
Du jamais vu, 48 équipes en 12 groupes et 104 matchs au total sur une période de plus d’un mois (du 11 juin au 19 juillet) dans 3 pays et 16 villes. C’est l’Amérique tout entière qui reçoit, du Canada au Mexique en passant bien sûr par les États-Unis de Trump (make football great again). L’Ubu américain va sans doute vouloir tirer profit de la compétition, comme il l’avait fait lors de la finale intercontinentale Chelsea – PSG, avec un ridicule achevé, mais c’est sa marque. Gianni Infantino, le président de la FIFA, lui simplifiera la tâche dans un monde du foot qui perd la boussole, témoin la récente annulation de la victoire du Sénégal lors de la CAN. On a hâte…
L’Iran avait décidé, vu le contexte international, pour euphémiser, soit la guerre menée par Israël et les États-Unis, de ne pas participer à cette Coupe du monde sur le sol ennemi . À la place, Trump a proposé de repêcher l’Italie, éliminée par la Bosnie-Herzégovine (aux penalties), pour la troisième fois consécutive. Les vainqueurs de quatre coupes du monde (dont deux avant-guerre, on va bientôt se demander laquelle) ne seront donc pas présents en Amérique du Nord. La proposition de l’Ubu américain avait été rejetée d’un revers de main par les Italiens, leur fédération en accord avec les joueurs. Encore une grande victoire diplomatique pour celui qui cumule les revers à l’international avec des propos contradictoires et des menaces non voilées, le tout assorti du vocabulaire ordurier qu’on lui connaît. Mais laissons Trump, sa bêtise crasse et sa haine viscérale.
Parmi les grands absents, on aura aussi le Cameroun, le Nigeria, le Chili, le Danemark, la Grèce, la Serbie et la Pologne de Levandowski qui ne figureront pas parmi les 48. À la place, on aura des nations qui ne se sont pas spécialement illustrées dans les compétitions mondiales de l’après-guerre : la Nouvelle-Zélande, le Curaçao, Panama, les îles du Cap Vert, l’Ouzbékistan, la Jordanie ou l’Irak, sans parler de l’Arabie Saoudite et du Qatar, devenus des pétro-monarchies importantes dans le foot business international mais qu’on n’avait jamais vu à cet échelon. On se souvient vaguement du Koweït en 1982 en Espagne avec la descente de l’Émir qui contestait un but français.
Bref, une coupe du monde atypique sur tous les plans, et on a du mal à n’en retenir que l’aspect sportif tant tout est exagéré, à commencer par le prix des places, le coût des transports et toute une organisation qui en fera le Mondial des riches, les pauvres étant priés de regarder la télévision s’ils en ont encore une. Pas surprenant au pays de Trump et du techno-fascisme, et on se doute que le Mexique de Claudia Sheinbaum ou le Canada de Mark Carney n’ont pas eu voix au chapitre sur l’organisation de cette colossale entreprise qui va surtout profiter aux chaînes de télévision, à la FIFA et aux sponsors dont les inévitables Coca Cola, Visa, Adidas, Hyundai, Aramco, Qatar Airways et le Chinois Lenovo. On aura aussi, en deuxième ligne, Mc Donald’s, Bank Of America, Verizon et le Chinois Hisense, étant bien entendu que les multinationales américaines seront au premier rang et se partageront l’essentiel du pactole. Gageons que quelques miettes iront aux fédérations et, pourquoi pas, à des institutions caritatives, manière élégante de prouver que le monde du football a aussi du cœur. Mais rien n’est moins sûr et ce sera la grosse galette pour les susnommés, et après vous s’il en reste.
Déjà, l’édition 2022 au Qatar nous avait gâché notre plaisir, même si on avait regardé la finale après avoir boycotté toute la compétition. Cette édition 2026 n’est guère plus recommandable, sauf à ne regarder que les matchs qui se joueront au Mexique ou au Canada, mais on ne va pas couper en tranche un tournoi qui vise à redorer le blason substantiellement terni du roi Trump et à enrichir ses affidés du monde des affaires auxquels il ne manque plus que Google, Amazon, Meta, Apple, Microsoft ou X (Elon Musk). Mais gageons que leur trafic et leur doux commerce va se voir boosté par la fête mondiale du football. Ce serait dommage que de si valeureuses entreprises œuvrant pour la communication et le bonheur du monde ne perçoivent pas quelques retombées financières.
There’s no business like foot business. Après ces quelques lignes que d’aucuns jugeront par trop cyniques ou rabat-joie, on va passer à l’aspect sportif de la compétition, si on a encore un peu d’appétit.
Les favoris sont toujours un peu les mêmes. Côté Amérique, l’Argentine, tenante, le Brésil et le Mexique qui aura l’insigne honneur de recevoir. Côté Europe, le Portugal, l’Espagne, l’Angleterre, l’Allemagne et la France bien sûr à condition qu’elle réussisse à s’extirper d’un groupe pas facile.
