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BALLONS ROUGES (2)

Della Negra, héros de la résistance et footballeur, icône du Red Star.

L’Europe pour ce second volet des ballons rouges, ou des clubs pas tout-à-fait comme les autres qui ont toujours porté haut les valeurs de la gauche, combattant avec leurs modestes moyens le football fric et le sport spectacle. Livourne en Toscane, Sheffield Wednesday dans le Yorkshire sud, Sankt Pauli en Allemagne hanséatique et le Red Star chez nous. La liste n’est peut-être pas exhaustive, mais les quatre clubs présentés ici auront défendu l’honneur et la mémoire d’un football dont les origines prolétaires ont été bien oubliées aujourd’hui.

On a déjà parlé du Red Star dans une précédente chronique et on se contentera ici de rappeler deux ou trois choses qui concernent son actualité. Son actualité et son histoire.

La triste actualité d’abord, avec le rachat du club l’année dernière par un fond de pension américain, 777 Partners avec le gestionnaire Patrice Haddad à la tête du club. L’ex joueur de Marseille Habib Beye en est l’entraîneur mais les résultats sont décevants et le club se traîne en National malgré les renforts des ex Angevins, l’attaquant Cheik N’Doye et le gardien Ludovic Butelle et de l’ex défenseur rémois Doucouré. Pas suffisant pour revoir briller l’étoile rouge.

La glorieuse histoire ensuite avec ce livre (1) sur ce joueur résistant du Red Star, Rino Della Negra, dribbleur incomparable des Audoniens pendant la guerre et parallèlement activiste et résistant au sein des FTP / MOI de Missak Manouchian. Il sera fusillé au fort du Mont Valérien le 21 février 1944. Pour qu’on ne l’oublie pas.

L’A.S Livourne est connu dans toute l’Italie comme un club communiste. Les supporters des Amaranti (maillot bordeaux et short blanc) n’ont d’ailleurs pas le communisme si peu que ce soit revu et corrigé par les évolutions de la société et des rapports de force en son sein.

Ils refusent en bloc le « révisionnisme » en se revendiquant de la tétralogie Lénine, Staline, Mao et Castro et disent soutenir ceux d’entre eux qui écrivent sur les murs des slogans tels que « Vive Staline ! », n’y voyant aucune provocation.

Une interview sur leur site critique vertement Refondation Communiste (ex PCI), taxés de révisionnisme et de défaitisme : « Ils [les militants de Refondation] se disent fréquemment proches des étudiants de Tien A Men et du communisme hérétique de Trotski. Cela veut dire que nous jouerons le rôle de chars et d’agents du NKVD » (sic) ! En bref, des Staliniens purs fruits qui n’ont sûrement pas été tenus informés des crimes de Staline, pas plus de ceux de Mao ou de Castro, et pour qui la chute du mur de Berlin doit relever de la propagande occidentale.

Sur le plan sportif, l’A.S Livourne, depuis sa création, n’a guère connu que la Série B ou la Série C, et on note juste une dizaine d’années en Série A de 1939 à 1949. Mais Livourne est remonté en Série A en 2004 avec des joueurs de talent comme les attaquants Igor Protti puis Cristiano Lucarelli, international italien dont les engagements en faveur du communisme international ont fait les gorges chaudes des quotidiens sportifs.

Lucarelli a écumé des clubs italiens (Pérouse, Cosiensa, Padoue, Atalanta Bergame) avant d’être recruté par Valence juste avant l’époque où les Espagnols disputent deux finales (perdues) en Coupe d’Europe des Clubs champions. Il reviendra en Italie, à Lecce, Torino, Livourne (son club de cœur), Parme et Naples, avec une escapade à l’étranger chez les Ukrainiens du Chakhtar Donetsk. Une carrière bien remplie de joueur, avant celle d’entraîneur à Parme, Catane, Pérouse et Livourne (encore).

Autres grands noms passés par Livourne, l’Intériste Armando Picchi ou la tour de défense de la Juventus et de la Squadra Azzurra Georgio Chiellini, et notre Vikaj Dhorasoo, sans oublier comme entraîneur le grand Roberto Donadoni, stratège du grand Milan A.C.

