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DON LUCIANO / SOLTYS D’HIVER

Une réunion à Reims des grands anciens avec Muller, Fontaine, Piantoni, Kopa… Ils sont tous morts aujourd’hui, sauf Jean Wendling et Robert Siatka, tous deux 92 ans aux prochaines fraises. Photo site du Stade de Reims.

Deux joueurs emblématiques du grand Reims sont décédés en janvier dernier. Lucien Muller, l’Alsacien devenu grand d’Espagne sous le surnom de Don Luciano après avoir joué au Real et au Barça avant d’entraîner le même Barça et Monaco. Moins connu, François Soltys, inter gauche, comme on disait à l’époque du WM, qui avait remplacé le grand Roger Piantoni, blessé, alors que le Stade de Reims brillait de ses derniers feux avec une première place en championnat qu’ils ne retrouveront jamais et une ultime coupe d’Europe des clubs champions avec élimination en quarts de finale. Muller et Soltys faisaient partie de l’orchestre rouge et blanc de l’époque. La dernière valse somptueuse avant un long déclin parsemé de larges éclaircies. Pour nostalgiques…

C’était l’année… 1962, comme chantait Claude François et le Stade de Reims remportait son dernier championnat de Division 1 avant une relégation en D2 deux ans plus tard. Qualifié pour la Coupe d’Europe des clubs champions édition 1962-1963, Reims ira jusqu’en quarts de finale, éliminé par les Néerlandais du Feyenoord Rotterdam après avoir sorti Dundee United et l’Austria de Vienne (5-0 à Delaune) ; ils avaient été exemptés au premier tour.

L’équipe est encore animée par de grands anciens comme les arrières latéraux Wendling et Rodzyck, le demi Robert Siatka, Raymond Kopa retour du Réal Madrid et Jean Vincent, passé d’ailier à demi. Fontaine s’est cassé la jambe et ne reviendra plus, Piantoni sera diminué par une blessure au genou ; Jonquet, Leblond et Colonna à la retraite. Pire, Albert Batteux, l’entraîneur mythique, est sur le banc pour sa dernière saison, avant de louer ses services à l’A.S Saint-Étienne.

Mais Reims est toujours là, avec une relève où l’on trouve Claude Robin qui fera le bonheur du F.C Nantes, Raymond Kaelbel, futur Strasbourgeois, Paul Sauvage, ex Limougeaud qui partira à Valenciennes et Hassan Akesbi, l’avant-centre venu du Nîmes Olympique. On trouve aussi Lucien Muller en position d’inter droit et François Soltys au même poste, à gauche. Ce n’est pas la dream team des années 1950 avec doublé coupe – championnat en 1958 et deux finales de Coupe d’Europe (1956 et 1959) perdues contre le Real, sur le toit de l’Europe dans ces années-là, mais il y a de beaux restes.

Lucien Muller est né en 1934 à Bischwiller (Bas-Rhin), et il débute dans le club de sa ville natale avant d’être repéré par les dirigeants du R.C Strasbourg, l’un des grands clubs français de l’époque. Il y joue trois saisons avant de partir au Toulouse F.C où il évoluera deux années. Il a déjà 25 ans lorsqu’il pose ses bagages à Reims, en 1959, un an après la coupe du monde de 1958 en Suède où la plupart de ses partenaires ont brillé, un an aussi après un doublé coupe – championnat qui met Reims au pinacle du football français. La trilogie Kopa – Fontaine – Piantoni va devenir tétralogie avec lui, joueur adroit, sobre et très technique qui sait distiller des ballons vers les attaquants, ce qu’on appelle aujourd’hui des passes décisives, ou encore « assists » en anglais.

Il est sélectionné en équipe de France cette même année 1959, mais sera vite mis sur la touche par le sélectionneur de l’époque, Henri Guérin. Il remplace néanmoins Kopa lors de la Coupe d’Europe des nations en 1960 où la France est éliminée par la Yougoslavie et il sera sélectionné pour la Coupe du monde en Angleterre, la World cup de 1966 où il ne jouera pas une traître minute.

C’est en 1963 qu’il va devenir un grand d’Espagne, recruté par le Real Madrid où son ami Kopa est déjà passé. C’est le divin chauve, Alfredo Di Stefano – qui l’aurait chaudement recommandé à l’entraîneur de l’époque, Miguel Munoz. Il remporte avec le Real trois championnats et dispute la finale perdue contre l’Inter Milan en 1964. Les supporters des Meringués commencent à l’appeler Don Luciano pour sa prestance et son élégance sur le terrain, en plus de ses qualités footballistiques.

Don Luciano quitte le Real pour le rival de Barcelone en 1965 alors que c’est d’habitude le Real qui recrute les meilleurs joueurs du Barça. Il sera le seul Français à avoir évolué dans les deux clubs les plus huppés d’Espagne. Trois saisons au Real, trois saisons au Barça. Pas de jaloux.

