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MAROC CAN

La statue vivante vue à la CAN, en hommage à Patrice Lumumba. 438 minutes de pose.
Photo Gabon revue (avec leur aimable autorisation, du moins on espère).

La Coupe d’Afrique des Nations (CAN) a lieu tous les deux ans, contrairement aux grandes compétitions internationales de la FIFA. Une FIFA déconsidérée totalement depuis que son président Gianni Infantino a été épingler Trump d’une médaille en chocolat. C’est justement parce que ce n’est pas la FIFA qui organise directement mais sa subdivision africaine, la CAF (Confédération Africaine de Football). La CAN provoque une grande ferveur sur le continent africain, mais également dans les communautés immigrées d’Europe où on tuerait père et mère pour y assister. Retour sur l’édition 2025 au Maroc, après que ce pays ait connu un soulèvement de la génération Z et s’en remet difficilement, après un historique de cette compétition.

Historiquement, la CAN a correspondu à la période des indépendances de la plupart des pays de l’Afrique francophone. C’est en effet en 1957 que la première Coupe d’Afrique des Nations a lieu au Soudan et, dès cette première édition, la République Sud-africaine en est exclue pour sa politique d’apartheid. Simple tournoi entre quelques nations à l’origine, la CAN est devenue un cadre où tous les pays africains s’affrontent d’abord lors de poules éliminatoires puis dans une phase finale avec 32 pays répartis en 8 groupes, grosso modo le même format que la Coupe du monde, même si celle-ci se jouera désormais à 48 équipes. La CAN se jouera tous les quatre ans à partir de 2028.

C’est d’abord l’Égypte qui va dominer les premières compétitions avant de céder la place au Ghana dans les années 1960. En 1966, la CAF quitte l’UEFA pour protester contre le peu d’équipes d’Afrique – Asie – Océanie qualifiées pour la phase finale. Cette année-là, seule la Corée du Nord dispute ses chances en Angleterre (elle ne sera éliminée qu’en quart de finales contre le Portugal).

Les lions indomptables du Cameroun vont dominer dans les années 1980, avec des joueurs comme Roger Milla, Thomas Nkono ou François Oman-Biyick. Des Lions qui créeront la surprise lors de la Coupe du monde de 1990 en Italie.

Dans les années 1990 et après l’arrêt Bosman qui autorise la présence de joueurs étrangers sans restrictions pour les clubs professionnels, la France fait plus ample connaissance avec des joueurs africains souvent très doués techniquement et spectaculaires. C’est le cas notamment du Ghanéen Abedi Pelé, du Libérien George Weah ou du Camerounais Roger Milla. Les Algériens, vainqueurs en 1988, ne sont pas en reste avec les Ferrahoui, Assad et autres Madjer. Le héros et meilleur buteur de cette édition, Belloumi, restera toujours fidèle aux couleurs de son club oranais.

L’international français Jean-Marc Guillou lance la première école de football, l’académie Sol Béni à Abidjan. Il en fera profiter largement le club de Beveren en Belgique, là où – colonialisme oblige – les joueurs congolais vont rappliquer. D’autres académies de ce genre vont faire florès, en Côte d’Ivoire mais aussi au Mali pour garnir les clubs français de Ligue 1.

Les années 1990 voient aussi le retour des Bofana Bofana d’Afrique du Sud qui accueille l’édition 1996 après la fin de l’apartheid et la victoire électorale de Nelson Mandela. On en est déjà à la 20° édition et la nation arc-en-ciel y gagne son premier trophée.

Pour les années 2000, c’est le retour de l’Égypte dans une formation ultra-défensive, mais c’est aussi la révélation du Sénégal, deux fois finaliste. Les lions de la Tanagra (solidarité) vont aussi réussir leur Coupe du monde 2002 en Corée et au Japon C’est aussi l’éclosion de grandes stars africaines tels Samuel Eto’o (Barcelone) ou Didier Drogba (Chelsea). Sepp Blatter avait, pour la FIFA, demandé aux dirigeants de la CAF de tenir leur tournoi l’été, en conformité des calendriers internationaux, mais il a reçu une réponse négative car c’est là-bas la saison des pluies. On garde l’hiver donc.

