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NOTES DE LECTURE 78

ANDRÉ MALRAUX – LES CONQUÉRANTS – Grasset

Malraux ? Pas vraiment ma tasse de thé. Déjà des livres comme La condition humaine ou L’espoir me sont tombés des mains. Et puis, malgré sa vaste intelligence, je n’ai jamais trop aimé l’aventurier trafiquant de trésors archéologiques devenu baron du Gaullisme en passant par le guerre d’Espagne, quand même… Une sorte de BHL de l’ancien monde, toutes proportions gardées.

En fait, Les conquérants fait partie de la même trilogie que L’espoir et La condition humaine, soit une réflexion sur la liberté, la révolution et l’homme à travers les prémices d’une révolution chinoise qui rappelle étrangement l’Europe.

Un narrateur jamais nommé arrive à Canton depuis la France. La grève générale s’étend sur toute la ville et le trafic vers Hong Kong, où des appels à la grève se font également entendre, menace d’être interrompu. C’est la Chine des années 1920  (le roman a été publié en 1928). La grève des coolies et des ouvriers chinois fait basculer les empires coloniaux, à commencer par l’Angleterre. La Russie d’après la révolution d’octobre est à la manœuvre ainsi que des pays européens comme l’Allemagne ou la France. Tous ligués contre Albion la perfide.

Malraux fait le portrait de quelques révolutionnaires qui veulent libérer le peuple chinois du joug colonial et poursuivre plus à l’est la révolution d’octobre. Il y a le Génois Rebecci, l’Allemand Klein ou le Suisse Garine (en fait Garin dont la mère est Russe). Des tranches de vie qui vont des groupes anarchistes du début du vingtième siècle à la révolution d’octobre en passant par la première guerre mondiale. Mais le personnage le plus pittoresque est peut-être ce Borodine, lié à Moscou.

On trouve dans le roman quelques phrases devenues célèbres : « la vie ne vaut rien, rien ne vaut la vie » ou encore « juger c’est ne pas comprendre car quand on comprend on ne peut plus juger ». Des phrases à la Camus avec lequel Malraux a beaucoup en commun, la sensibilité maladive en moins, peut-être.

Tcheng Daï est le Gandhi chinois et s’il est lié à la III° Internationale, il s’en distingue par son nationalisme. Quand eux rêvent de révolution internationale avec le Kuomintang, lui pense à une voie chinoise originale . Les deux clans s’entendent pour éliminer les irréguliers – anarchistes et aventuriers – comme Hong ou Tang. L’affaire se joue aussi entre Canton et Hong Kong. Les communistes attendent l’exécution du décret anglais visant à isoler Hong Kong alors que les Chinois se méfient des uns comme des autres.

La grève devient insurrectionnelle et on arme les grévistes. Parallèlement, des chefs de guerre s’opposent et on entrevoit les figures historiques de Tchang Kaï-Chek et de Mao. Pour Borodine et ses hommes, il importe de tirer leur épingle du jeu en montant les uns contre les autres tout en gardant le contrôle. Exercice aussi subtil que difficile. La situation est embrouillée et confuse, comme on dit dans les agences de presse. Le style est d’ailleurs très journalistique.

Garine est malade, Borodine n’est pas plus brillant, devenu invisible, et Tcheng Daï se serait suicidé. On pense qu’il a été assassiné. Le Gandhi chinois est mort et la guerre est proche. Hong est arrêté et soupçonné du meurtre. Klein est atrocement torturé dans un bordel, Borodine avoue avoir tué Hong, Garine se meurt de paludisme. La guerre fait rage entre l’armée rouge et les troupes de Tcheng-Tchouing-Minh, un Seigneur de la guerre. L’Angleterre a promulgué le décret, mais c’est trop tard. Le roman se termine de façon crépusculaire avec des questions quasi-métaphysiques sur la révolution. En fait, nous dit Malraux, la révolution est faite pour les hommes sans âme, obsédés par les résultats de leurs manœuvres. Les hommes comme Garine, trop humains, ne peuvent se plier à sa discipline.

