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COUPE DU MONDE AU QATAR : DÉSASTRE ÉCOLOGIQUE ET SOCIAL

Le logo de la coupe du monde au Qatar. Comprenne qui peut, ce qui est un comble pour un logo.

On ne parle plus que de ça dans la planète foot. Le Mondial du Qatar qui aura lieu entre la mi-novembre et la mi-décembre. Les calendriers des championnats nationaux en sont bouleversés, avec, en France, la prolongation des joutes fin décembre et un « boxing day » comme en Angleterre. Fallait-il confier l’événement aux émirs qataris et à leur royaume d’opérette ? Au prix de vies humaines et des pires conditions sociales pour des esclaves venus du monde arabe mais aussi d’Afrique et d’Asie. Un premier article sur ce qui s’annonce le pire Mondial de l’histoire (après l’Argentine en 1978), où on aborde à la fois les dimensions politiques et sportives, un peu quand même…

Cette coupe du monde au Qatar était déjà marquée du signe de la corruption, avec des représentants de différentes confédérations (la Concacaf notamment, Amérique centrale et du nord) qui ont été accusés d’avoir reçu des sommes rondelettes, des pots de vin autant dire, pour faire gagner les Qataris contre quatre autres pays candidats à l’organisation (Corée du Sud, Japon, Australie et États-Unis). Blatter, Infantino, Platini et tous les dirigeants des instances internationales ont poussé à la roue avec des lobbyistes de choc parmi les grands amis des émirats, Sarkozy en tête.

D’autant plus contestable que le Qatar, sans lui faire injure, n’est pas un pays de football et que son équipe nationale a été qualifiée d’office sans jouer, ce qui est la tradition. Sauf que le Qatar, contrairement à l’Arabie Saoudite ou les Émirats Arabes Unis, n’avait quasiment pas d’infrastructures sportives avec un championnat des plus discrets. On a bien compris que l’intérêt était géopolitique et qu’il s’agissait d’inscrire les Émirats, et plus largement le Moyen-Orient, sur la carte du football. En plus des droits télévisés évidemment pour un marché estimé à 3,2 milliards de téléspectateurs.

Il était hors de question de faire jouer les matchs sous le cagnard insupportable de juin ou juillet, et le tournoi se déroulera donc à la fin de l’automne, du 21 novembre au 18 décembre. Une période qui va perturber les championnats nationaux dans le reste du monde, avec une interruption de près d’un mois qui devra être récupérée durant la trêve hivernale, laquelle sera raccourcie d’autant.

Pour les joueurs et les entraîneurs de ces championnats, c’est un vrai crève-cœur qui va aussi perturber les organismes, nuire aux performances et faire des coupes européennes un véritable casse-tête organisationnel doublé d’un marathon. On craint aussi les méformes et les blessures liées à ce calendrier démentiel dont on ne verra la fin qu’en juin 2023.

Un désastre social, puisqu’il a fallu construire au plus vite les stades de 50 .000 places minimum qui verront s’affronter les équipes. Deux stades rénovés, un à Doha et un autre à El Rayyan, mais 6 nouveaux stades qu’il a fallu faire sortir de terre dans des délais contraints : trois à Doha, la capitale, un à Al Wakrah, un à Lusail et un à Al Khor. Des chantiers de la mort qui ont vu affluer des travailleurs immigrés d’Asie et du Moyen-Orient avec des salaires non versés, des brimades, des coups et, pire, des morts .

Les officiels qataris admettent 37 décès dus à des accidents de travail depuis 2010 et le début des chantiers. Le quotidien anglais de référence, The Guardian, parle lui, après une enquête minutieuse, de 6500 morts au travail en 12 ans, des chiffres repris par l’Équipe. On ne dira pas que la vérité se situe au milieu compte tenu des chiffres dérisoires concédés par le Qatar.