L’Argentine de Lionel Scaloni n’a pas beaucoup évolué par rapport à l’équipe championne de décembre 2022. Les cadres sont les mêmes (Paredes, Mc Allister, Alvarez, Fernandez plus Messi qui fera un dernier tour de piste). On peut y ajouter les néo-Strasbourgeois Barco et Panichelli. Du solide, mais rien de transcendant. Il faut mentionner les nombreuses sorties racistes et homophobes des vainqueurs de 2022, mais c’est devenu hélas tristement habituel.
Le Brésil de Carlo Ancelotti a souvent manqué les grands rendez-vous ces dernières années. Là aussi, pas de grands changements avec les Madrilènes Vinicius Jr et Rodrygo, le Barcelonais Rapinha, les Anglais Gabriel Magalhaes, Richarlison et Martinelli, les Monégasques Vanderson et Caio Enriqué. Suffisant ? Pas sûr, même si plusieurs spécialistes la jouent gagnante.
Le Mexique de Rafa Marquez jouera souvent dans son cratère du stade Aztèque, avantage non négligeable. Pas de grands noms dans l’effectif, mais plusieurs joueurs évoluant dans des championnats européens, sans parler des autres, sociétaires d’un championnat mexicain loin d’être négligeable.
Pour l’Europe, le Portugal de Roberto Martinez, vainqueur de la Coupe des Nations l’an dernier, figure comme favori avec sa sœur latine, l’Espagne. Si on connaît les Portugais du PSG, Nuno Mendes, Vitinha et Ramos, on connaît moins les joueurs qui font le bonheur des grands clubs européens : Neto (Chelsea), Bruno Fernandes (Manchester United) ou encore Conceiçao (Juventus). On les verrait bien en finale.
Comme l’Espagne de luis De La Fuenté avec ses joueurs vedettes, les Pedri, Olmo, Rodri, Cucurella, Ferran Torres ou Gavi, sans oublier la perle du Barça Lamine Yamal. La presque invincible armada ira loin, à n’en point douter.
Et l’Allemagne ? Si elle n’est plus la terreur d’antan (on se souvient du bon mot de Gary Linecker voulant « qu’à la fin, c’est toujours l’Allemagne qui gagne »), elle a encore de beaux restes, sous la férule de Julian Nagelsmann avec les Havertz, Wirtz et les cadres du Bayern, Gnabry, Musiala ou le vétéran Kimmich, sans parler du gardien Neuer, toujours là. De quoi pouvoir espérer.
Comme l’Angleterre, souvent malheureuse dans des compétitions mondiales. Mais les hommes de Thomas Tuchel comptent dans leur effectif quelques joueurs (Kane, Bellingham ou Rice) qui font le bonheur des grands clubs européens. L’équipe aux Trois Lions a encore la griffe, et la dent.
Et la France ? Pour la dernière de Didier Deschamps, le groupe est encore à stabiliser avec des joueurs exceptionnels tels Olise, M’Bappé, Dembélé, des jeunes qui n’ont déjà plus grand-chose à prouver (Doué, Tchouaméni, Barcola) et une défense solide. Reste à passer l’épreuve du premier tour où il y aura la Norvège de Haaland, le Sénégal des Gueye, Sarr , Dieng ou Camara. Et puis l’Irak, une équipe dont on ne sait pas grand-chose. Pas le groupe le plus facile.
Au rang des outsiders, on aura la Norvège et son buteur Robocop, les Pays-Bas de Ronald Koeman avec les Van Dijk, De Jong, De Vrij ou De Ligt, toujours performants à ce niveau. Pour le continent africain, outre le Sénégal, on aura la Côte d’Ivoire d’Emerse Faé avec tous ses joueurs évoluant dans le Championnat de France, mais aussi les Fennecs d’Algérie et le Maroc, demi-finaliste en 2022.
Pour le reste du monde, comme on disait naguère, il faudra surveiller les Japonais avec des joueurs qui se sont révélés eux aussi dans le Championnat de France : Minamino à Monaco, Ito et Nakamura à Reims. Sans parler de la Corée du Sud avec son Parisien Lee Kang-In. La Croatie ? Modric a 40 ans !
On n’oublie pas l’Amérique du Sud avec l’Uruguay du Madrilène Valverde ou la Colombie du redoutable attaquant du Bayern Munich Luis Diaz, celui-là même qui pourrait créer des problèmes à la défense du PSG en demi-finales de la Champion’s League.
Voilà, un petit tour d’horizon sportif dans un climat général délétère avec des intérêts géopolitiques et économiques qui risquent fort d’éclipser ce qui reste de beauté dans un sport de plus en plus physique et tactique avec son lot de violences sur et hors du terrain. Alors, on repique quand même ?
25 avril 2026