Une post-face nous éclaire encore plus sur les intentions de l’auteur. Une post-face écrite 25 ans plus tard où il parle « d’un roman adolescent » et il a fait son deuil de l’internationalisme et de la révolution. Suivent de vagues considérations sur l’Europe, l’URSS, les États-Unis, l’art, la culture, la littérature… La culture pour tous et la pensée libre contre la propagande et les mass-médias. On retrouve le Malraux brillant érudit et théoricien.

Ce n’est pas ce livre qui va me réconcilier avec Malraux, quoiqu’il y ait du Roger Vailland là-dedans ; le Vailland de Drôle de jeu, sur la résistance. Vailland a fini stalinien et Malraux gaulliste, deux trajectoires finalement sans surprise pour des hommes idéalistes, durs et peu aptes au compromis. Une intelligence, mais peut-être trop intelligent pour être un grand écrivain.

PATRICK MORTAL – L’ÉPOQUE DE LA SOLIDARITÉ – Le Croquant

Patrick Mortal, « Max » de son nom de guerre, est un ami mais le rapport affectif qui peut nous lier ne contrarie en rien le jugement objectif que je porterai sur ce livre. Max m’avait déjà fait lire plusieurs de ses ouvrages sur les arsenaux et les ouvriers de l’armement, sujets ardus pour le non initié pas spécialement attiré par le domaine. Mais même sur ce type d’études, il y avait toujours des choses à retenir sur l’histoire politique et sociale d’un pays et d’une catégorie de ses producteurs.

Ici, le thème m’intéresse beaucoup plus en tant que militant syndicaliste et associatif : une histoire des politiques sociales (c’est d’ailleurs le sous-titre de ce livre), soit le pourquoi et surtout le comment des politiques sociales depuis les pauvres secourus par l’église jusqu’aux réformes actuelles (retraites, Ondam et autres PLFSS). Vaste programme aurait dit l’autre, mais l’auteur s’y conforme en quelques chapitres clairs et précis que nous allons tenter de passer en revue.

Le premier chapitre expose le contenu général, depuis la pénible fondation de l’état social jusqu’aux désillusions d’aujourd’hui. En historien abreuvé aux meilleures sources, Mortal nous parle des mutations de la question sociale avec des figures oubliées comme Albert Thomas ou Léon Bourgeois. Comment la question sociale (comme disait Marx) a évolué de la charité et de la bienfaisance à sa politisation avec la montée en puissance des classes laborieuses organisées. On voit ensuite les différences entre le système Beveridge, basé sur l’impôt et sur l’état et le système Bismarck, assis sur la cotisation. Le modèle français sera différent avec les réformes impulsées sous le 3° République et les solidarités ouvrières, les premières caisses sociales et les mutuelles sous inspiration anarchiste. On en arrive à la création de la sécurité sociale qui vise à une transformation sociale tout en sécurisant les classes populaires. Un système qui prospérera durant les trente glorieuses mais avec de nombreux reculs sur la volonté des pères fondateurs, du paritarisme de 1967 aux impôts de type CSG ou CRDS, sans parler des nombreuses réformes des systèmes de retraite par répartition, en âge de départ et en années cotisées.

C’est aussi un grand intérêt de ce livre de nous faire vivre ces évolutions souvent néfastes pour le camp du travail et douces au capital, mais c’est la redécouverte de solidarités qui ont toujours existé à travers le temps, basées sur un certain humanisme, qu’il soit religieux, social ou plus politique.

En même temps, on a droit à une histoire du syndicalisme à la française et cette étude nous emmène souvent à l’étranger, au moins dans les pays proches (Angleterre, Allemagne, Italie…) où l’on peut mesurer les différences.

Mortal n’omet rien de la place des villes et de la métropolisation dans ces processus, de l’importance des politiques familiaristes et jusqu’aux nouvelles tendances observées depuis l’après 68 : féminisme, écologie et recherche de renouveau démocratique comme de nouveaux chemins de vie. Lutte des classes contre intersectionnalité ? Pour lui, le débat n’est pas là et ses conclusions sont plutôt optimistes à condition que le bouillonnement idéologique actuel puisse déboucher sur des formes d’organisation nouvelles capables de faire naître des alternatives au néo-libéralisme de plus en plus fascisant. « Une seule certitude : demain comme hier, rien ne sera possible sans un véritable élan collectif vers un monde clairement meilleur, un univers qui fasse envie ».

