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MA PETITE HISTOIRE DE L’EXTRÊME-DROITE EN PHRANCE

La croix celtique, emblème du fascisme européen. Pauvres Celtes !

À l’heure où l’extrême-droite est en passe, nous dit-on, de remporter des scrutins électoraux déterminants pour le pays l’année prochaine, une petite plongée historique dans son histoire. Si on date la naissance du fascisme à Mussolini et à l’après première guerre mondiale, l’extrême-droite française telle qu’on la connaît est née de l’affaire Dreyfus et de l’antisémitisme délirant d’un Drumond. Chronologie sommaire, jusqu’au R.N respectable et républicain, « dents blanches haleine fraîche » qu’on connaît avec Jordan Bardella ou Sarah Knafo.

Au commencement était l’Action française, mouvement royaliste, nationaliste et antisémite né avec l’affaire Dreyfus et créé par Charles Maurras, celui qui criera à « la divine surprise » lorsque Pétain accédera au pouvoir en juin 1940. Derrière Maurras, on trouve des pamphlétaires comme Léon Daudet (le fils du doux Alphonse), l’historien Jacques Bainville, l’écrivain Paul Bourget et jusqu’à Georges Sorel, théoricien du syndicalisme se disant à la fois marxiste et fasciste.

L’affaire Dreyfus est donc le point de départ de l’Action française qui s’illustre par un antisémitisme virulent, une haine de l’étranger et des nostalgies royalistes où l’on verrait bien un descendant des Bourbons prendre le pouvoir en France après avoir « étranglé la gueuse », entendre la république qu’ils détestent au plus haut point. Même le Vatican finira par bannir l’Action française, au grand dam de quelques compagnons de route tels Bernanos ou Mauriac, qui se repentiront.

L’Action française qui est d’abord et avant tout un journal où on peut croiser des belles plumes (Maurras, Daudet, Bainville) et des caricaturistes odieux tels Pinatel. L’A.F, pour les intimes, sera quotidien de 1908 à 1944, année de son interdiction. Il reparaîtra sous le titre Aspects de la France (A.F encore) sous la houlette de Pierre Boutang. Précisons que Maurras sera frappé d’indignité nationale et accusé d’intelligence avec l’ennemi. Après un emprisonnement et une libération pour raisons médicales, il meurt en 1952. Son dernier secrétaire était un certain Michel Déon.

Autre grande figure de l’extrême-droite de ces temps, Maurice Barrès, chantre du nationalisme guerrier et revanchard qui, proche de Maurras, n’a pourtant jamais adhéré à l’Action française qu’il trouvait par trop catholique. Barrès, celui de La terre et les morts qui aurait inspiré à Emmanuel Berl le discours de Pétain sur « la terre ne ment pas ». Boulangiste, Barrès se rapprochera des Radicaux avant de devenir une sorte de nouveau Déroulède appelant à la revanche contre l’ennemi héréditaire allemand. Son vœu sera réalisé avec 14-18 et Romain Rolland pourra le surnommer « le rossignol des carnages ». Après avoir été membre de l’académie française et député de la troisième république, Barrès mourra d’une congestion pulmonaire en 1923. Les dadaïstes pourront cracher sur sa tombe après avoir fait le procès (pour rire) de Barrès, en 1921.

Les années 1920 et 1930 voient décliner l’hégémonie de l’Action française avec des organisations parfois fondées par des dissidents de l’A.F. Ainsi de La Cagoule, d’Eugène Deloncle et Jean Filliol, qui comptera aussi dans ses rangs le futur chef de la milice Joseph Darnand. La Cagoule s’inspire du fascisme italien et estime l’A.F trop embourgeoisée. Eux se disent nationaux- révolutionnaires. Il y aura aussi Les croix de feu du Colonel De La Roque, fondés par Maurice D’Hartoy. Composé majoritairement d’anciens combattants de la grande guerre, il se disent ouvertement fascistes, lorgnant vers l’Italie et l’Allemagne. Il y aura aussi Les Camelots du roi, jeunes de l’A.F emmenés par Maurice Pujo et Henri Vaugeois qui servent aussi de service d’ordre pour le parti royaliste.*

Ces ligues d’extrême-droite joueront un grand rôle dans les manifestations du 6 février 1934 où la république sera menacée avec des émeutes sanglantes et une riposte des forces syndicales et politiques de gauche qui donneront naissance deux ans plus tard au Front populaire. Le Front populaire qui interdira toutes ses ligues, lesquelles renaîtront sous d’autres noms avant la guerre.