Les éléphants de Côte d’Ivoire, emmenés par Drogba, Yaya Touré, Gervinho, Kalou ou Éboué domineront souvent les éditions des années 2010, en concurrence avec les Aigles du Nigeria des Osimhen, Simon ou Lookman, dignes successeurs des Okocha et autres Ikpeba ou Amokachi.

Les Aigles (Nigeria et Togo), les Éléphants (Côte d’Ivoire), les Lions (Cameroun et Sénégal), les Fennecs (Algérie), les Zèbres (Bostwana), les Léopards (Congo)… La Coupe d’Afrique des nations est un bestiaire où chaque équipe a son animal fétiche avec des tribunes pleines à craquer, des griots, des gris-gris et des sorciers pour se concilier les dieux du football.

Saïd El Abadi, journaliste, a écrit un livre sur le football africain (L’histoire du football africain – éditions Les faces cachées) et il est un fin connaisseur de cette fameuse CAF. Dans une interview à L’Humanité (29 décembre), il insiste sur l’importance politique et sociale de la compétition.

D’abord, il remonte aux origines de 1957 en soulignant que, petit à petit, l’épreuve a été une apparition politique pour les nations concurrentes avec drapeaux, hymnes nationaux, mascottes… C’est aussi une affirmation d’indépendance face aux empires coloniaux. Les peuples d’Afrique éprouvent une fierté collective à rivaliser et à vaincre et le football est utilisé par les dirigeants comme un opium du peuple ou un cache-misère. La guerre par d’autres moyens…

El Abadi consacre l’essentiel de son livre au Maghreb, les trois nations (Maroc, Algérie et Tunisie) presque toujours présentes au stade final de la compétition. Il donne une vision très politique du football dans ces pays.

Ainsi, en Algérie, des groupes de supporters comme le Torino du MC Alger ou Les enfants d’Alger des rivaux de l’USM Alger se sont fait entendre lors du Hirak, le mouvement de protestation qui a duré de 2019 à 2021. C’est dans les stades qu’on rode des slogans et qu’on prend date pour les prochaines manifestations.

Le Maroc n’est pas en reste, avec les récentes émeutes de la Gen Z mais aussi des supporters très politisés des clubs de Casablanca, le Wydad (WAC) ou le Raja. Là aussi, des tifos et des banderoles qui brocardent le pouvoir royal en reprenant des chants ironiques ou en lançant des slogans hostiles portant des revendications sociales.

L’Égypte a aussi été le terrain de batailles rangées de supporters qui ont parfois fait des morts. Des rivalités ancestrales entre des clubs comme ceux de Port-Saïd ou ceux du Caire (Al Ahly et Zamalek). Pourtant, ces supporters de clubs antagonistes avaient réussi à taire leurs querelles et à fraterniser dans les stades lors des révolutions arabes de 2011, inscrivant la politique à l’ordre du jour des rassemblements de tribunes pour fustiger le pouvoir et appeler à la mobilisation des masses populaires peuplant les travées. Là aussi, des slogans et des mots d’ordre sont lancés et repris par la foule dans une communion contestataire qui remplace avantageusement les lazzis et les quolibets habituels.

La situation de cette CAF est également très politique avec un pays, le Maroc, qui a vu récemment des manifestations parfois violentes et des émeutes. Les supporters du Raja Casablanca, le club le plus politisé du royaume, ont toujours porté la voix de la classe ouvrière et il n’est pas étonnant qu’ils aient soutenu de la voix et du geste les revendications de la Gen Z, sans parler de leur soutien indéfectible à la Palestine

Le Maroc a été demi-finaliste de la dernière Coupe du monde au Qatar et le football est devenu la grande affaire du pays, même si les manifestations de la Gen Z critiquaient les montants somptuaires déboursés par l’État dans la construction de stades géants et d’infrastructures pharaoniques.