Pour le reste, le club est déclaré en faillite à l’été 2011 et il repart en amateur. Il joue actuellement en Excellence (5° division), et les supporters chantent encore l’hymne à leurs couleurs : L’amaranto è la nostra bandiera.

Les marrons et blancs du F.C Sankt Pauli sont l’autre club de Hambourg, éternels rivaux malheureux du légendaire S.V Hambourg. Sankt Pauli est un quartier chaud de Hambourg, celui de la Ripperbahn et de la Freiheit Strasse, et le club s’est toujours distingué par ses engagements profondément humanistes, antiracistes et, surtout, antifascistes, ce qui n’est pas si évident en Allemagne.

Sankt Pauli renonce à participer au championnat de la zone d’occupation britannique après guerre et évolue en «Oberliga» Nord de 1947 à 1963, disputant une demi-finale en 1948. 1963 est l’année où le championnat est réunifié en Bundesliga pour une compétition à poule unique. Les joueurs de Sankt Pauli n’y accéderont qu’en 1977, année où ils seront relégués malgré une victoire historique chez leurs rivaux du S.V Hambourg. Le club va faire l’ascenseur entre première et deuxième division, n’atteignant son meilleur classement qu’en 1989 (10°) avant nouvelle rechute.

C’est la saison 2011- 2002 qui sera leur année. Remontés en Bundesliga, les joueurs de Sankt Pauli infligent une défaite cinglante au Bayern Munich, tout juste couronné de la coupe intercontinentale. Facétieux, les supporters de Sankt Pauli rebaptiseront leur club « vainqueurs du vainqueur de la coupe intercontinentale ». Ach, touchours l’humour !

Depuis lors, Sankt Pauli n’a plus retrouvé la première division que sporadiquement et a été menacé de faillite en 2003, sauvé par ses supporters et des personnalités qui ont su reconnaître dans le club des valeurs humanistes. Tombés dans les poules régionales, ils se ressaisissent en se stabilisant en deuxième division et affrontent en amical le Celtic de Glasgow pour leur centième anniversaire, en 2010, année où le président Corny Littman, propriétaire de plusieurs cabarets de travestis sur la Ripperbahn, passe la main quand son club réintègre pour la dernière fois la Bundesliga.

À part Chritian Rahn, on serait bien en peine de trouver des joueurs connus à Sankt Pauli, mais leurs supporters sont incontestablement parmi les meilleurs du monde.

L’équipe du Yorshire Sud de Sheffield Wednesday viendra compléter le tableau. Les Chouettes de Sheffield (maillot ciel et blanc rayé et short noir) sont surtout connus dans le monde du football pour leur stade de Hillborough, où a eu lieu la catastrophe lors d’une demi-finale de coupe entre Liverpool F.C et Nottingham Forest, se soldant par des centaines de morts projetés contre les grilles.

C’est l’un des clubs les plus vieux d’Angleterre et son nom vient du Wednesday Cricket Club, un club de cricket s’entraînant tous les mercredis qui avait décidé de créer une section football pour maintenir les liens entre les membres du club en hiver (le cricket ne se joue pas l’hiver).

On connaît aussi Sheffield par ses aciéries et sa population ouvrière et, peut-être encore plus que leurs éternels rivaux de Sheffield United, Wedsnesday incarne l’imprégnation de la culture ouvrière dans le football anglais.

Les lignes du palmarès de Sheffield Wednesday se sont surtout écrites avant-guerre, mais on relève quand même dans la période moderne une seconde place en championnat (1961), deux finales de Cup (1966 et 1993), une Coupe de la ligue en 1991 et une finale de cette même compétition en 1993, décidément leur année. Autant de performances qui leur vaudront des billets pour des compétitions internationales avec un quart de finale en Coupe des Villes de foire en 1962.

Le club joue actuellement en troisième division anglaise, sans grand espoir de retour au plus haut niveau, mais on citera quand même les joueurs emblématiques qui ont foulé la pelouse de Hillborough : le gardien Ron Springett, Chris Waddle, Trevor Francis, Paolo Di Cano, Des Walker ou plus récemment l’avant-centre des Renards de Leicester Jamie Vardy. Côté français, l’ex Monégasque et Marseillais Patrick Blondeau, qui avait été se perdre chez les Chouettes avant d’étrenner le maillot de Watford.

