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NEVERMORE (PLUS JAMAIS ÇA!)

Les visages sont floutés, à moins que ce ne soit la photo. Manifestation Plus jamais ça à Toulouse (avec l’aimable autorisation de La Dépêche du Midi).

C’était au tout début de la pandémie, alors que moult tribunes dans les journaux réclamaient ardemment un « monde d’après » post-pandémie et, pour certains, post-capitaliste. Tout cela a fait long feu et les belles paroles se sont envolées après un retour à la normale, au business as usual, comme on dit dans les milieux d’affaire et dans les médias. Il reste de tout ce tintamarre un collectif, peut-être pas la panacée mais des militants sincères qui, au-delà de leurs cultures syndicales, associatives ou politiques, essaient de s’unir pour, déjà, que ce genre de calamités ne puisse plus advenir, et pour imaginer, par l’action, ce fameux monde d’après le capitalisme et son cortège de désastre.

Plus jamais ça !, c’est d’abord un slogan qui vient de loin, pour être précis de l’université d’été des mouvements sociaux de l’été 2019, à l’initiative d’Attac. C’est pour partie à Pau et pour partie au Pays Basque espagnol qu’elle s’était déroulée, avec des thèmes de débat mêlant écologie, social et démocratie.

C’était avant la pandémie, en un temps où la Macronie et ses sbires réprimaient à bras raccourcis les mouvements sociaux avec, sur la table, la contre-réforme des retraites et celle de l’assurance chômage, sans même faire mention de lois qui inscrivaient les mesures d’exception antiterroristes dans le droit commun.

On avait pu remarquer que, sur tous les sujets mis à l’ordre du jour, des discussions sans exclusives, des rapprochements et des convergences s’opéraient entre des mouvements d’éducation populaires, des associations écologistes et environnementales, des ONG et des syndicats de salariés.

C’est ainsi les activistes écolos d’Alternatiba, d’ANV COP21 ou des Amis de la terre prenaient langue avec Solidaires, la FSU ou la CGT tandis que des représentants d’Oxfam ou du CCFD discutaient avec des collectifs militants radicaux.

Les frontières tombaient et ces fameux domaines de la lutte compartimentés et ségrégués commençaient à s’étendre, à se confondre. Pour preuve, un débat dans Politis où s’affrontaient sur un ton amical Philippe Martinez, leader de la CGT et Jean-François Julliard (pas le journaliste du Canard Enchaîné mais le porte-parole de Greenpeace).

Il s’était passé quelque chose dans le monde militant et au-delà, héritage des luttes des gilets jaunes et des appels désespérés à la convergence des luttes (l’entente des luttes, aurait dit Lordon). Chacun semblait comprendre et admettre qu’il était temps de s’intéresser aux combats des autres, de s’impliquer dans leurs mobilisations et de s’inviter dans leurs initiatives.

« Fin de mois, fin du monde » ou « pas d’emplois sur une planète morte !» ; ces slogans chauffés chez les gilets jaunes et dans les marches climat obligeaient les mouvements sociaux à opérer des rapprochements et à dépasser les clivages traditionnels des champs d’action, des axes de mobilisation, des publics et des militants. Il était grand temps de s’unir et de se rassembler pour des actions plus efficaces et pour mettre en commun des réflexions et des analyses enrichies par le débat d’idées et la confrontation.

Puis vint la pandémie, cette Covid 19 et ses divers variants qui rendaient encore plus nécessaires les convergences et les mises en commun dans un « tous ensemble ! » qu’on espérait victorieux. Trois syndicats de salariés (CGT, FSU et Solidaires), des ONG, des associations populaires, environnementales, écologiques, des collectifs militants et des syndicats professionnels signaient un manifeste suivi de 34 propositions (« 34 mesures pour un plan de sortie de crise »), avec, en sous-titre, « les réponses sociales et écologiques doivent être construites ensemble ».

Des propositions, souvent chiffrées, des alternatives au monde d’avant sur les plans sanitaires, démocratiques, sociaux, de solidarités internationales, de justice fiscale et de transition écologique. Côté sanitaire, gratuité des masques, plan d’urgence pour l’hôpital public, plan contre la violence faite aux femmes ; pour la sécurité au travail, la levée de l’état d’urgence sanitaire, le renforcement des droits des salariés, du droit des femmes et contre le sexisme, du droit des étrangers et des personnes incarcérées.

Sur le plan du travail : hausse des salaires, maintien des droits pour les chômeurs, réduction du temps de travail, l’interdiction des licenciements pour les entreprises qui font du profit, la revalorisation des salaires et carrières des femmes.

Pour la garantie des besoins essentiels : la création d’emplois dans l’agriculture, un droit au revenu et à la protection sociale pour tous, à une alimentation de qualité et au logement pour toutes et tous.

Pour la solidarité internationale : annulation de dettes pour les plus pauvres, pour un fond d’aide internationale, la mutualisation des brevets et savoirs et la souveraineté alimentaire.