Un désastre sociétal où les homosexuels sont mis au ban quand ils ne sont pas criminalisés – jusqu’à la peine de mort pour celles et ceux de confession musulmane – et les femmes toujours considérées comme des mineures attardées ayant besoin d’un grand frère ou d’un mari pour les activités les plus quotidiennes. À ce titre, le prince Joaan Bin Hamad Al Thani aurait refusé de saluer les arbitres femmes et les tenues des supportrices seront validées par des autorités qui ne toléreront pas la moindre fantaisie.

Un désastre écologique enfin, avec des grands travaux ayant nécessité une énergie colossale sur des étendues désertiques gagnées par l’immobilier. En plus, ce sont des norias d’avions qui devront parcourir des milliers de kilomètres dans un sens et dans l’autre. Les chaleurs étouffantes, même à cette période de l’année, rendront l’utilisation de la climatisation obligatoire dans les hôtels, les aéroports et tous les lieux de résidence. En plus, les problématiques de l’énergie, du gaz et du pétrole vont sûrement s’inviter pour ajouter à l’impopularité de l’événement. Et on aborde même pas la question de l’eau dans une région en quasi stress hydrique.

Une performance économique en revanche, avec des milliards de dollars engagés et des sponsors comme Adidas, Mc Donald’s, Hyundai, Coca Cola, Visa, Budweiser… Et on en passe, plus bien sûr Qatar Airways et Qatar Energy, les régionaux de l’étape. On compte aussi une entreprise spécialisée dans les crypto-monnaies, pour dire qu’on est décomplexés par rapport au capitalisme international. Mais qui en doutait ?

Qu’on s’entende bien, on est pas spécialement anti-Qatari ou anti-émirats, et on comprend que des dirigeants internationaux aient voulu considéré ces pays comme des terres de mission. Il est loin le temps où un Thierry Roland s’offusquait des décisions d’un arbitre tunisien du simple fait qu’il ne venait pas d’un « grand pays de football ». Non, on retient les conditions iniques d’attribution et les conditions sociales et écologiques désastreuses qui sous-tendent ce choix.

On reviendra dans une prochaine édition sur le plan sportif et on se contentera ici d’un bref passage en revue des concurrents. La Russie a été évincée de la compétition pour cause de guerre Ukraine – Russie (le résultat définitif n’est pas connu à l’heure où j’écris ces lignes).

Les équipes européennes devraient se tailler la part du lion, même si – énorme surprise – la Squadra Azura, pourtant vainqueur de l’Euro 2021, n’a pu se qualifier, éliminée par la modeste équipe de la Macédoine du nord en barrages. Sinon, on retrouvera les grands d’Europe : l’Espagne de Pedri, l’Angleterre de Grealish, la Croatie de Modric, l’Allemagne – même si ce n’est plus la Manschaft d’antan – de Gündogan, les Pays-Bas de Dupay, la Belgique de De Bruyne et le Portugal de CR7. Plus des équipes qui ont surpris ces derniers temps comme le Danemark ou le Pays de Galles (de Gareth Bale).

Et la France ? Son sort est lié à celui du Danemark justement, et ce n’est pas très rassurant si on considère la récente élimination en coupe des confédérations avec défaite contre les Vikings. Il y aura aussi la Tunisie et l’Australie, ce qui devrait au moins garantir une place en 1/8° de finale, mais l’équipe de France, après sa victoire en coupe du monde en 2018, régresse, comme en témoignent le raté de l’Euro (élimination en 1/4 contre la Nati suisse) et la piteuse prestation de la coupe des fédérations en juin dernier. Il faut souvent un M’Bappé en superforme pour éviter la contre-performance, et bien des joueurs dont on chantait les louanges n’ont pas confirmé sur la durée. Varane décline comme Griezman et Giroud, N’Golo Kanté et Pogba ne se remettent pas de leurs blessures et les frères Hernandez et Pavard n’ont plus la vista d’antan. Quant à la relève (Guendouzi, Tchouameni, Nkunku…) elle est encore incertaine. Restent Kimpembe, Rabiot ou Benzéma, quand même ! Nécessaires certes, mais suffisants ?

L’Amérique du sud pourra compter sur ses valeurs sûres : le Brésil bien sûr, avec un renouvellement constant de ses joueurs d’exception, et l’Argentine, même si Messi a fait ses adieux à l’équipe nationale et que la tradition défensive de l’Albiceleste l’empêche souvent de se hisser au sommet.