Avec le Barça, une coupe des villes de foire (l’ancêtre de la Coupe Europa après l’UEFA) et la coupe en 1968 contre le Real, mais seulement deux deuxièmes places en championnat (1967 et 1968), à une époque où c’est toujours le Real qui gagne à la fin. Don Luciano redeviendra humblement Lucien Muller pour rejouer à Reims, tombé en deuxième division, en 1968 et il mettra un terme à sa carrière de joueur deux ans plus tard, alors que les Stadistes remonteront en première division, avec des goléadors comme Onnis ou Bianchi, mais c’est une autre histoire.

Muller sera aussi l’entraîneur du Barça à la fin des années 1970, de même qu’il sera celui de l’A.S Monaco au milieu des années 1980 après avoir entraîné quantité de clubs espagnols (Castellon, Burgos, Saragosse, Majorque), mais on se souviendra d’un beau joueur, fin et précis, maître artisan du football champagne avant le foot sangria.

François Soltys est moins connu que son ancien partenaire, décédé quasiment le même jour de janvier. J’ai le souvenir d’un joueur vif et alerte, buteur à ses heures. Il jouera au Stade de Reims entre 1961 et 1964, remportant un titre de champion de France en 1962, on l’a dit.

N’ayant pas eu l’heur de se voir ouvrir une fiche Wikipédia (alors que moult baltringues ont cet insigne honneur), les informations sur ce joueur ne sont pas pléthoriques. Disons que j’en parle ici car j’ai en mémoire un joueur attachant, fidèle et utile à l’équipe, mais dont le patronyme n’aura pas laissé de grandes traces dans la mémoire des supporters, surtout 60 années après sa période d’activité.

« Le Stade de Reims a été attristé d’apprendre la disparition de François Soltys à l’âge de 85 ans. Rémois de 1961 à 1964, l’attaquant avait été sacré Champion de France en 1962, aux côtés de Lucien Muller. » Voilà ce qu’on pouvait lire sur le site du Stade de Reims, en guise d’hommage un peu expéditif. Pas vraiment une biographie.

Pourtant, Soltys remplace peu à peu Roger Piantoni dans l’équipe type du Stade de Reims. L’ancien de 1958, meilleur joueur de l’équipe de France en Suède de l’avis des spécialistes, une sorte de Puskas français, se remettra difficilement d’une blessure au genou en 1959, lors d’un match France-Bulgarie. Cela affectera sa carrière et il sera diminué durant les trois saisons suivantes. Il convient de préciser que ce genre de pépins à l’époque mettait souvent un terme anticipé à la carrière d’un joueur. La médecine sportive a fait de grands progrès depuis lors.

Les malheurs de Piantoni, qui quittera Reims en 1964, l’année de la relégation, pour signer chez les Aiglons niçois avant une bref passage comme entraîneur à Carpentras et une plus longue carrière de consultant sur Europe 1 aux côtés de Fernand Choisel ou d’Eugène Saccomano, feront le bonheur de François Soltys qui héritera du prestigieux numéro 10 du Stade de Reims en attendant le retour en forme du beau Roger.

C’est en tout cas Soltys, on l’a dit, qui sera titulaire au poste lors de la saison du sixième titre rémois et c’est lui qui disputera la Coupe d’Europe des clubs champions édition 1962 – 1963. Malheureusement, François Soltys n’aura pas eu la carrière qu’il méritait. Il quitte le Stade de Reims en 1964, l’année de la relégation donc, pour aller jouer en CFA (Championnat de France Amateur), l’équivalent des divisions nationales d’aujourd’hui, sous les couleurs de l’UMS Montélimar et il y jouera jusqu’en 1973 comme milieu de terrain ; milieu offensif, on ne se refait pas.

On ne sait rien de ce qu’il a fait après sa carrière de joueur, le natif de Montceau-les-Mines s’étant fondu dans l’anonymat le plus strict. On apprend juste qu’il est décédé à l’âge de 86 ans à Saint-Lattier (Isère) et que sa crémation a eu lieu à Beaumont-les-Valence (Drôme). C’est peu mais il reste les souvenirs d’un gamin qui rêvait de gloire footballistique en voyant évoluer des joueurs comme Soltys dans les résumés télévisés des matchs du dimanche dans l’édition du midi du journal télévisé de l’ORTF, ou plus rarement lors d’un match diffusé dans le Télé dimanche de Raymond Marcillac. Les anciens s’en souviennent.

Lucien « Don Luciano » Muller, l’Alsacien devenu grand d’Espagne, et François Soltys, l’obscur Bourguignon passé du grand Reims à un modeste club amateur de la Drôme. Le gamin que j’étais ne les oubliera jamais.

La crise de l’arbitrage la fois prochaine avant la Coupe du monde 2026 aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Peut-être seulement aux USA, si Trump a avalé ses voisins entre temps, ce qui reste à présent dans le domaine du possible…

2 février 2026

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