Pour l’économie, le monde de la finance et de la dette : pour une politique monétaire au service des besoins sociaux et environnementaux et la régulation des activités bancaires. Pour la justice fiscale, pour une imposition plus juste et progressiste des revenus et patrimoines, la lutte contre la fraude et l’évasion fiscale, la taxation des transactions financières et la lutte contre les inégalités avec, entre autres, la suppression des niches fiscales inutiles et des exonérations nocives pour la biodiversité, le climat et la lutte contre les inégalités.

Pour une reconversion écologique et sociale : une loi pour soumettre les entreprises aux accords de Paris (2015) et pour l’interdiction contre les dividendes climaticides, l’arrêt des soutiens publics aux acteurs polluants, la reconversion via la formation et la recherche.

Enfin, et c’est peut-être là le principal, pour transformer nos modes de mobilité, de production et de consommation : mettre fin à toutes négociations et finalisations d’accords de commerce et d’investissement, repenser les mobilités, une loi pour bâtir une économie de sobriété et un plan de transition écologique de l’agriculture et de l’alimentation.

Vaste programme ! aurait dit l’autre, sauf qu’il s’impose et qu’il devient de jour en jour incontournable. Il n’est qu’à voir les récentes catastrophes climatiques au cœur de l’Europe, en Belgique ou en Allemagne ; il n’est qu’à voir le retour de la faim, de l’esclavage, de la barbarie et de la guerre partout ailleurs.

Dans le Nord et à Lille, nous avions eu une première réunion d’un collectif Plus jamais ça en septembre 2020, à l’initiative de la FSU, mais le deuxième confinement ne nous a pas permis de donner suite à nos initiatives.

Les débats démocratiques entre tous les collectifs au sein d’États généraux de Plus jamais ça et de webinaires réguliers ainsi que les quelques réussites un peu partout : sauvetage de la raffinerie Total à Grandpuits (Seine et Marne), création de la coopérative des masques en Côte d’Armor, lutte pour garder l’activité de la papeterie de La Chapelle d’Arblay, nous ont incité à reprendre nos activités.

La réunion du 12 juillet avec FSU, Solidaires, CGT et Attac, a donc décidé d’une adresse à tous les signataires existant localement pour participer à notre réunion du 9 septembre et à un forum social dans la seconde quinzaine d’octobre, en prévision d’assises du collectif en région.

D’ores et déjà, le collectif a décidé d’orienter ses mobilisations vers les transports gratuits en métropole et vers la lutte contre les GPII (Grands projets inutiles et imposés) de la région : extension de l’aéroport de Lesquin avec Nada, PARC, pour empêcher les constructions prévues par la ville de Lille à la friche Saint-Sauveur, contre l’artificialisation des sols avec le projet d’implantation d’un entrepôt XXL à Marquillies. Sans parler d’autres visées aussi néfastes que Tropicalia (Rang Du Fliers) ou d’autres joyeusetés d’élevage et d’agriculture intensives, qu’il serait fastidieux de citer, dans toute la région. Bien évidemment, les associations qui nous auront rejoint pourront proposer les thèmes correspondant le mieux à leurs valeurs et à leur raison d’être.

En tout cas, l’université d’été des mouvements sociaux à Nantes, du 24 au 28 août, consacrera plusieurs plénières et ateliers à cette initiative inédite et bienvenue qui doit prendre de l’ampleur, se faire connaître du grand public, s’élargir à tous les signataires, organiser des réunions d’information et multiplier les angles d’attaque en lien avec les syndicats dans les entreprises, les syndicats paysans, les lycées, les universités, les quartiers et bien au-delà des secteurs militants.

Du pain sur la planche et encore des heures à sacrifier à la cause d’un militantisme pas toujours – pas souvent ? – victorieux. Mais, comme le disait Guillaume d’Orange – Nassau, dit le taciturne : «point n’est besoin d’espérer pour entreprendre (ni de réussir pour persévérer) ». Tu l’as dit bouffi !

Et puis, on n’a plus le choix !

