n’est quelques jeunes espoirs prêtés par des grands clubs : le Gallois Levitt par Manchester Utd, le Canadien Millar par le Liverpool FC et le néerlandais Maatsen par Chelsea. Des noms à retenir ? Pas forcément.

Il en va autrement pour les aigles de Crystal Palace qui évoluent en maillot rayé rouge et marine frappé du volatile juché sur un ballon sur fond des bâtiments du palace créé pour abriter l’exposition universelle de 1851. Ce sont d’ailleurs des ouvriers ayant construit le monument qui auraient fondé le club, après que celui-ci fût transporté de Hyde Park au sud de Londres.

À part une courte apparition en première division à la fin des années 60 et au début des années 70, le club a longtemps joué en deuxième ou troisième division avant de retrouver l’élite en 1979 et de descendre derechef jusqu’à revenir dix ans plus tard. Ce sera au début des années 90 que l’équipe marquera son empreinte sur le football anglais avec une finale de F.A cup (perdue contre Manchester Utd en 1990) et une plus qu’honorable troisième place en championnat l’année suivante. Après avoir fait l’ascenseur dans les années 90 et un long séjour en D2 de 2000 à 2013, Crystal Palace renaît de ses cendres et est devenu un club solidement arrimé en division 1.

En effet, depuis 2013, le club s’y est stabilisé avec une autre finale de coupe perdue en 2016, à nouveau contre Manchester Utd, leur bête noire. Les supporters de Crystal Palace rivalisent avec ceux de Charlton et de Millwall pour conquérir l’hégémonie des quartiers sud.

Parmi les historiques du club, on peut citer l’international anglais Ian Wright et le Français Mamadou Sakho (ex Liverpool, toujours au club). Autres noms connus, le Ghanéen et ex-marseillais Jordan Ayew, l’international anglais Andros Townshend et, surtout, les Congolais-belges Benteke et Batshuayi (ex Chelsea, Marseille et le Standard de Liège, entre autres). Pas de quoi jouer les premiers rôles, mais de quoi rester dans le ventre mou de l’élite et éviter la relégation.

Plus vieux club anglais (1879), le FC Fulham n’en est pas moins resté très longtemps dans les oubliettes du football british. Son seul titre de gloire est d’avoir un moment compté dans ses rangs des joueurs prestigieux comme Bobby Moore ou George Best, sur la fin, sans oublier quand même une finale de coupe en 1975, perdue contre les rivaux londoniens de West Ham.

Ce n’est qu’en 1997 que les noirs et blancs (appelés les Whites pour leurs couleurs ou les Cottagers pour leur stade de Craven Cottage) prennent la lumière sous la houlette du milliardaire égyptien Mohammed Al Fayed qui rachète un club en faillite et fait venir, comme entraîneur, Kevin Keagan, joueur emblématique du Liverpool F.C de l’ère Shankly. L’ambition est de faire de Fulham le « Manchester Utd du sud de l’Angleterre » (Al Fayed dixit). Il y met les moyens, mais ce n’est qu’en 2000 que le club accède à la division 1.

Fulham sera plus proche d’Arsenal que de Manchester Utd avec son entraîneur français, Jean Tigana et une ossature de jeunes frenchies parmi lesquels Saha, Malbranque, Legwinski ou Steve Marlet. Le portier néerlandais Van Der Saar va même quitter Man U pour Fulham. Ce sera la période faste où le club pourra écrire quelques lignes à son palmarès : une coupe Intertoto et une demi-finale de coupe d’Angleterre la même année, en 2002 et, plus tard, une finale de Ligue Europa perdue contre l’Atletico Madrid en 2010. Le club est alors entraîné par le Gallois Mark Hughes.

Mais Fulham retrouvera la deuxième division en 2013. C’est le Pakistanais Shahid Kahn qui prend alors les commandes et place l’Allemand Felix Magath au poste d’entraîneur, ce qui n’empêche pas le club d’y rester cinq longues saisons.

Ce n’est qu’en 2019 que Fulham retrouve la première ligue avec l’Italien Claudio Raneri aux manettes. Il ne restera que trois mois et sera remplacé par Scott Parker, toujours en poste. Parmi les grands anciens, Berbatov, Bobby Zamora, Petric ou Collins John. Parmi les actuels, rien de bien folichon non plus, à part le gardien Areola (ex PSG et Réal) ou les ex Lyonnais Tete et Andersen.

Les ex Niçois Le Marchand et Seri ont été prêtés respectivement à Antwerp et à Bordeaux. Pas un effectif flamboyant et une actuelle 18° place laissant planer la menace de la relégation, une de plus.

Dans le même quartier de Fulham (sud-ouest) évoluent les fameux blues du Chelsea FC. Du lourd avec un palmarès prestigieux et des joueurs d’exception qui auront fait la gloire, passée et actuelle de l’un des clubs les plus huppés d’Angleterre.

