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L’ONCLE SAM ET SA BASSE-COUR

Pas d’inquiétudes les Grolandais, Trump n’a pas de prétentions sur votre Présipauté. C’est pas Groland, c’est Groenland !

Sous l’effet de la montée de l’altermondialisme dans les années 1990 et 2000, la plupart des états d’Amérique latine et centrale se dotaient de gouvernements de gauche (ou de centre-gauche), poussés par des révoltes unissant peuples premiers des campagnes et mouvements sociaux des villes. La théorie des dominos, cette terreur de Washington, épousait les contours du réel. Avec Trump et son implication militaire et financière dans le cône sud, on assiste à un retournement avec de constants retours à droite sous la pression du grand frère américain. La doctrine Monroe (l’Amérique du Sud sous domination états-unienne), est de retour et les pays qui avaient pris goût à l’émancipation se retrouvent à nouveau vassalisés sous la bannière étoilée de l’oncle Sam.

C’était le temps des forums sociaux mondiaux à Porto-Alegre et où le mouvement altermondialiste triomphait à Seattle en tenant la dragée haute aux États, aux multinationales et aux institutions de la mondialisation libérale (OMC, Banque mondiale et FMI). Un continent en particulier allait devenir le terrain privilégié de toutes ces luttes et de toutes ces utopies : l’Amérique latine.

Même si on assistait, en 2000, avec l’Argentine post-fasciste à la première faillite d’état, d’autres pays naguère gouvernés par des dictatures militaires aidées par le Pentagone et la CIA s’ouvraient à des politiques économiques tournant le dos au libéralisme, accompagnées de mesures sociales ambitieuses.

Pour rappel, dans les années 1960 et 1970, les trois plus grands pays du Cône sud succombaient à des dictatures d’extrême-droite : le Brésil,de Vargas puis de Geisel (1964), le Chili de Pinochet (1973) et l’Argentine de Videla (1976), sans parler du Paraguay de Stroessner, de l’Uruguay de Bordaberry ou de la Bolivie de Banzer. L’horreur a tous les étages avec le redoutable plan Condor qui unissait la majorité de ces pays dans l’abjection avec torture et liquidation des opposants et des dissidents selon des méthodes expérimentées par l’armée française en Algérie. Pas un hasard si un personnage comme Aussaresses aura été l’un des conseillers de ces grands humanistes. Ce massacre de grande ampleur sera largement financé par les États-Unis et en partie orchestré par la CIA au nom de la fameuse doctrine Monroe.

James Monroe fut le cinquième président des États-Unis (1817 – 1825), et sa théorie a été déterminante dans la naissance de l’impérialisme américain. Il s’opposait notamment à toutes actions des Européens en Amérique du Sud, considérant ce continent comme la chasse gardée – l’arrière-cour – des États-Unis. En contrepartie, Monroe promettait de ne pas intervenir dans les affaires européennes, mais la doctrine aura son corollaire avec Teddy Roosevelt qui en fera la théorie de l’impérialisme. Les premiers effets de cette doctrine se faisaient sentir au Mexique et dans toute l’Amérique centrale avec des guerres expansionnistes américaines et des territoires gagnés comme Porto Rico ou le Texas.

Mais la doctrine Monroe, par extension, s’est propagée dans tous les coins du monde, en Océanie et en Asie avec la « destinée manifeste » des États-Unis. Seule l’Afrique restera la chasse gardée des Européens. La doctrine tend à se confondre avec l’impérialisme d’un pays expansionniste et belliqueux. Mais tout va pourtant basculer au tournant du XX° siècle.

Le Brésil de Lula, l’Équateur de Rafael Correa, la Bolivie d’Evo Morales, le Venezuela de Hugo Chavez et, un peu plus tard, l’Uruguay de Pépé Mujica et le Pérou de Ollanta Humala. Quand ils ne se situent pas résolument à gauche, la plupart des gouvernements latino-américains sont sociaux-démocrates avec les Kirchner en Argentine ou Michèle Bachelet au Chili, sans parler d’un Daniel Ortega au Nicaragua, qui tournera mal. Si plusieurs pays ne cèdent pas au vent nouveau de la redistribution des terres et de la lutte contre l’oligarchie tels la Colombie ou le Mexique, le tournant est pris et c’est presque tout un continent qui s’émancipe des gouvernements autoritaires ou libéraux.

