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LE MARCHÉ AUX ESCLAVES (DE LUXE)

Jeunes africains tâtant du ballon dans un township. En attente de recrutement par un agent de joueur ? Photo AFP / Le Monde.

C’était le premier titre que j’avais choisi pour une série de chroniques sur le football dans Politis (saison 2017 – 2018), jugées pas suffisamment politiques par la chefferie. Il s’agissait d’établir un lien entre les pratiques esclavagistes de jadis et la vente des joueurs (ces fameux transferts) de clubs en clubs dans le monde du football moderne. À ceux qui trouvent la comparaison inappropriée ou douteuse, on insiste sur le fait que le principe est le même, et que, au-delà de la vitrine des super stars du foot, il y a aussi les sans-grades et les gagne-petits, venus le plus souvent de ce qu’on appelle plus le tiers-monde (Afrique, Amérique du Sud et centrale…). On va en rester pour l’instant aux noms les plus connus. Aussi bien les noms des autres, de tous les autres, ne vous diraient rien.

On commence par Kilian M’Bappé, le joueur emblématique du football français et un peu l’arbre qui cache la forêt du PSG. Il lui restait deux ans à faire dans le club parisien, un an ferme plus une option d’une année supplémentaire. Mais M’Bappé a levé l’option, ce qui a provoqué une levée de boucliers dans l’état-major. Un traître ? Un mercenaire ? Un enfant gâté prêt à se vendre au plus offrant ? On parle à son sujet du Real Madrid où il pourrait compenser la retraite de Benzema et, en tout cas, on ne le voit plus trop au PSG l’année prochaine.

On ne verra plus non plus Neymar, même si son départ n’est pas encore acté, ni Lionel Messi qui a choisi l’Inter Miami pour une retraite dorée, Miami étant la maison de retraite de l’Amérique. En revanche, on verra Lucas Hernandez (ex Bayern), le natif de Marseille qui déplaît d’emblée aux ultras parisiens. Les autres retraités sont partis dans l’Arabie Saoudite de l’équarrisseur de journaliste Ben Salmane. Pas un grand pays de football mais une nation qui a les moyens de faire venir les vieux chevaux de retour. Benzema donc à Al Ittihad, un club où devrait le rejoindre Christiano Ronaldo, jusque-là à Al Nassr. À moins que ce ne soit pour lui un club de MLS (le championnat des États-Unis et du Canada). Les États-Unis disputent à l’Arabie Saoudite et au Qatar les plus grands noms, jusque-là convoités plutôt par la Chine (et un peu le Japon). Mais il semble que l’empire du milieu passe la main. Autre exilé dans le golfe persique et autre recrue du même Al Ittihad, N’ Golo Kanté, l’éternel blessé de Chelsea qui vient de racheter un club de Division 3 belge, le Royal Excelsior de Virton. N’empêche, avec son attaque canon composée des ex-frères ennemis de la Liga, le club de Al Ittihad devrait survoler son modeste championnat.

Pour le reste, la situation est relativement calme à l’international, mais la saison des transferts ne fait que commencer. À Manchester City, Gündogan s’en va (au Barça) et est remplacé par Kovacic, le Croate de Chelsea. Chelsea qui perd aussi sa vedette allemande Havertz, en partance pour les rivaux d’Arsenal. Pulisic, lui, choisit le Milan A.C et les Blues recrutent Diego Moreira,l’attaquant de Benfica. Austérité ? Rançon de la piètre saison des Blues, tant en First league qu’en Europe.

Côté italien, la Juventus a enregistré l’arrivée du fils Weah (ex Lille) et de l’international polonais Milik (ex Marseille). On a connu la veccha signora moins constipée du portefeuille, d’autant que Rabiot et De Ligt devraient partir. Là aussi, la Juve doit payer ses contre-performances en championnat. Aouar (ex Lyon) part à l’AS Rome quand Marcus Thuram arrive à l’Inter et que son frère Kephren est courtisé par les plus grands.

En Espagne, le Real fait le dos rond pour l’instant, à part l’arrivée de Bellingham (ex Borussia Dortmund) pour la bagatelle de 103 millions d’Euros. Modric veut partir et Hazard est mis à la porte. Le Belge était venu pour 100 millions d’Euros (le plus gros transfert de l’époque) pour quelques saisons lamentables où il aura ciré le banc. Le plus grand flop de l’histoire du foot. Au F.C Séville, le tenant de la Coupe Europa, on fait venir Badé (ex Lens et Rennes) alors que le Barça se sépare définitivement de Umtiti et Depay, mais Gündogan arrive avec Martinez, quand Dembélé et Koundé restent. Et Lewandowski…

En Bundesliga, le Bayern perd donc Lucas Hernandez, qui ne jouait que par intermittence à cause de ses blessures. Les Bavarois pourront compter sur Guerreiro (ex Dortmund) et le retour du portier Nübel (ex Monaco). Quant aux guêpes de Dortmund, ils se renforcent avec monsieur frère Thorgan Hazard et l’international algérien Bensebaïni (ex Moenchengladbach).