Le livre comprend une série d’encadrés qui aident à comprendre le propos et à restituer le contexte, avec un tableau historique à la fin. De la belle ouvrage.

On pourrait lui reprocher l’absence de l’altermondialisme dans son panorama et des visions originales actuelles comme celles d’un Bernard Friot. Du reste, on est restés personnellement plutôt malthusien quant à la démographie et plutôt adversaire de l’universalité des allocations. Mais bon, tout cela ne pèse pas bien lourd en regard d’un ouvrage aussi solide et argumenté. Un seul vrai regret : trop de notes de bas de page qui rendent la lecture parfois ardue, mais c’est la loi de tout ouvrage à prétention scientifique.

En tout cas, on apprend beaucoup de choses et on a une vision plus claire de l’histoire des politiques sociales, même si l’époque de la solidarité semble derrière nous. Thank you Max, et au plaisir autour d’une bière ou d’un café !

THOMAS MANN – L’ÉLU – Albin Michel

Thomas Mann, frère de Heinrich Mann et père de Klaus et de Golo Mann. Une dynastie littéraire made in Deutschland, patrie de la kraut literatur. Photo Wikipedia.

On sait que Thomas Mann est un géant de la littérature allemande, mais le lit-on encore ? On connaît peut-être sa Montagne magique par une série TV ou Mort à Venise par le film de Visconti. Quoi d’autre ? Il y a ce livre, une vie de saint, celle du pape Grégoire. Avec la mort du pape François, c’est d’actualité et le récit est d’ailleurs basé surLa vie de Saint-Grégoire, livre en français repris en Allemand sous le titre Gregorius.

Clément de l’Eire, un moine irlandais converti au catholicisme à Rome, s’est établi dans un monastère de Saint-Gall. Il se désigne en « génie de la narration », car c’est lui qui va nous raconter son histoire.

Le génie de la narration nous emmène dans un château des Flandres, au Moyen-âge, où le couple de seigneurs a tout sauf une descendance. Ils finissent par avoir des jumeaux, mais la mère meurt en couche. C’est ensuite l’histoire de Wiligis et Sybilla, les jumeaux couvés par le Seigneur.

Le Seigneur qui se meurt et qui lègue ses terres et ses biens à son petit-fils. En guise de petit-fils, il aura le fruit d’un inceste, puisque Wiligis et Sybilla ont fait l’amour et que la fille est enceinte.

Ysengrin, l’écuyer auprès de qui le couple prend conseil, leur enjoint lui de partir aux croisades et elle de venir en son castel après que son frère et amant lui eût délégué ses pouvoirs sur son fief.

L’enfant naît et on décide de l’envoyer sur l’eau, scellé dans un tonneau transporté par une barque. Quelques mots renseignent sur sa noblesse et son rang. C’est à la fois Sophocle (Œdipe roi), Shakespeare (Hamlet) et la Bible (Moïse, sauvé des eaux?).

Wiligis ne passe pas Marseille et meurt avant d’aller bouter le sarrasin. Sybilla l’apprend et maudit les idées d’Ysengrin ayant entraîné la mort de son frère et sûrement celle de son fils. Elle se retire dans son château de Bruges, renonçant à son pouvoir mais cela n’empêche pas les féodaux d’autres régions de la courtiser. Ainsi le prince d’Arles qui veut placer son fils pour rattacher la Flandres à la Bourgogne.

En attendant, un moine d’une île anglo-normande voit des pêcheurs ramener l’embarcation du bébé. Il décide de recueillir l’enfant après avoir lu la tablette insérée dans le tonneau.

Appelé Grigors, l’enfant est élevé chez des pêcheurs avant d’entrer au couvent. On dit publiquement qu’il est le fils de cette famille devenue paysanne grâce au moins et à l’argent contenu dans le tonneau. Mais son frère imposé, Flann, ne l’accepte pas. Ils se battent, mais l’intelligence triomphe de la force et Flann rentre chez lui en sang. Sa mère lui confie que Grigors n’est pas son frère et l’enfant s’en va.