Si le Maroc des Hakimi, Aguerd, Ben Seghir ou Brahim Diaz a les faveurs du pronostic, il faudra surveiller les Fennecs de Mahrez ou Bennacer. Comme d’habitude, les grands d’Afrique seront présents : Côte d’Ivoire, Cameroun, Égypte, Sénégal, Nigeria ou Afrique du Sud.

Les autres seront là pour participer et c’est d’ailleurs un peu le problème, souligné par El Abadi, d’un football africain à deux voire à trois vitesses avec des nations qui, sauf grosses surprises, n’auront jamais l’occasion de rivaliser avec les grands.

Reste quand même quelques outsiders comme la Tunisie, le Congo ou le Mali avec, pour chacune de ces sélections, des joueurs qui évoluent dans de grands clubs européens, surtout en France pour le Mali.

En tout cas, le Maroc accueillera la Coupe du monde 2030 (avec l’Espagne et le Portugal) et les joueurs africains s’exportent dans les plus grands clubs. L’heure de l’Afrique va sonner, et c’est bien mérité.

30 décembre 2025

Épilogue : le Sénégal l’a emporté, malgré un arbitrage à la maison, en battant l’hôte marocain. Le Nigeria et l’Égypte ont été sortis en demi-finales. Rien de nouveau sous le soleil, si ce n’est l’élimination de l’Algérie en quarts, qu’on voyait favorite, sans parler de la Côte d’Ivoire.

Rendez-vous en 2028 !