La parenthèse enchantée n’aura duré que quelques années et, assez vite, les alternances favorisent le retour à la normale, à des affairistes ou à des militaires aux commandes.

Des divisions au sein des différents partis de gauche, des rivalités entre leaders, des mouvements sociaux très revendicatifs, des peuples premiers se sentant peu respectés, le jeu trouble de la diplomatie américaine, une bourgeoisie arrogante et ses médias aux ordres… Tout cela a contribué à la défaite de ces coalitions de gauche, mais le pire est peut-être sur le plan économique l’incapacité à se déprendre des économies extractivistes qui, certes, ont favorisé la redistribution mais ont aussi condamné la plupart de ces pays à la stagnation, voire à la récession avec des économies en souffrance.

Dans un fort article du Monde Diplomatique (janvier 2026), Christophe Ventura, spécialiste de l’Amérique latine, nous fait la liste de ces basculements de la gauche vers la droite et nous en explique les raisons où, là encore, les gouvernements États-uniens en général et Trump en particulier ont leur part de responsabilité, à l’heure où des navires de guerre U.S croisent dans la mer des Caraïbes pour faire la guerre à la drogue avec le Venezuela de Maduro en point de mire, à portée de canons.

Déjà en 2009, sous Obama, le président Hondurien Zelaya, plutôt de gauche, avait dû faire ses bagages pour le Brésil. Un coup d’état militaire avec la complicité des États-Unis. Ce n’était que le début.

Au Honduras justement, où des élections viennent d’avoir lieu remettant la droite au pouvoir après que la gauche soit retournée un temps aux affaires. Trump a appuyé la candidature de Nasry « Tito » Astura, du Parti National et l’a fait savoir sur son réseau Truth social. Il a aussi menacé de couper les vivres au Honduras si son candidat ne gagnait pas. Les fonds transférés par les migrants à leurs familles n’arriveraient plus et Tito est élu bien que ses opposants ne reconnaissent pas sa victoire.

Ingérence ? Celle-ci se fait au grand jour ce qui n’était pas le cas lorsque Henry Kissinger avait provoqué la chute de Salvador Allendé en laissant ITT boycotter le cuivre chilien et la CIA organiser la grève des camionneurs. « Je ne vois pas pourquoi nous devrions laisser un pays devenir marxiste simplement parce que sa population est irresponsable », avait dit Dear Henry. Les Chiliens d’aujourd’hui se sont montrés responsables en élisant un fan de Pinochet – José Antonio Kast  – aux dépens d’une candidate communiste d’unité, ce après un mouvement social historique avec des étudiants en première ligne en 2011 et la victoire de Gabriel Boric en 2022. Une victoire à la Pyrrhus, puisque son projet de nouvelle constitution sera refusé dans les urnes. La constitution de Pinochet et de ses Chicago boys continuera donc à s’appliquer.

Après avoir imaginé et effectué toutes les crasses possibles à Cuba, toujours sous le joug des sanctions américaines, l’armada navale de Trump stationne un peu plus loin, au Venezuela où il s’agit de démettre Nicolas Maduro dont les jours seraient comptés. Des bateaux de pêche sont bombardés et la CIA s’emploient à intervenir sur le territoire. Le prétexte est que ce pays serait le carrefour du trafic international de cocaïne. Trump, pour la petite histoire, a gracié l’ex président du Honduras condamné à 45 ans de prison pour trafic de drogue, deux poids deux mesures. La Colombie, elle, n’est pas visée et le principal fléau, le Fentanyl, se fabrique au Mexique. Mais qu’importe, haro sur Cuba et le Venezuela, même si ces pays réputés « de gauche » ne font pas grand cas de la démocratie et des libertés. Pour succéder à Maduro, la prix Nobel de la paix 2025, Madame Maria Corina Machado, se tient prête. N’a-t-elle pas dédié son prix à Trump ?

Javier Miléi, l’homme à la tronçonneuse et libertarien d’extrême-droite, a aussi bénéficié des largesses de Trump qui menaçait d’arrêter de verser les milliards de dollars d’aides au pays en cas de victoire des néo-Péronistes. Sans parler des mesures commerciales, taxes et « tariffs », le mot préféré de Trump.

Pour le Mexique, c’est la menace de retrait de l’AEUMC, un accord commercial également signé par le Canada qui préserve le pays des taxations « à 50 % » qu’affectionne le Potus, mais Claudia Sheinbaum, la présidente socialiste féministe est aussi dans le viseur. Le Fentanyl servira-t-il de prétexte à une guerre à la drogue de type vénézuélien ? Le Mexique et ses immigrés ne perd rien pour attendre.