Il est retrouvé dans la nature par le moine qui lui dit la vérité, lui montrant la tablette. Il l’implore de rester au monastère où il pourra lui succéder. Lui veut partir comme chevalier errant, à la recherche de ses vrais parents.

Le désormais chevalier errant atterrit à Bruges, là où régnait sa mère qui a laissé les affaires et la politique à Sire Poitevin, devenu maire. Le duc d’Arles continue à poursuivre de ses assiduités Sybilla. « Jamais de la vie » lui répond-elle invariablement. En représailles, il fait dévaster la région par ses troupes de Bourgogne. Grigors décide d’aller la voir., estimant que c’est sa mission de chevalier.

Poitevin le présente à Feirefitz, qui dirige l’armée, et Grigors participe héroïquement à cette « guerre de l’amour » qui oppose Flamands et Bourguignons. Sa bravoure le fait conduire vers la reine qui n’est autre que sa mère. Œdipe encore…

Celui qu’on appelle maintenant « le chevalier au poisson » se bat comme un beau diable et il provoque en duel le comte d’Arles, Roger Barbe-pointue, son rival auprès de la reine. Il remporte le duel et s’attire les foudres des Bourguignons le vouant aux gémonies. Mais Roger est fait prisonnier. Grigors peut être reçu par sa dame qui est aussi sa mère et elle le félicite. Barbe pointue renonce à la dame et au royaume. Après une entrevue avec Sybilla, Grigors est prié de rester à la cour en qualité de sénéchal.

Le pays a retrouvé sa prospérité et les barons locaux ne veulent plus de guerres. Il faut que Sybilla prenne époux et, bien sûr, elle choisit son sénéchal qu’elle ignore encore être son fils.

Grigors épouse Sybilla, sa mère, et les Flandres et l’Artois ont un nouveau duc par alliance. La province est en fête et les seigneurs des autres régions abandonnent leurs prétentions.

Ils ont une fille, Herades, mais la lune de miel s’obscurcit chacun ayant inconsciemment sa faute à expier. C’est une femme de chambre qui va trouver le pot aux roses. Elle surveille les mortifications de Grigors, sème le doute chez la reine et, à l’occasion d’une partie de chasse, trouve la tablette relatant ses origines. La reine ne peut plus douter, c’est bien son fils et ils ont commis le péché d’inceste. Ils en parlent et trouvent un accord : ils n’auront plus de relations charnelles, la reine abdiquera et se consacrera aux œuvres pies et lui partira loin en ermite pénitent pour tenter de racheter ses fautes. Il est hébergé chez un pêcheur qui le conduit sur un éperon rocheux où il aura tout loisir d’expier. Il passera dix-sept années sur son rocher, à dormir la plupart du temps, vivant de l’eau de la pluie et du lait de la terre. Son corps se rapetissa jusqu’à rappeler un hérisson . C’est ainsi que le moine le décrit.

On est maintenant au Vatican où, après la mort du saint-père, deux papes rivaux s’affrontent par bandes interposées. Les deux papes meurent d’apoplexie et le nonce, Sextus, reçoit la visitation d’un agneau qui l’implore de nommer Gregorius. Il s’ouvre de sa vision à Liberius, un docteur de l’église, qui lui confie qu’il a eu la même apparition. Il faut aller chercher le nouveau pape dans des contrées lointaines.

Sextus et Liberius entament leur périple qui les amène jusqu’à la cabane du pêcheur qui vient de prendre un énorme brochet dont l’estomac contenait une clé. C’est précisément la clé qu’il avait jeté à la mer après avoir voulu garder Gregorius prisonnier. Le pêcheur pécheur se repend et sa femme est à genoux devant les saints hommes. Habemus papam !

Ils trouvent un individu hirsute ressemblant à un hérisson et doutent de l’annonce de l’agneau, mais Gregorius leur parle et ils sont convaincus qu’il est l’élu. Il dit ne pas avoir sa place parmi les hommes, mais peut siéger au-dessus d’eux. La métamorphose opère ensuite et il redevient l’homme qu’il a été. On l’emmène à Rome où il est fait pape dans la liesse populaire. Un grand pape qui traque hérétiques et simoniaques, qui agrandit les états du Vatican, qui résout tous les points de théologie et dont la réputation se répand dans le monde, faisant envie aux serviteurs d’autres cultes.