L’oligarque russe Roman Abrahamovitch est propriétaire du club de Stamford Bridge depuis 2003 et les entraîneurs les plus capés se sont succédé depuis : Raneri, Mourinho, Scolari, Hiddink, Benitez, Conté jusqu’à Lampard récemment limogé au profit de Tuchel. Avant, c’était Ruud Gullit, Glen Hoodle ou Gianluca Vialli, pas mal non plus.

La valse des entraîneurs mais aussi des joueurs avec les grands anciens : Gullit, Zola, Makélélé, Drogba, Cech, Essien, Terry, Lampard, Deschamps, Desailly… Là aussi, un certain goût pour le football français (et italien).

Pourtant, Chelsea n’a pas toujours été au firmament du football british. Si l’équipe s’approche des sommets dans les années 50 avec son buteur Jimmy Greaves (qui sera recruté par le Milan A.C), c’est dans les années 60 et 70 qu’il va se révéler comme une valeur sûre avec, déjà, un palmarès impressionnant : vainqueur de la coupe en 1970, finaliste en 1967, coupe de la ligue en 1965 et, l’année d’après, demi-finaliste de la coupe des villes de foire, ancêtre des coupes UEFA et Europa. Mais tout cela n’est qu’un hors-d’œuvre et l’ogre a toujours faim. Il y aura même une victoire en coupe d’Europe des vainqueurs de coupe en 1971. Durant cette décennie, c’est l’excellent Peter Bonetti qui garde les buts, le meilleur gardien anglais après Banks et Shilton.

Entre temps, il connaîtra une période en demi-teinte, souvent pensionnaire de deuxième, voire même troisième division entre 1975 et 1992 avec la montée du hooliganisme qui gangrène le club et lui vaut des sanctions allant jusqu’à la rétrogradation d’office.

La renaissance surviendra en 1993 ou plutôt en 1994 avec une finale en coupe. L’équipe est alors emmenée par Glen Hoodle (ex Tottenham et Monaco) avant les arrivées de Gullit, Leboeuf, Desailly et Zola. Victoire en coupe en 1997 puis en coupe d’Europe des vainqueurs de coupe en 1998. Premier club à 100 % non britannique, avec une sélection de Français, d’Italiens et de Néerlandais dont le buteur Hasselbank.

Puis c’est l’ère Ibrahamovitch déjà évoquée et le temps des dépenses somptuaires. Mourinho recrute Drogba, Zouma, Cech, Ferreira, Ricardo Carvalho et Chelsea accroche des titres en Angleterre, habitués des victoires en coupe (2000, 2007, 2009, 2010, 2012 et 2018), comme en championnat (2005, 2006, 2010, 2015 et 2017). Doublé donc en 2010, plus, à l’international, une finale de Champions League en 2008 perdue contre Manchester Utd dans un duel fratricide.

Mais le meilleur est encore à venir avec la victoire (aux penalties) en Champions League contre le Bayern Munich en 2012 (Chelsea avait sorti en demies un Barcelone qui l’avait largement dominé sur un contre heureux de Drogba), plus deux victoires en Ligue Europa en 2013 et 2019. Chelsea se place au sommet du foot européen mais n’y reste pas trop longtemps, malgré des recrues de choix comme le Belge Eden Hazard, Diego Costa, Pedro, Golo Kanté ou Giroud. Mais les joueurs emblématiques comme Terry ou Lampard ont pris leur retraite et Chelsea va décliner jusqu’à laisser les places d’honneur à Manchester City, Liverpool, Manchester Utd, Tottenham ou encore Leicester.

On trouve pourtant de la qualité chez les blues : Thiago Silva (après David Luiz), Azpilicueta, Jorginho, plus les précités Hazard ou Golo Kanté. Mais il y a loin maintenant de la coupe (d’Europe) aux lèvres. Pas de quoi non plus avoir le blues, plutôt des problèmes de riche.