Pas si mal. Pas aussi bien que les rivaux rouges et noirs de Sheffield United, qui bat maintenant pavillon saoudien, mais Wednesday a su rester une PME à capitaux anglais, avec des supporters en or qui croient toujours au miracle. Il faut en tout cas avoir des nerfs fabriqués par la British Steel pour supporter une équipe au parcours si chaotique. Réveillez-vous les Chouettes !

(1) : Rino Della Negra, footballeur et partisan – Vie et mort d’un jeune footballeur du groupe Manouchian (1923 – 1944) par Jean Vigreux et Dimitri Manessis – Liberalia 2022

11 octobre 2022

Comments:

Bonjour camarade,
merci de parler de football mais si je peux me permettre, il faudrait remettre à jour (ou dater) l’article car le Red Star est en tête du championnat de National en cette mi-saison 2023-2024. J’imagine que tu prévois déjà de parler du Ménilmontant FC 1871 bientôt.
Concernant Sankt Pauli, une mise à jour importante s’impose. car si SP a incarné ce dont tout supporter antifasciste rêvait pendant des années, la donne a changé avec le conflit palestino-israélien. Le club, comme ses supporters sont en effet de fervents soutiens à Israël, du fait de l’influence de la mouvance antideutsch dans le mouvement antifa allemand. Grosse grosse divergence avec le mouvement antifasciste français. Le club a enjoint les fans clubs du monde entier à retirer leurs soutiens pro-palestiniens et maintient un soutien inconditionnel à Israël, en sous-entendant que toute opinion contraire est de l’antisémitisme… Certains fan clubs se sont auto-dissous. Plus d’info ici : https://dialectik-football.info/fc-st-pauli-rupture-consommee-avec-plusieurs-fans-clubs-internationaux-solidaires-des-palestiniens/
Quant à Sheffield, Hillsborough avec un S, s’il te plaît (c’est un supporter des Reds qui t’écris ;). Et je n’ai pas bien saisi en quoi, hormis la ville ouvrière dont est issu le club, cela en fait un club « rouge », plus que United ? Il me semble d’ailleurs que le club a été racheté par un fonds thaïlandais. Bien à toi. Bert, ex camarade lillois