Sybilla a deux autres filles de Grigors et elle porte secours aux affligés dans un castel de charité . Elle n’a qu’une amie, Gudule dont le fils qu’elle a eue avec un jongleur infidèle est Perckhart, un peintre de génie qui part à Rome rejoindre d’autres artistes. Sybilla a eu vent de ce pape exceptionnel et elle veut se confesser à lui. Il lui accorde une audience.

Sybilla lui raconte toute l’histoire, qu’il connaît par cœur. Elle ne le reconnaît pas, le visage dissimulé par l’ombre de sa tiare, mais elle finit par voir en lui son fils. Perkhartdt le peintre épousera Humilitas, l’autre fille des amants maudits et le narrateur nous invite à ne pas tirer trop rapidement de morale à cette histoire. Du mal peut sortir le bien, nous contenterons-nous de conclure.

Un beau roman en tout cas, roman de chevalerie, d’aventure et de théologien ou de métaphysique. Mann semble se délecter de ce récit pervers pour aller jusqu’aux tréfonds du mal et en faire jaillir une source de vie et d’espérance. Il convoque pour ce faire les grands mythes grecs, les légendes médiévales, le théâtre élisabéthain et les récits bibliques. Un livre monde, comme on dirait aujourd’hui. Big Mann !

MICHAEL MOORCOCK – LÉGENDES DE LA FIN DES TEMPS – Denoël / Présence du futur

Déjà maintes fois présenté ici, il n’est pas nécessaire de revenir sur Michael Moorcock, père de l’Heroic and Fantasy et rédacteur en chef du magazine New Worlds. Il a aussi travaillé avec des groupes de rock comme Hawkwind en Angleterre ou le Blue Öyster Cult aux USA, comme parolier.

Ce sont ici trois nouvelles d’avant les grandes fresques et les grandes saga. Les personnages de Moorcock sont déjà là : maîtresse Christia, le duc de Queens, Jherek Carnelian, Lady Charlotina, Mongrove, Morphail ou encore Lord Jagged (des Canaries).

Une société mondaine, à des millénaires d’ici, qui ne connaît plus la mort, pas plus que le travail , l’amour ou la guerre, mais qui connaît l’ennui. Le personnage principal est ici Werner de Goethe, lequel a la particularité d’être le seul à avoir été engendré par une femme, ce qui n’atténue pas sa tristesse.

Il rencontre Catherine Gratitude, elle aussi née d’une femme, et il veut devenir son père adoptif. Malheureusement, ses amis l’entraînent dans un bal masqué pour se jouer de lui et l’amener à convoiter Catherine avec qui il finit par coucher. Dévasté par la culpabilité, il se jette du haut de l’immeuble et meurt, ou croit mourir. À son réveil, tous ses amies sont autour de lui et on lui a fait une belle farce. La pudique Catherine n’était autre que maîtresse Christia sous une autre apparence et toute la bande était dans la combine, surveillant Werther dans son rôle de père et d’amant. On ne meurt jamais vraiment sur cette planète et à cette époque, mais on rit beaucoup. Fin de la première nouvelle, Roses pâles. Bof.

L’étoile blanche, la deuxième nouvelle, voit L’orchidée de fer et le Duc de Queens s’offrir un voyage sur le vieux continent africain. Une excursion sur ces a anciennes terres où ils évoluent facilement grâce à leur anneau énergétique. Ils croient voir deux hommes authentique se battre en duel, mais c’est Lord Shark et son robot. Lord Shark qui provoque Queens en duel, sous l’œil de L’orchidée de fer.

Toute le smala galactique ne parle que de ce duel à venir et chacun sait que Lord Shark est un misanthrope affiché, peu enclin à épargner ses contemporains. Lord Morphail, lui, regarde les quelques créatures égarées du temps qu’il a pu capturer : des soldats du XX° siècle qui continuent à faire feu.