Pour l’Afrique noire, qui attend sa première coupe du monde, on attend beaucoup du Cameroun et du Sénégal (les Éléphants de Côte d’Ivoire et les Aigles du Nigeria sont absents, en plus des Fennecs algériens). Peut-être une surprise avec le Ghana, ou un pays du Maghreb, Maroc ou Tunisie ? Qui sait ? Il n’y a plus de petites équipes, dit-on, le problème est aussi qu’il n’y en a plus vraiment de grandes.

On se gardera bien de tous pronostics de toute façon, tant les matchs sont de plus en plus serrés et tiennent de plus en plus à une erreur d’arbitrage, un fait de jeu (comme on dit) ou une séance de tirs au but. La noble incertitude du sport, dira-t-on, mais on préférait le temps où des équipes dominaient le tournoi de par leur classe et leur sens du jeu. C ‘était il y a très longtemps…

Alors on regardera sans doute encore, comme on le fait depuis près de 60 ans, mais tout cela n’a plus le même goût ni la même saveur, alors que seront surexposés les aspects les plus mercantiles, marchandisés et spectaculaires du football  moderne.

En 1978, beaucoup d’intellectuels français s’étaient mobilisés contre la coupe du monde en Argentine, sous le regard des généraux sanguinaires de la clique de Jorge Videla. On ne perçoit pas une telle mobilisation chez nos consciences d’aujourd’hui. Peut-être parce qu’on en a déjà tant vu et que plus rien ne nous choque . Et puis, chez nos intellectuels médiatisés, l’ennemi est plus au Venezuela, à Cuba ou en Russie que dans les Émirats, ces confettis de l’empire devenus des centres financiers internationaux. Une triste époque qui fournit de bien piètres intellectuels et un bien piteux football. Mais on le répète, on regardera quand même, aliéné qu’on est.

Compte à rebours pour le football des sables et le Mondial du désert. Inch Allah !