La Cagoule renaîtra de ses cendres sous le sigle MSR (Mouvement Social Révolutionnaire), après une tentative de putsch en 1937 et l’assassinat de Marx Dormoy. Marcel Déat, professeur de philosophie ex SFIO crée le RNP (Rassemblement National Populaire), pétainiste et collaborationniste quand Jacques Doriot, ex PCF, fonde le PPF (Parti Populaire Français) avec un rôle important dans la constitution de la milice et des LVF (Ligue des Volontaires Français contre le bolchevisme) qui sera suivi par la Division Charlemagne.

Avec Pétain et Laval au pouvoir, l’extrême-droite voit son rêve se réaliser. Darnand, ancien cagoulard, dirige la milice qui supplée les nazis dans leur chasse aux juifs et aux résistants. Les LVF montent sur le front russe mais seront renvoyés en Biélorussie par la Wehrmacht qui les jugent inefficaces. Ils pourront traquer les partisans dans les forêts de Biélorussie, d’Ukraine ou de Pologne. Quant à la Division Charlemagne, elle défendra Berlin après la défaite des nazis et la plupart de ses membres seront tués. Les survivants créeront des groupes de waffen SS français.

Après la guerre et la victoire des alliés, beaucoup de ces fascistes, nazis, waffen SS français, miliciens ou collaborateurs seront fusillés ou emprisonnés, mais les gros poissons s’exileront dans des cieux plus cléments, tels Darquier De Pellepoix (commissaire aux affaires juives) ou Léon Degrelle (chef des Rexistes belges) dans l’Espagne franquiste.

Défaite et déshonorée, l’extrême-droite et avec elle le patronat collaborationniste fait profil bas. Pas pour longtemps. Des feuilles d’extrême-droite reparaissent après l’interdiction de l’Action française (le journal), Rivarol, l’hebdomadaire de l’avocat René Malliavin dirigé par l’historien Jean-François Chiappe puis par Jérôme Bourbon, torchon dans lequel écrira le jeune Antoine Blondin, puis ce sera Minute en 1962, lancé par Jean-François Devay et Jean Boizeau avant Présent, de François Brigneau et Jean Madiran en 1982 ; sans parler du Crapouillot, sorte de Canard Enchaîné d’extrême-droite et des publications proches du Front National comme National Hebdo ou Le choc du mois de sinistre mémoire. Parmi les dessinateurs, outre Pinatel, on trouve Konk (ex du Monde) et Dimitri (ex Charlie Hebdo). Jeune Nation est créé en 1949 par les frères Sidos, anciens miliciens, mais le groupe sera dissous après l’insurrection du 13 mai 1958.

Puis viendront les Hussards, écrivains anticonformistes mais surtout anti-gaullistes et anticommunistes où l’on retrouve Blondin et Déon, plus Roger Nimier, Jacques Laurent et Kleber Haedens. Plus tôt, pour rester dans la littérature, de nombreux écrivains collaborationnistes tels Brasillach, Bardèche, Rebatet, Drieu La Rochelle, Maulnier, Céline ont été fusillés ou emprisonnés. D’autres, comme Jacques Chardonne, passeront entre les gouttes. Mais pas grand-chose de commun entre les hussards, provocateurs cyniques, et les écrivains de la collaboration, véritables pamphlétaires haineux.

Sur l’échiquier politique, l’extrême-droite reprend sa place avec le mouvement de Pierre Poujade, le papetier de Saint-Céré qui défend les petits commerçants et les artisans et, se disant apolitique, fait élire des députés en 1956 dont un certain Jean-Marie Le Pen. C’est ensuite la guerre d’Algérie et l’extrême-droite revient en force avec les généraux putschistes et leurs soutiens. De Gaulle renie sa parole et laisse l’Algérie indépendante après les accords d’Évian de mars 1962. Il n’en faut pas plus pour que l’OAS se déchaîne et soit à l’origine d’attentats dans tout le pays. « La valise ou le cercueil ». Les pieds-noirs font leur valise et l’OAS remplit des cercueils. De Gaulle échappe à l’attentat du Petit-Clamart en août 1962, organisé par Bastien-Thiry. L’OAS mettra du temps pour désarmer et, paradoxe, certains de ses militants se recycleront dans des officines gaullistes, du SAC ou des CDR.