Maîtresse Christa, attendrie, propose aux soldats de faire l’amour mais ils déclinent. En attendant, le soldat O’ Dwyer donne des leçons d’équitation au Duc de Queens qui doit relever le défi. Les soldats – Martinez, O’Dwyer et les autres – sont en fait des rescapés d’une guerre entre la terre et Alpha du Centaure. Shark et Queens organisent leur futur duel. Shark met comme condition de ne pas être ressuscité en cas de décès et il attend que Queens face de même. Il accepte, par frivolité…

Alors qu’un soldat vient prévenir O’Dwyer qu’il était suspecté de désertion, L’orchidée de fer vient supplier Shark de renoncer au duel. Shark l’éconduit en faisant une question d’honneur. Il veut rétablir un peu de vérité et de réalité dans leur univers factice et superficiel.

Les soldats, commandés par le sergent Martinez, ont pris en otage L’orchidée de fer et Shark pendant leur conciliabule. Ils exigent une machine à remonter le temps pour regagner leur époque et continuer la guerre. Le duel a bien lieu et Lord Shark est laissé pour mort. On apprend au dernier chapitre que c’’est son robot qui avait combattu. Le soldat O’Dwyer a emmené le vrai Shark dans un vaisseau spatial censé ramener tout le monde sur terre. Le soldat prétend avoir fait ça pour sauver la vie du Duc de Queens, et aussi pour l’honneur. Shark éclate de rire.

Ombres anciennes, la troisième nouvelle, est la plus longue. Snuffles et sa mère – Dafnish Armatuce – survolent la planète terre dont il ne reste que désolation. Sur le point de repartir, leur engin spatial refuse de redémarrer.- Ils rencontrent tous les personnages de Moorcock, soit d’une époque intermédiaire entre la terre et les voyageurs du temps. Une époque qui se caractérisait par l’hédonisme, la fête et la liberté et qui est devenue, plusieurs décennies plus tard, un temps de rigueur morale et d’interdictions.

Mais Snuggles, le fils, est fasciné par cette liberté et cette créativité, au grand dam de sa mère.Elle fait l’objet de toutes les sollicitations et le docteur Volospion la demande en mariage. Li Piao, Miss Ming, Jagged et les autres lui vantent les joies de leur planète mais elle reste inflexible, peu sensible au libertinage et à l’hédonisme qu’elle assimile à du cynisme. Cependant, elle ne peut pas revenir car Morphail annonce une déchirure dans le tissu du temps, ce qui rendrait son voyage dangereux.

La société de la fin des temps s’efforce de corrompre Armatuce et Miss Ming lui fait des avances, mais elle tient bon et tous finissent pas la trouver assommante, contrairement à son fils Snuffles.

Tandis que Dafnish épie Jagged dans son laboratoire souterrain car elle se figure qu’il va mettre au point un engin spatial, il lui explique que la tessiture du temps est déchirée et que les voyageurs du temps risqueraient d’influer sur l’avenir. Miss Ming séduit son fils mais elle lui avoue que c’est d’elle qu’elle est amoureuse, alors que Volospion lui renouvelle ses déclarations amoureuses.

Lord Jagged et Miss Ming enlèvent Snuffles qui change de forme, devient adulte et ne veut plus retourner à Armatuce, malgré les supplications de sa mère. Jagged considère que le voyage du retour est devenu possible, mais elle partira sans son fils. Elle veut raconter à Armatuce ce qu’elle a vécu, que l’avenir est désespéré et qu’il faut renoncer aux voyages dans le temps. Elle meurt dans une anfractuosité du temps alors que son fils, devenu membre de la société de la fin des temps sous le nom de Margrave de Wolverhampton se désintègre et est réduit en poussière.

La mère n’avait pas encore donné son « droit de vie » à son fils et ils étaient dépendants l’un de l’autre. Si l’un venait à mourir, l’autre suivrait. Jagged aurait tout fait pour ressusciter la mère, prodige de morale et de vertu, mais il ne fera rien pour le fils, petit crétin perverti. Miss Ming n’a plus qu’à ramasser ses cendres par terre.