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VINGINCES 8DAGONNETJ’avais écrit ça en à peine trois mois, en écrivain du dimanche. J’avais commencé un lundi, après un week-end avec des amis où on avait passé notre temps à picoler et à se raconter entre deux fous rires des anecdotes et des souvenirs communs sur nos années passées à Paris, dans les années 70. J’allais avoir 30 ans et je m’étais réveillé la bouche pâteuse et la gueule de bois avec un sentiment de vide et de mélancolie qui exigeait, nécessité intérieure, que je me mesure à la page blanche, sous la tutelle supposée bienveillante de tous les auteurs que j’admirais. Ça s’appelait Réverbérations (d’après le titre d’un morceau du 13th Floor Elevators, groupe psychédélique texan), sous-titré Passés simples, et se voulait être une chronique des années 60 et 70 à travers l’itinéraire de quelques personnages dont les histoires finissaient par se rejoindre. Un manuscrit de 230 pages qu’il me fallait proposer aux professionnels de la profession, à savoir aux grandes maisons d’édition parisiennes, puisque les quelques éditeurs indépendants dont on m’avait parlé avaient déjà leurs parutions ficelées pour des années. C’est en tout cas ce qu’ils m’avaient tous dit. Mon ami Luc avait été l’un des premiers enthousiasmés par ce roman et il l’avait recommandé, en tant qu’auteur publié de quelques romans sur le Vietnam, à Simone Gallimard, directrice du Mercure de France, du Mercure François, comme disait le Cyrano de Rostand. La dame lui avait fait part de ses réticences, arguant que, si le roman avait des qualités indéniables, son langage jeune et un tantinet démagogique ne permettait pas une publication chez elle. À moins de revoir le manuscrit, sans donner la moindre indication pour ce faire. « Un bon brouillon », m’avait dit Luc, qui semblait d’accord avec elle, mais un brouillon quand même qu’il s’agissait de retravailler pour lui donner une forme publiable correspondant aux critères exigeants de l’édition. Je ne voyais pas trop par quoi commencer et les bras m’en tombaient lorsque je me mettais à retravailler, comme ils disaient, sans savoir exactement ce qu’il y avait à modifier. J’envoyais donc mon manuscrit tel quel chez les principaux éditeurs. Une dizaine de copies étaient tapies dans un grand sac de sport et j’arpentais le quartier de l’Odéon en frappant aux portes des doges de la république des lettres, de ceux qui décidaient si vous étiez un auteur digne d’être publié ou un écrivaillon condamné à n’écrire que pour ses tiroirs. Humble mortel, j’avais l’audace de m’en remettre au jugement des dieux et je ne fus pas déçu, recevant les unes après les autres des lettres de refus stéréotypées avec toujours les mêmes formules hypocrites. Un bon livre assurément, mais qui ne correspondait à aucune de leurs collections, ou qui n’avait pas reçu la majorité des avis positifs du comité de lecture avec des « malheureusement » à longueur de bras et des encouragements pour la suite. J’en étais venu à les collectionner. Ne voulant pas rester sur un échec, j’en avais commencé un autre, Les journées de plomb (en référence aux années de plomb italiennes), dans un genre différent. Un retraité que j’avais baptisé Adrien Ménard et qui passait son temps à aller aux putes et à supporter un club de football. L’intrigue, assez mince, tournait autour de son fils, gibier de psychiatrie mêlé à une tentative d’enlèvement d’un patron de choc. Quelque chose en phase avec la montée du Front National et les exploits d’Action Directe. Même punition, avec des lettres de refus en pagaille, pile trois mois après mes envois. On ne s’embarrassait même plus de formules de politesse et de petits mots de consolation. Le roman n’était tout simplement pas convaincant, faute d’une intrigue solide qui seule aurait pu lui donner de la consistance. J’avais fait appel à un haut placé de la CFDT qui connaissait du monde dans la maison d’édition proche du syndicat et il n’avait même pas daigné recommander mon manuscrit, pas convaincu lui non plus. Sauf que lui, je ne le savais pas critique littéraire. Déçu dans mes ambitions du même nom, je décidais d’en rester là quand mon ami Luc m’adressa une publicité émanant de la société Icare, qui se faisait fort de relire et de corriger les manuscrits qu’elle estimait publiables et, par ses relations avec les éditeurs, de les faire éditer moyennant quelques retouches sur la base de leurs précieux conseils. Tout cela évidemment moyennant aussi finance, car leurs services n’étaient pas gratuits, va sans dire. J’avais pris rendez-vous avec Yves Dagonnet, le directeur de ladite société. Dans les bureaux d’Icare, deux pièces obscures dans un immeuble de rapport du quartier latin. Dagonnet était un grand barbu débonnaire et volubile, avec un gros nez et un regard franc. Il verrait ce qu’il pouvait faire pour mon manuscrit, mon enfant de papier qui l’appelait au secours. Sa secrétaire, une jeune femme accorte au décolleté provoquant, nous servit le champagne et nous trinquâmes à ma réussite. Quinze jours plus tard, Dagonnet me renvoyait mon manuscrit avec ses propositions de réécriture, ses recommandations. Une dizaine de feuillets tapés à la machine où, chapitre par chapitre, paragraphe par paragraphe et ligne par ligne, il me proposait ses reformulations et ses corrections. Il me demandait également un chèque de 6000 francs pour ce travail avec l’assurance que, à condition de me conformer à ses prescriptions, le manuscrit serait publié dès la rentrée. Je profitais de quelques jours de vacances début juin pour revoir le manuscrit, en respectant les consignes. Avec les coupes, les conseils de réécriture pour certains passages, les innombrables notes en bas de page et les explications sur tout ce qui concernait les faits et les personnages de l’époque ; mon roman me paraissait formaté, banalisé, appauvri. Les 230 pages étaient passées à 300 mais j’avais la douloureuse impression d’avoir affadi une histoire qui perdait beaucoup de son intérêt, avec un approfondissement psychologique des personnages et des tas de précisions redondantes.

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