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MÉDIATONIQUES 16

COMBAT ! CONTRE L’INFÂME

Guillaume Meurice au micro de Radio Nova. Des humoristes vraiment drôles, pas si courant

Combat ! Front commun contre l’extrême-droite, un hors-série du groupe de presse Combat !, de Mathieu Pigasse, banquier d’affaire et homme de média qui possède notamment Radio Nova et Les Inrockuptibles. Ces deux médias, associés aux médias en ligne Streetpress et Blast et aussi à L’Humanité viennent de sortir un fort numéro de 80 pages où on peut lire des interviews de Blanche Gardin, Rokaya Diallo, Julia Cagé, entre autres. Sorti fin février et vite épuisé, le vilain canard s’est vu réédité le 12 mars et, même si l’initiative vient d’un milliardaire, elle n’en constitue pas moins un exemple de ce qu’il faudrait faire pour contrer la domination de la presse Bolloré – Arnault – Kretinsky – Saadé et de la fachosphère. Et de l’extrême-droite en général.

Le véritable titre est en fait Front commun contre l’extrême-droite et il est plus explicite à travers la notion de commun entre cinq rédactions – presse écrite, radio et médias en ligne. Dommage que Politis, Mediapart ou Le Monde Diplomatique, entre autres, n’aient pas été invités à la fête car c’en est une avec, au milieu des arguments pour discréditer définitivement l’extrême-droite sur tous les plans (économique, démocratique, écologique, social et culturel), des occasions de rire avec des dessins drôles et des interviews menées par Guillaume Meurice à la rubrique « Colonne Meurice » où notre homme pose les mêmes questions (est-ce que tu condamnes la non violence ? C’est quoi pour toi la violence  ? Quel est le premier truc à déconstruire ou à reconstruire à la place ?, et quel est ton souvenir le plus marquant de manif, de lutte ou d’action militante ?). Se prêtent à l’exercice, outre les noms déjà cités ci-dessus, Corinne Masiero, Sandrine Rousseau, Cyril Dion, Assa Traoré, Rima Hassam et Raphaël Arnault (ceux qui détestent LFI n’ont qu’à passer leur chemin, ils n’auront qu’à voter Roussel ou Glucksman).

Précisons que Mathieu Pigasse dirige un groupe médiatique baptisé Combat (en référence au Combat de Camus et Pia ?) et qu’il semble avoir beaucoup pesé dans l’initiative. Un numéro spécial pour combattre l’extrême-droite avant les municipales mais aussi pour faire entendre la voix d’une gauche unie avant les échéances nationales décisives de 2027 et après. Même si le sieur Pigasse m’inspire de la méfiance en banquier d’affaire plutôt social-libéral et même si le sommaire fait un peu mode et clinquant (difficile de comprendre comment certain-e-s sont soudainement poussés par les médias jusqu’à devenir des maîtres à penser), ce fort hors-série est indispensable pour comprendre et assimiler les graves dangers que ferait courir au pays une victoire de l’extrême-droite en avril 2027, avec son véritable musée des horreurs et des fenêtres d’Overton grandes ouvertes dans la tourmente. 

C’est en tout cas un succès éditorial quasiment sans précédent et il est réconfortant que les retombées financières vont faire du bien à des trésoreries défaillantes, celles de L’Humanité en particulier. L’Huma qui a pris une part active dans le rédactionnel avec de forts articles de Florent Le Du (qui suit le R.N dans le quotidien) ou de Thomas Lemahieu, l’enquêteur qui a mis à jour la galaxie Stérin, son projet Périclès de formation des élus de droite et extrême-droite réunis et ses «plus belles fêtes de France », encore appelées  « Nuits du bien commun ».

Comme le veut cette rubrique, on va surtout s’intéresser à l’aspect Médias d’une extrême-droite qui veut avant tout récupérer l’hégémonie culturelle sur la population, s’inspirant des écrits des théoriciens de La nouvelle droite à la fin des années 1970.