8 juillet 2022

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VINGINCES 8DAGONNETJ’avais écrit ça en à peine trois mois, en écrivain du dimanche. J’avais commencé un lundi, après un week-end avec des amis où on avait passé notre temps à picoler et à se raconter entre deux fous rires des anecdotes et des souvenirs communs sur nos années passées à Paris, dans les années 70. J’allais avoir 30 ans et je m’étais réveillé la bouche pâteuse et la gueule de bois avec un sentiment de vide et de mélancolie qui exigeait, nécessité intérieure, que je me mesure à la page blanche, sous la tutelle supposée bienveillante de tous les auteurs que j’admirais. Ça s’appelait Réverbérations (d’après le titre d’un morceau du 13th Floor Elevators, groupe psychédélique texan), sous-titré Passés simples, et se voulait être une chronique des années 60 et 70 à travers l’itinéraire de quelques personnages dont les histoires finissaient par se rejoindre. Un manuscrit de 230 pages qu’il me fallait proposer aux professionnels de la profession, à savoir aux grandes maisons d’édition parisiennes, puisque les quelques éditeurs indépendants dont on m’avait parlé avaient déjà leurs parutions ficelées pour des années. C’est en tout cas ce qu’ils m’avaient tous dit. Mon ami Luc avait été l’un des premiers enthousiasmés par ce roman et il l’avait recommandé, en tant qu’auteur publié de quelques romans sur le Vietnam, à Simone Gallimard, directrice du Mercure de France, du Mercure François, comme disait le Cyrano de Rostand. La dame lui avait fait part de ses réticences, arguant que, si le roman avait des qualités indéniables, son langage jeune et un tantinet démagogique ne permettait pas une publication chez elle. À moins de revoir le manuscrit, sans donner la moindre indication pour ce faire. « Un bon brouillon », m’avait dit Luc, qui semblait d’accord avec elle, mais un brouillon quand même qu’il s’agissait de retravailler pour lui donner une forme publiable correspondant aux critères exigeants de l’édition. Je ne voyais pas trop par quoi commencer et les bras m’en tombaient lorsque je me mettais à retravailler, comme ils disaient, sans savoir exactement ce qu’il y avait à modifier. J’envoyais donc mon manuscrit tel quel chez les principaux éditeurs. Une dizaine de copies étaient tapies dans un grand sac de sport et j’arpentais le quartier de l’Odéon en frappant aux portes des doges de la république des lettres, de ceux qui décidaient si vous étiez un auteur digne d’être publié ou un écrivaillon condamné à n’écrire que pour ses tiroirs. Humble mortel, j’avais l’audace de m’en remettre au jugement des dieux et je ne fus pas déçu, recevant les unes après les autres des lettres de refus stéréotypées avec toujours les mêmes formules hypocrites. Un bon livre assurément, mais qui ne correspondait à aucune de leurs collections, ou qui n’avait pas reçu la majorité des avis positifs du comité de lecture avec des « malheureusement » à longueur de bras et des encouragements pour la suite. J’en étais venu à les collectionner. Ne voulant pas rester sur un échec, j’en avais commencé un autre, Les journées de plomb (en référence aux années de plomb italiennes), dans un genre différent. Un retraité que j’avais baptisé Adrien Ménard et qui passait son temps à aller aux putes et à supporter un club de football. L’intrigue, assez mince, tournait autour de son fils, gibier de psychiatrie mêlé à une tentative d’enlèvement d’un patron de choc. Quelque chose en phase avec la montée du Front National et les exploits d’Action Directe. Même punition, avec des lettres de refus en pagaille, pile trois mois après mes envois. On ne s’embarrassait même plus de formules de politesse et de petits mots de consolation. Le roman n’était tout simplement pas convaincant, faute d’une intrigue solide qui seule aurait pu lui donner de la consistance. J’avais fait appel à un haut placé de la CFDT qui connaissait du monde dans la maison d’édition proche du syndicat et il n’avait même pas daigné recommander mon manuscrit, pas convaincu lui non plus. Sauf que lui, je ne le savais pas critique littéraire. Déçu dans mes ambitions du même nom, je décidais d’en rester là quand mon ami Luc m’adressa une publicité émanant de la société Icare, qui se faisait fort de relire et de corriger les manuscrits qu’elle estimait publiables et, par ses relations avec les éditeurs, de les faire éditer moyennant quelques retouches sur la base de leurs précieux conseils. Tout cela évidemment moyennant aussi finance, car leurs services n’étaient pas gratuits, va sans dire. J’avais pris rendez-vous avec Yves Dagonnet, le directeur de ladite société. Dans les bureaux d’Icare, deux pièces obscures dans un immeuble de rapport du quartier latin. Dagonnet était un grand barbu débonnaire et volubile, avec un gros nez et un regard franc. Il verrait ce qu’il pouvait faire pour mon manuscrit, mon enfant de papier qui l’appelait au secours. Sa secrétaire, une jeune femme accorte au décolleté provoquant, nous servit le champagne et nous trinquâmes à ma réussite. Quinze jours plus tard, Dagonnet me renvoyait mon manuscrit avec ses propositions de réécriture, ses recommandations. Une dizaine de feuillets tapés à la machine où, chapitre par chapitre, paragraphe par paragraphe et ligne par ligne, il me proposait ses reformulations et ses corrections. Il me demandait également un chèque de 6000 francs pour ce travail avec l’assurance que, à condition de me conformer à ses prescriptions, le manuscrit serait publié dès la rentrée. Je profitais de quelques jours de vacances début juin pour revoir le manuscrit, en respectant les consignes. Avec les coupes, les conseils de réécriture pour certains passages, les innombrables notes en bas de page et les explications sur tout ce qui concernait les faits et les personnages de l’époque ; mon roman me paraissait formaté, banalisé, appauvri. Les 230 pages étaient passées à 300 mais j’avais la douloureuse impression d’avoir affadi une histoire qui perdait beaucoup de son intérêt, avec un approfondissement psychologique des personnages et des tas de précisions redondantes.

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