24 juillet 2021

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VINGINCES 8DAGONNETJ’avais écrit ça en à peine trois mois, en écrivain du dimanche. J’avais commencé un lundi, après un week-end avec des amis où on avait passé notre temps à picoler et à se raconter entre deux fous rires des anecdotes et des souvenirs communs sur nos années passées à Paris, dans les années 70. J’allais avoir 30 ans et je m’étais réveillé la bouche pâteuse et la gueule de bois avec un sentiment de vide et de mélancolie qui exigeait, nécessité intérieure, que je me mesure à la page blanche, sous la tutelle supposée bienveillante de tous les auteurs que j’admirais. Ça s’appelait Réverbérations (d’après le titre d’un morceau du 13th Floor Elevators, groupe psychédélique texan), sous-titré Passés simples, et se voulait être une chronique des années 60 et 70 à travers l’itinéraire de quelques personnages dont les histoires finissaient par se rejoindre. Un manuscrit de 230 pages qu’il me fallait proposer aux professionnels de la profession, à savoir aux grandes maisons d’édition parisiennes, puisque les quelques éditeurs indépendants dont on m’avait parlé avaient déjà leurs parutions ficelées pour des années. C’est en tout cas ce qu’ils m’avaient tous dit. Mon ami Luc avait été l’un des premiers enthousiasmés par ce roman et il l’avait recommandé, en tant qu’auteur publié de quelques romans sur le Vietnam, à Simone Gallimard, directrice du Mercure de France, du Mercure François, comme disait le Cyrano de Rostand. La dame lui avait fait part de ses réticences, arguant que, si le roman avait des qualités indéniables, son langage jeune et un tantinet démagogique ne permettait pas une publication chez elle. À moins de revoir le manuscrit, sans donner la moindre indication pour ce faire. « Un bon brouillon », m’avait dit Luc, qui semblait d’accord avec elle, mais un brouillon quand même qu’il s’agissait de retravailler pour lui donner une forme publiable correspondant aux critères exigeants de l’édition. Je ne voyais pas trop par quoi commencer et les bras m’en tombaient lorsque je me mettais à retravailler, comme ils disaient, sans savoir exactement ce qu’il y avait à modifier. J’envoyais donc mon manuscrit tel quel chez les principaux éditeurs. Une dizaine de copies étaient tapies dans un grand sac de sport et j’arpentais le quartier de l’Odéon en frappant aux portes des doges de la république des lettres, de ceux qui décidaient si vous étiez un auteur digne d’être publié ou un écrivaillon condamné à n’écrire que pour ses tiroirs. Humble mortel, j’avais l’audace de m’en remettre au jugement des dieux et je ne fus pas déçu, recevant les unes après les autres des lettres de refus stéréotypées avec toujours les mêmes formules hypocrites. Un bon livre assurément, mais qui ne correspondait à aucune de leurs collections, ou qui n’avait pas reçu la majorité des avis positifs du comité de lecture avec des « malheureusement » à longueur de bras et des encouragements pour la suite. J’en étais venu à les collectionner. Ne voulant pas rester sur un échec, j’en avais commencé un autre, Les journées de plomb (en référence aux années de plomb italiennes), dans un genre différent. Un retraité que j’avais baptisé Adrien Ménard et qui passait son temps à aller aux putes et à supporter un club de football. L’intrigue, assez mince, tournait autour de son fils, gibier de psychiatrie mêlé à une tentative d’enlèvement d’un patron de choc. Quelque chose en phase avec la montée du Front National et les exploits d’Action Directe. Même punition, avec des lettres de refus en pagaille, pile trois mois après mes envois. On ne s’embarrassait même plus de formules de politesse et de petits mots de consolation. Le roman n’était tout simplement pas convaincant, faute d’une intrigue solide qui seule aurait pu lui donner de la consistance. J’avais fait appel à un haut placé de la CFDT qui connaissait du monde dans la maison d’édition proche du syndicat et il n’avait même pas daigné recommander mon manuscrit, pas convaincu lui non plus. Sauf que lui, je ne le savais pas critique littéraire. Déçu dans mes ambitions du même nom, je décidais d’en rester là quand mon ami Luc m’adressa une publicité émanant de la société Icare, qui se faisait fort de relire et de corriger les manuscrits qu’elle estimait publiables et, par ses relations avec les éditeurs, de les faire éditer moyennant quelques retouches sur la base de leurs précieux conseils. Tout cela évidemment moyennant aussi finance, car leurs services n’étaient pas gratuits, va sans dire. J’avais pris rendez-vous avec Yves Dagonnet, le directeur de ladite société. Dans les bureaux d’Icare, deux pièces obscures dans un immeuble de rapport du quartier latin. Dagonnet était un grand barbu débonnaire et volubile, avec un gros nez et un regard franc. Il verrait ce qu’il pouvait faire pour mon manuscrit, mon enfant de papier qui l’appelait au secours. Sa secrétaire, une jeune femme accorte au décolleté provoquant, nous servit le champagne et nous trinquâmes à ma réussite. Quinze jours plus tard, Dagonnet me renvoyait mon manuscrit avec ses propositions de réécriture, ses recommandations. Une dizaine de feuillets tapés à la machine où, chapitre par chapitre, paragraphe par paragraphe et ligne par ligne, il me proposait ses reformulations et ses corrections. Il me demandait également un chèque de 6000 francs pour ce travail avec l’assurance que, à condition de me conformer à ses prescriptions, le manuscrit serait publié dès la rentrée. Je profitais de quelques jours de vacances début juin pour revoir le manuscrit, en respectant les consignes. Avec les coupes, les conseils de réécriture pour certains passages, les innombrables notes en bas de page et les explications sur tout ce qui concernait les faits et les personnages de l’époque ; mon roman me paraissait formaté, banalisé, appauvri. Les 230 pages étaient passées à 300 mais j’avais la douloureuse impression d’avoir affadi une histoire qui perdait beaucoup de son intérêt, avec un approfondissement psychologique des personnages et des tas de précisions redondantes.

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