Le Brésil de Lula est, lui, massacré par les taxes par un Trump qui regrette son ami Bolsonaro duquel il a demandé la libération en vain. Mais le Brésil et le Mexique sont des poids lourds en Amérique latine et la domination est plus facile avec des pays comme la Colombie, tombée miraculeusement à gauche avec Gustavo Petro, le prochain sur la liste à subir les foudres de la marine américaine. Les États-Unis, d’après le corollaire Roosevelt (Théodore) qui fait suite à la doctrine Monroe, n’ont-ils pas le droit d’exercer un pouvoir de police internationale dans le sous-continent ?

On ne parle même pas des revers subis par les présidents de Bolivie ou d’Équateur, ces symboles de la gauche altermondialiste, remplacés par des régimes autoritaires à forte teneur idéologique, là où on avait surtout des hommes d’affaire aux commandes..

On ne parle même pas de l’Amérique centrale : Honduras on l’ a dit, mais aussi Guatemala, Guyana, Panama, Costa Rica, République Dominicaine et le Salvador de Bukele, criminel qui applique avec zèle les consignes anti-immigration de l’administration Trump.

Aux raisons déjà invoquées de ces revers constants de la gauche latino-américaine, Ventura y ajoute la rivalité entre les États-Unis et la Chine dans la course aux terres rares et aux matières premières. Il y voit aussi l’échec des gouvernements de gauche contre la criminalité et le recul des politiques publiques généreuses après la crise de 2008 et la période du Covid.

De nouvelles élections courant 2026 au Costa Rica , au Pérou, au Brésil et en Colombie en diront plus sur la pérennité (ou non) du phénomène de droitisation aggravé par le chantage trumpiste, mais on ne peut que craindre le retour d’une droite dure au Brésil et en Colombie. Le retour de Bolsonaro ? Naguère inimaginable mais plus impossible depuis que Trump, solidaire car accusé des mêmes accusations que lui (tentative de coup d’état) a pris fait et cause pour lui.

L’Amérique latine des Bolivar, Zapata, Pancho Villa, Guevara et autres Castro, cette Amérique du romantisme révolutionnaire, n’aurait plus qu’à abdiquer sous les dollars, les propriétaires « compradores », les affairistes et les cartels, avec l’appui d’Oncle Sam et des militaires locaux.

Si loin de Dieu et si près des États-Unis, comme disait Nemero Garcia Naranjo.

29 décembre 2025

PS : ces lignes ont été écrites avant le coup de force trumpien au Venezuela. Rien à modifier.