Occident naît en 1964, fondé par Pierre Sidos, ex-leader de Jeune nation. Occident se dit avant tout anticommuniste, mais est ouvertement néo-fasciste, ses membres faisant le coup de poing avec les syndicats ouvriers et, plus tard, les partis d’extrême-gauche. Pierre Sidos et l’abbé Georges De Nantes (qui sera à l’origine du mouvement catholique intégriste) sont les grands acteurs du retour de l’extrême-droite dans la vie politique.

En 1965, Tixier-Vignancour représente l’extrême-droite à l’élection présidentielle au suffrage universel. Son directeur de campagne est Jean-Marie Le Pen. Tixier a été l’avocat de Céline et plus tard du général Salan. Occident, dissous en mai 68, a donné naissance à des syndicats étudiants néo-fascistes radicaux comme le GUD (Groupe Union Défense) ou l’UNI, présents à la fac de droit d’Assas. Occident reviendra sous le nom d’Ordre Nouveau en 1969, en réaction à Mai 68 et à sa chienlit. Le mouvement sera dissous à son tour en 1973 après des bagarres de rue avec la Ligue Communiste. Ordre nouveau aura compté dans ses rangs une partie de la classe politique de droite : Madelin, Longuet, Balkany, Devidjian, Douffiargues, Novelli, Léotard et on en oublie.

C’est en octobre 1972 que l’extrême-droite s’unit autour du Front National et de ses leaders : Le Pen, Duprat, Bousquet, Holeindre et Gaultier, anciens Ordre nouveau, OAS ou Waffen SS. Seul le PFN (Parti des Forces Nouvelles de Marc Frederiksen avec Tixier comme président d’honneur) poursuit sa route, pas pour longtemps. Des think-tanks comme le GRECE d’Alain De Benoist, Le club de l’horloge de Jean-Yves Le Gallou ou Nouvelle école d’Yvan Blot constituent la Nouvelle droite, férue de socio-biologie pour justifier les inégalités et reprendre le concept de « races inférieures »i, lancée par Le figaro magazine de Louis Pauwels et Alain De Griotteray. Il s’agit de reconquérir l’hégémonie politique, au sens de Gramsci.

On connaît la suite, avec les premiers succès électoraux dans les années 1980 jusqu’à la dédiabolisation et le Rassemblement national aux portes du pouvoir. Sans parler du Reconquête de Zemmour, du grand remplacement, de la re-migration et des mouvements néo-nazis (Bastion social, Génération identitaire, Mouvement national-révolutionnaire -Unité radicale, Troisième voie – Solidaristes) et tant d’autres, à peine dissous que sitôt recréés On sait que l’Assemblée nationale a respecté une minute de silence pour le nazillon Quentin Deranque.

Aujourd’hui, l’extrême-droite s’est dédiabolisée et les dernières municipales ont été plutôt des succès, même si le fameux plafond de verre l’empêche de gagner des grandes villes. Ça viendra ? Espérons que non. La presse Bolloré et la fachosphère vont continuer à banaliser l’extrême-droite et à faire de LFI ou de la CGT des antisémites pour les uns, des néo-staliniens pour les autres. Hitler connais pas ! Titrait Bertrand Blier pour son premier film documentaire. Le fascisme, ça n’existe pas ou alors c’est la gauche, nous dit-on aujourd’hui dans le Figaro et la bourgeoisie a fait son choix mortifère : « plutôt Hitler que le Front populaire », traduire par « plutôt Bardella que la vraie gauche ». Les beaux esprits trouveront tout cela caricatural, mais on en est là et il reste un an pour inverser la tendance, si c’est encore possible…

*  Il y aura bien plus tard la Nouvelle Action Française (naf), des « royalistes de gauche » qui présenteront un candidat – Bertrand Renouvin – à la Présidentielle de 1974. Mais les « royalistes de gauche » sont aussi rares que les poissons-volants, comme aurait pu dire Audiard.

25 mars 2026

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