On peut continuer avec Stérin et son association Studio 496 (année de naissance de Clovis) qui promet monts et merveilles aux villes acceptant ses fêtes franchouillardes et révisionnistes, « picole et Sardou » comme sous-titre l’article. Il faut savoir aussi que Stérin, c’est aussi 150 millions d’Euros (cumulés jusqu’en 2032) pour des victoires politiques, électorales et idéologiques avec des instituts de sondage, des « écoles des futurs maires », du conseil opérationnel au R.N et une guérilla juridique « afin de faire changer la peur de camp », portant notamment sur l’islamisme, l’immigration et la liberté d’expression ; la leur évidemment dans la catégorie « on ne peut plus rien dire ». « Faire gagner l’extrême-droite dans la tête et dans les urnes », titre fort justement l’article, car une victoire aux présidentielles ne serait pas suffisante et il s’agit d’enraciner le fascisme avec son cortège de haine et de peur dans les têtes.

On a aussi un article intéressant sur la soirée du 25 novembre au Dôme, organisée par la Bollosphère avec ses vedettes : Hanouna, Praud, Kelly, De Villiers (en mode « stand-up ») et consorts mais, surtout, un débat passionnant sur le thème « est-ce que tout est foutu ? » avec Sarah Knafo et Éric Naulleau, sans parler d’une riche confrontation entre Éric Zemmour et Michel Onfray sur la liberté de pensée. À ce niveau stratosphérique de concentré d’intelligence, on défaille.

L’accent est aussi mis sur le journal Frontières où l’on a tendance à repousser les frontières (justement) de l’ignominie et de l’abjection avec un côté années 40 façon Je suis partout et autres titres de sinistre mémoire. S’affranchissant de toute déontologie journalistique, le média, d’abord créé en ligne pour soutenir Zemmour, est présent dans les kiosques depuis 2023, dirigé par Erik Tegner (ou Teigneux) et Jordan Florentin (tous les jeunes fascistes se prénomment-ils Jordan?). Le vilain canard avait fait parler de lui au moment de l’interview de Boualem Sansal (un sinistre guignol soit dit en passant), , mais il fait de plus en plus fort avec ses sympathies antisémites et néonazies. Le Florentin en question se baladait avec un passe sanitaire au nom de Adolph Hitler, très drôle.

On nous parle aussi de l’affaire de Crépol et de l’instrumentalisation d’un fait divers pour désigner à la vindictes les Arabes, véritables dangers publics à surveiller constamment. En fait, une rixe de bal populaire entre des jeunes et des rugbymen. Mais c’est la suite qui est intéressante avec un quartier relégué de Roman sur Isère (La Monnaie) où les gens ont commencé à se rencontrer, à se raconter et à s’unir. C’est ce type de lien social dans la résilience qui affole l’extrême-droite des bouc-émissaires et des replis identitaires.

Enfin, et pour en finir avec la partie Médias, une interview de Julia Cagé, sociologue et économiste du domaine, par Caroline Constant, journaliste de l’Huma. Elle parle de la survie menacée de l’audiovisuel public et dit que la Macronie a largement savonné la planche avec la suppression de la redevance notamment et sa fameuse phrase sur « la honte de la République ». C’est une obsession du R.N et de l’extrême-droite de laisser les médias aux milliardaires et de détruire le seul domaine où l’information peut encore être objective et non dépendante des pouvoirs de l’argent, même s’il ne faut pas non plus surestimer la qualité de l’information sur ces médias. Il est cependant à remarquer que les gouvernements d’extrême-droite partout dans le monde veulent en finir avec l’audiovisuel public pour livrer les chaînes de télévision et de radio à des intérêts privés favorables à leur propagande.

Voilà, on espère vous avoir donné envie. On ne le répétera jamais assez, c’est aussi en livrant la bataille des médias que l’on vaincra l’extrême-droite et, de ce point de vue, ce hors-série est exemplaire. Le froid Bolloré commence à élever le ton après l’affaire Grasset et des sondages médiamétrie qui donnent C News et Europe 1 en nette baisse. L’hégémonie culturelle connaît ses premiers ratés. Raison de plus pour continuer le combat !

30 mars 2026

PS : panique morale à l’extrême-droite où on s’affole après l’élection de nombreux maires racisés en banlieue parisienne (L’Humanité du 30 mars). À Cnews, chez Pascal Praud, un sociologue (qui aurait été mal compris) dialogue avec Michel Onfray, lequel compare le vote pour un chef de clan à la domination du mâle dominant chez les singes, ceux qui s’approprient la nourriture et les femelles (dixit). Le vrai grand remplacement ?

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