16 février 2021

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VINGINCES 8DAGONNETJ’avais écrit ça en à peine trois mois, en écrivain du dimanche. J’avais commencé un lundi, après un week-end avec des amis où on avait passé notre temps à picoler et à se raconter entre deux fous rires des anecdotes et des souvenirs communs sur nos années passées à Paris, dans les années 70. J’allais avoir 30 ans et je m’étais réveillé la bouche pâteuse et la gueule de bois avec un sentiment de vide et de mélancolie qui exigeait, nécessité intérieure, que je me mesure à la page blanche, sous la tutelle supposée bienveillante de tous les auteurs que j’admirais. Ça s’appelait Réverbérations (d’après le titre d’un morceau du 13th Floor Elevators, groupe psychédélique texan), sous-titré Passés simples, et se voulait être une chronique des années 60 et 70 à travers l’itinéraire de quelques personnages dont les histoires finissaient par se rejoindre. Un manuscrit de 230 pages qu’il me fallait proposer aux professionnels de la profession, à savoir aux grandes maisons d’édition parisiennes, puisque les quelques éditeurs indépendants dont on m’avait parlé avaient déjà leurs parutions ficelées pour des années. C’est en tout cas ce qu’ils m’avaient tous dit. Mon ami Luc avait été l’un des premiers enthousiasmés par ce roman et il l’avait recommandé, en tant qu’auteur publié de quelques romans sur le Vietnam, à Simone Gallimard, directrice du Mercure de France, du Mercure François, comme disait le Cyrano de Rostand. La dame lui avait fait part de ses réticences, arguant que, si le roman avait des qualités indéniables, son langage jeune et un tantinet démagogique ne permettait pas une publication chez elle. À moins de revoir le manuscrit, sans donner la moindre indication pour ce faire. « Un bon brouillon », m’avait dit Luc, qui semblait d’accord avec elle, mais un brouillon quand même qu’il s’agissait de retravailler pour lui donner une forme publiable correspondant aux critères exigeants de l’édition. Je ne voyais pas trop par quoi commencer et les bras m’en tombaient lorsque je me mettais à retravailler, comme ils disaient, sans savoir exactement ce qu’il y avait à modifier. J’envoyais donc mon manuscrit tel quel chez les principaux éditeurs. Une dizaine de copies étaient tapies dans un grand sac de sport et j’arpentais le quartier de l’Odéon en frappant aux portes des doges de la république des lettres, de ceux qui décidaient si vous étiez un auteur digne d’être publié ou un écrivaillon condamné à n’écrire que pour ses tiroirs. Humble mortel, j’avais l’audace de m’en remettre au jugement des dieux et je ne fus pas déçu, recevant les unes après les autres des lettres de refus stéréotypées avec toujours les mêmes formules hypocrites. Un bon livre assurément, mais qui ne correspondait à aucune de leurs collections, ou qui n’avait pas reçu la majorité des avis positifs du comité de lecture avec des « malheureusement » à longueur de bras et des encouragements pour la suite. J’en étais venu à les collectionner. Ne voulant pas rester sur un échec, j’en avais commencé un autre, Les journées de plomb (en référence aux années de plomb italiennes), dans un genre différent. Un retraité que j’avais baptisé Adrien Ménard et qui passait son temps à aller aux putes et à supporter un club de football. L’intrigue, assez mince, tournait autour de son fils, gibier de psychiatrie mêlé à une tentative d’enlèvement d’un patron de choc. Quelque chose en phase avec la montée du Front National et les exploits d’Action Directe. Même punition, avec des lettres de refus en pagaille, pile trois mois après mes envois. On ne s’embarrassait même plus de formules de politesse et de petits mots de consolation. Le roman n’était tout simplement pas convaincant, faute d’une intrigue solide qui seule aurait pu lui donner de la consistance. J’avais fait appel à un haut placé de la CFDT qui connaissait du monde dans la maison d’édition proche du syndicat et il n’avait même pas daigné recommander mon manuscrit, pas convaincu lui non plus. Sauf que lui, je ne le savais pas critique littéraire. Déçu dans mes ambitions du même nom, je décidais d’en rester là quand mon ami Luc m’adressa une publicité émanant de la société Icare, qui se faisait fort de relire et de corriger les manuscrits qu’elle estimait publiables et, par ses relations avec les éditeurs, de les faire éditer moyennant quelques retouches sur la base de leurs précieux conseils. Tout cela évidemment moyennant aussi finance, car leurs services n’étaient pas gratuits, va sans dire. J’avais pris rendez-vous avec Yves Dagonnet, le directeur de ladite société. Dans les bureaux d’Icare, deux pièces obscures dans un immeuble de rapport du quartier latin. Dagonnet était un grand barbu débonnaire et volubile, avec un gros nez et un regard franc. Il verrait ce qu’il pouvait faire pour mon manuscrit, mon enfant de papier qui l’appelait au secours. Sa secrétaire, une jeune femme accorte au décolleté provoquant, nous servit le champagne et nous trinquâmes à ma réussite. Quinze jours plus tard, Dagonnet me renvoyait mon manuscrit avec ses propositions de réécriture, ses recommandations. Une dizaine de feuillets tapés à la machine où, chapitre par chapitre, paragraphe par paragraphe et ligne par ligne, il me proposait ses reformulations et ses corrections. Il me demandait également un chèque de 6000 francs pour ce travail avec l’assurance que, à condition de me conformer à ses prescriptions, le manuscrit serait publié dès la rentrée. Je profitais de quelques jours de vacances début juin pour revoir le manuscrit, en respectant les consignes. Avec les coupes, les conseils de réécriture pour certains passages, les innombrables notes en bas de page et les explications sur tout ce qui concernait les faits et les personnages de l’époque ; mon roman me paraissait formaté, banalisé, appauvri. Les 230 pages étaient passées à 300 mais j’avais la douloureuse impression d’avoir affadi une histoire qui perdait beaucoup de son intérêt, avec un approfondissement psychologique des personnages et des tas de précisions redondantes.

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