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VINGINCES 8DAGONNETJ’avais écrit ça en à peine trois mois, en écrivain du dimanche. J’avais commencé un lundi, après un week-end avec des amis où on avait passé notre temps à picoler et à se raconter entre deux fous rires des anecdotes et des souvenirs communs sur nos années passées à Paris, dans les années 70. J’allais avoir 30 ans et je m’étais réveillé la bouche pâteuse et la gueule de bois avec un sentiment de vide et de mélancolie qui exigeait, nécessité intérieure, que je me mesure à la page blanche, sous la tutelle supposée bienveillante de tous les auteurs que j’admirais. Ça s’appelait Réverbérations (d’après le titre d’un morceau du 13th Floor Elevators, groupe psychédélique texan), sous-titré Passés simples, et se voulait être une chronique des années 60 et 70 à travers l’itinéraire de quelques personnages dont les histoires finissaient par se rejoindre. Un manuscrit de 230 pages qu’il me fallait proposer aux professionnels de la profession, à savoir aux grandes maisons d’édition parisiennes, puisque les quelques éditeurs indépendants dont on m’avait parlé avaient déjà leurs parutions ficelées pour des années. C’est en tout cas ce qu’ils m’avaient tous dit. Mon ami Luc avait été l’un des premiers enthousiasmés par ce roman et il l’avait recommandé, en tant qu’auteur publié de quelques romans sur le Vietnam, à Simone Gallimard, directrice du Mercure de France, du Mercure François, comme disait le Cyrano de Rostand. La dame lui avait fait part de ses réticences, arguant que, si le roman avait des qualités indéniables, son langage jeune et un tantinet démagogique ne permettait pas une publication chez elle. À moins de revoir le manuscrit, sans donner la moindre indication pour ce faire. « Un bon brouillon », m’avait dit Luc, qui semblait d’accord avec elle, mais un brouillon quand même qu’il s’agissait de retravailler pour lui donner une forme publiable correspondant aux critères exigeants de l’édition. Je ne voyais pas trop par quoi commencer et les bras m’en tombaient lorsque je me mettais à retravailler, comme ils disaient, sans savoir exactement ce qu’il y avait à modifier. J’envoyais donc mon manuscrit tel quel chez les principaux éditeurs. Une dizaine de copies étaient tapies dans un grand sac de sport et j’arpentais le quartier de l’Odéon en frappant aux portes des doges de la république des lettres, de ceux qui décidaient si vous étiez un auteur digne d’être publié ou un écrivaillon condamné à n’écrire que pour ses tiroirs. Humble mortel, j’avais l’audace de m’en remettre au jugement des dieux et je ne fus pas déçu, recevant les unes après les autres des lettres de refus stéréotypées avec toujours les mêmes formules hypocrites. Un bon livre assurément, mais qui ne correspondait à aucune de leurs collections, ou qui n’avait pas reçu la majorité des avis positifs du comité de lecture avec des « malheureusement » à longueur de bras et des encouragements pour la suite. J’en étais venu à les collectionner. Ne voulant pas rester sur un échec, j’en avais commencé un autre, Les journées de plomb (en référence aux années de plomb italiennes), dans un genre différent. Un retraité que j’avais baptisé Adrien Ménard et qui passait son temps à aller aux putes et à supporter un club de football. L’intrigue, assez mince, tournait autour de son fils, gibier de psychiatrie mêlé à une tentative d’enlèvement d’un patron de choc. Quelque chose en phase avec la montée du Front National et les exploits d’Action Directe. Même punition, avec des lettres de refus en pagaille, pile trois mois après mes envois. On ne s’embarrassait même plus de formules de politesse et de petits mots de consolation. Le roman n’était tout simplement pas convaincant, faute d’une intrigue solide qui seule aurait pu lui donner de la consistance. J’avais fait appel à un haut placé de la CFDT qui connaissait du monde dans la maison d’édition proche du syndicat et il n’avait même pas daigné recommander mon manuscrit, pas convaincu lui non plus. Sauf que lui, je ne le savais pas critique littéraire. Déçu dans mes ambitions du même nom, je décidais d’en rester là quand mon ami Luc m’adressa une publicité émanant de la société Icare, qui se faisait fort de relire et de corriger les manuscrits qu’elle estimait publiables et, par ses relations avec les éditeurs, de les faire éditer moyennant quelques retouches sur la base de leurs précieux conseils. Tout cela évidemment moyennant aussi finance, car leurs services n’étaient pas gratuits, va sans dire. J’avais pris rendez-vous avec Yves Dagonnet, le directeur de ladite société. Dans les bureaux d’Icare, deux pièces obscures dans un immeuble de rapport du quartier latin. Dagonnet était un grand barbu débonnaire et volubile, avec un gros nez et un regard franc. Il verrait ce qu’il pouvait faire pour mon manuscrit, mon enfant de papier qui l’appelait au secours. Sa secrétaire, une jeune femme accorte au décolleté provoquant, nous servit le champagne et nous trinquâmes à ma réussite. Quinze jours plus tard, Dagonnet me renvoyait mon manuscrit avec ses propositions de réécriture, ses recommandations. Une dizaine de feuillets tapés à la machine où, chapitre par chapitre, paragraphe par paragraphe et ligne par ligne, il me proposait ses reformulations et ses corrections. Il me demandait également un chèque de 6000 francs pour ce travail avec l’assurance que, à condition de me conformer à ses prescriptions, le manuscrit serait publié dès la rentrée. Je profitais de quelques jours de vacances début juin pour revoir le manuscrit, en respectant les consignes. Avec les coupes, les conseils de réécriture pour certains passages, les innombrables notes en bas de page et les explications sur tout ce qui concernait les faits et les personnages de l’époque ; mon roman me paraissait formaté, banalisé, appauvri. Les 230 pages étaient passées à 300 mais j’avais la douloureuse impression d’avoir affadi une histoire qui perdait beaucoup de son intérêt, avec un approfondissement psychologique des personnages et des tas de précisions redondantes.

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