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VINGINCES 8DAGONNETJ’avais écrit ça en à peine trois mois, en écrivain du dimanche. J’avais commencé un lundi, après un week-end avec des amis où on avait passé notre temps à picoler et à se raconter entre deux fous rires des anecdotes et des souvenirs communs sur nos années passées à Paris, dans les années 70. J’allais avoir 30 ans et je m’étais réveillé la bouche pâteuse et la gueule de bois avec un sentiment de vide et de mélancolie qui exigeait, nécessité intérieure, que je me mesure à la page blanche, sous la tutelle supposée bienveillante de tous les auteurs que j’admirais. Ça s’appelait Réverbérations (d’après le titre d’un morceau du 13th Floor Elevators, groupe psychédélique texan), sous-titré Passés simples, et se voulait être une chronique des années 60 et 70 à travers l’itinéraire de quelques personnages dont les histoires finissaient par se rejoindre. Un manuscrit de 230 pages qu’il me fallait proposer aux professionnels de la profession, à savoir aux grandes maisons d’édition parisiennes, puisque les quelques éditeurs indépendants dont on m’avait parlé avaient déjà leurs parutions ficelées pour des années. C’est en tout cas ce qu’ils m’avaient tous dit. Mon ami Luc avait été l’un des premiers enthousiasmés par ce roman et il l’avait recommandé, en tant qu’auteur publié de quelques romans sur le Vietnam, à Simone Gallimard, directrice du Mercure de France, du Mercure François, comme disait le Cyrano de Rostand. La dame lui avait fait part de ses réticences, arguant que, si le roman avait des qualités indéniables, son langage jeune et un tantinet démagogique ne permettait pas une publication chez elle. À moins de revoir le manuscrit, sans donner la moindre indication pour ce faire. « Un bon brouillon », m’avait dit Luc, qui semblait d’accord avec elle, mais un brouillon quand même qu’il s’agissait de retravailler pour lui donner une forme publiable correspondant aux critères exigeants de l’édition. Je ne voyais pas trop par quoi commencer et les bras m’en tombaient lorsque je me mettais à retravailler, comme ils disaient, sans savoir exactement ce qu’il y avait à modifier. J’envoyais donc mon manuscrit tel quel chez les principaux éditeurs. Une dizaine de copies étaient tapies dans un grand sac de sport et j’arpentais le quartier de l’Odéon en frappant aux portes des doges de la république des lettres, de ceux qui décidaient si vous étiez un auteur digne d’être publié ou un écrivaillon condamné à n’écrire que pour ses tiroirs. Humble mortel, j’avais l’audace de m’en remettre au jugement des dieux et je ne fus pas déçu, recevant les unes après les autres des lettres de refus stéréotypées avec toujours les mêmes formules hypocrites. Un bon livre assurément, mais qui ne correspondait à aucune de leurs collections, ou qui n’avait pas reçu la majorité des avis positifs du comité de lecture avec des « malheureusement » à longueur de bras et des encouragements pour la suite. J’en étais venu à les collectionner. Ne voulant pas rester sur un échec, j’en avais commencé un autre, Les journées de plomb (en référence aux années de plomb italiennes), dans un genre différent. Un retraité que j’avais baptisé Adrien Ménard et qui passait son temps à aller aux putes et à supporter un club de football. L’intrigue, assez mince, tournait autour de son fils, gibier de psychiatrie mêlé à une tentative d’enlèvement d’un patron de choc. Quelque chose en phase avec la montée du Front National et les exploits d’Action Directe. Même punition, avec des lettres de refus en pagaille, pile trois mois après mes envois. On ne s’embarrassait même plus de formules de politesse et de petits mots de consolation. Le roman n’était tout simplement pas convaincant, faute d’une intrigue solide qui seule aurait pu lui donner de la consistance. J’avais fait appel à un haut placé de la CFDT qui connaissait du monde dans la maison d’édition proche du syndicat et il n’avait même pas daigné recommander mon manuscrit, pas convaincu lui non plus. Sauf que lui, je ne le savais pas critique littéraire. Déçu dans mes ambitions du même nom, je décidais d’en rester là quand mon ami Luc m’adressa une publicité émanant de la société Icare, qui se faisait fort de relire et de corriger les manuscrits qu’elle estimait publiables et, par ses relations avec les éditeurs, de les faire éditer moyennant quelques retouches sur la base de leurs précieux conseils. Tout cela évidemment moyennant aussi finance, car leurs services n’étaient pas gratuits, va sans dire. J’avais pris rendez-vous avec Yves Dagonnet, le directeur de ladite société. Dans les bureaux d’Icare, deux pièces obscures dans un immeuble de rapport du quartier latin. Dagonnet était un grand barbu débonnaire et volubile, avec un gros nez et un regard franc. Il verrait ce qu’il pouvait faire pour mon manuscrit, mon enfant de papier qui l’appelait au secours. Sa secrétaire, une jeune femme accorte au décolleté provoquant, nous servit le champagne et nous trinquâmes à ma réussite. Quinze jours plus tard, Dagonnet me renvoyait mon manuscrit avec ses propositions de réécriture, ses recommandations. Une dizaine de feuillets tapés à la machine où, chapitre par chapitre, paragraphe par paragraphe et ligne par ligne, il me proposait ses reformulations et ses corrections. Il me demandait également un chèque de 6000 francs pour ce travail avec l’assurance que, à condition de me conformer à ses prescriptions, le manuscrit serait publié dès la rentrée. Je profitais de quelques jours de vacances début juin pour revoir le manuscrit, en respectant les consignes. Avec les coupes, les conseils de réécriture pour certains passages, les innombrables notes en bas de page et les explications sur tout ce qui concernait les faits et les personnages de l’époque ; mon roman me paraissait formaté, banalisé, appauvri. Les 230 pages étaient passées à 300 mais j’avais la douloureuse impression d’avoir affadi une histoire qui perdait beaucoup de son intérêt, avec un approfondissement psychologique des personnages et des tas de précisions redondantes.

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