Si on apprécie chez Moorcock son imagination délirante et ses personnages loufoques, sorte d’aristocratie des temps futurs, on est quand même dans le domaine de la féerie et dans le fait que tout est permis. Rien n’a vraiment de substance et tout peut se transformer dans un univers volatile et sans densité où tout est possible. C’est son genre, un genre qu’il a inventé et qui tient plutôt du génie pour lequel on ne peut que le louer. Mais c’est aussi là les propres limites de ce genre : la liberté totale. Cela peut paraître paradoxal, mais c’est pourtant là où le bât blesse., dans l’absence totale de structure et de rigueur. Mais l’imagination est au pouvoir, jusqu’au moins la fin des temps qui peut paraître long…

SAN ANTONIO – J’AI BIEN L’HONNEUR DE VOUS BUTER – Fleuve noir

L’un des rares San Antonio des débuts que je n’avais pas lu. Trouvé dans une boîte, un Fleuve noir « spécial police » original daté de 1955. Ça se prend.

Tout commence par une annonce dans France Soir, une Roumaine qui veut recruter un chauffeur à Londres, mais ne parlant pas anglais. L’annonce a mis la puce à l’oreille du vieux qui connaît la Roumaine de réputation : une chanteuse d’opéra ratée devenue espionne à la mort de son mari. Le chauffeur sera bien sûr San Antonio qui file à Londres et enfile la dame après avoir testé la domestique. On est dans San Antonio, sérieux s’abstenir, comme on disait il y a longtemps à l’ORTF.

La première course est pour Whitechapel et Filesco, c’est son nom, conduit San-A dans une bicoque d’où elle ne sort pas. Intrigué, il va voir ce qui se passe et découvre que l’intérieur est un palais. Un faux piano dissimule un escalier par où on peut sortir. La dame est passée par là mais elle attend son chauffeur de pied ferme et lui reproche de ne pas l’avoir attendue. San-A voit rouge, il a été suivi durant toute son escapade dans le quartier pour téléphoner au vieux. La Filesco se moque de lui.

Deuxième course : le sud de Londres direction la côte et un petit cottage au bord de la mer. Elia Filesco s’absente pour dresser un drapeau sur un mat. Un signal ? En tout cas, il a été drogué et se réveille plusieurs heures après le repas. Il inspecte les alentours et découvre Elia morte, le crâne défoncé.

San-A se rend au commissariat du coin et demande à parler à son contact, un dénommé Rowland. En rentrant, il observe que le drapeau noir a été enlevé et repère des traces de pas entre la mer et le cottage. Puis Rowland vient le visiter. Les deux hommes déduisent d’après les empreintes qu’il s’agissait d’un homme et d’une femme. Ils ont sûrement décroché le pavillon noir et son repartis en voiture.

Rowland conseille au policier français de regagner le domicile de la Filesco et il découvre le corps de la bonne à l’arrière de la voiture. Elle a été empoisonnée comme lui mais n’a pas survécu.

San-A trouve une vieille photo réunissant Filesco et l’homme qui le suivait. Il va chez le photographe qui lui annonce que le père, Paste, est décédé il y a un mois. C’est pourtant le même homme qui l’a suivi . Il se rend au cimetière d’Ealing pour voir qui est dans le tombe et c’est une femme. Un homme lui donne un coup de couteau et c’est la fin. Mais on n’en finit pas comme ça avec San Antonio.

Blessé seulement. Il se retape dans un hôpital et Rowland vient lui dire que le Paste est mort il y a longtemps en soldat de l’armée des Indes. L’autre Paste est un imposteur qui a pris son identité et Gloria, la bonne, a été l’une des secrétaires d’Hitler . Le vieux lui signifie que sa mission est terminée et Rowland souhaite qu’il lâche l’affaire. C’est mal le connaître.

Il s’échappe de l’hôpital et continue l’enquête. Filesco est morte depuis longtemps et c’est Hildegarde, une dignitaire nazie, qui a pris sa place. Sa sœur était Gloria et Paste a servi de leurre. C’est bien Filesco qui était dans la tombe de Paste et le bateau servait à convoyer d’anciens SS réfugiés en Amérique latine. En fait, Katty la cuisinière était avec Gloria une autre fille de Kurt, l’homme de la filature, celui qui avait pris l’identité de Paste. Tout le réseau est démantelé. Bravo San Antonio.

Un San Antonio moyen cela dit, sans Béru et Pinaud. San Antonio première manière on va dire, années 1950, mais ça n’empêche pas qu’on rigole. N’est-ce pas là l’essentiel ?

10 mai 2025

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