Et côté français dira-t-on ? Pas grand-chose en vérité, mais le marché ouvre officiellement le 7 juillet. D’abord la valse des entraîneurs. Les Espagnols Marcellino (Marseille), Novell (Toulouse) et Luis Enriqué (PSG), l’Italien Farioli à Nice, l’Autrichien Hütter à Monaco. Patrick Vieira arrive à Strasbourg. Lille doit casquer 45 millions pour le transfert litigieux de Leao. Renato Sanchès pourrait revenir du PSG où il a déçu, avec Tiago Santos.

Pas de gros changements jusqu’ici mais, on le répète, le marché (aux esclaves) n’est pas encore officiellement ouvert et se clôturera au 31 août. Le R.C Lens, européen, est le club le plus actif avec Quilavogi (ex Paris F.C), Habib Diarra (ex Strasbourg) et Spierrings, l’ex Toulousain, plus le Nancéen El Haynaoui. On sait le talent des Lensois pour recruter malin. Openda pourrait partir à Leipzig, et Fofana chez les émirs. Lyon recrute Reine-Adelaïde, de Troyes, mais ses meilleurs joueurs sont transférables et l’après Aulas s’annonce plus que difficile, malgré le renfort de deux Espagnols. À Marseille, la priorité est de garder le Chilien Sanchez, mais Tavares s’en va à Arsenal. Kondogbia (ex Monaco, Séville et Atletico) arrive avec Ibrahim Touré (ex Auxerre), mais les supporters attendent plus pour s’enflammer, d’autant que Payet est sur la pente déclinante.

Grande lessive à Montpellier et à Toulouse. 8 joueurs transférables chez les Héraultais, avec le renfort du Serbe Omeragic (ex F.C Zurich) et du gardien bosniaque Dizdarevic quand, à Toulouse, autant de départs pour peu d’arrivées. Les vainqueurs de la Coupe de France n’auront même pas la possibilité de participer à la Coupe Europa. Liquidation aussi à Nice qui perd ses Anglais (en promenade), Nicolas Pépé, retour de prêt à Arsenal et le Danois Dolberg parti à Anderlecht.

Au PSG, outre les mouvements déjà signalés (Messi, Neymar et peut-être M’Bappé), Sergio Ramos prend sa retraite et les Parisiens ne peuvent compter pour l’instant que sur le retour de l’Argentin Paredes (ex Juventus) et de Diallo (prêté à Leipzig). Les Parisiens ne vont sûrement plus dominer le championnat de France de la tête et des épaules. Seule recrue, Lucas Hernandez on l’a dit, en attendant peut-être Kuolo Mani. Au moins, cela aura le mérite de relancer une compétition qui devenait hautement prévisible.

Autre Européen, le Stade Rennais perd Traoré (Real Sociedad) et Guirassy (Stuttgart), mais acquiert Ludovic Blas, le brillant attaquant nantais. Doku, l’excellent attaquant belge, est lui aussi sur la sellette mais on peut prédire aisément que les Rennais n’ont pas dit leur dernier mot. Un malheur n’arrive jamais seul. À Nantes, après Blas à Rennes, Delort part au Qatar et on essaie de s’attirer les services de l’ex Troyen Mama Baldé. Un attaquant de valeur, certes, mais sera-ce suffisant pour éviter une nouvelle saison pénible.

Et Reims ? Balogun retourne à Arsenal, mais refuse d’être à nouveau prêté. Titulaire ou rien. Ses 21 buts lui font bomber le torse. Plusieurs joueurs (Matuziwa, Agakpa, Zeneli) sont sur la liste des transferts, mais la cellule recrutement s’agite avec les venues de Diakité (ex Salzbourg), Salama (ex Angers) et Teuma, un Chypriote arrivé de l’Union Saint-Gilloise. Autre recrue, le gardien Butelle qui, à 40 ans, jouera les doublures de Diouf dans les buts, après la retraite de Penneteau. Reims va-t-il devenir l’Ehpad de tous les gardiens de but du championnat de France ? Des joueurs qui sont des paris sur l’avenir, mais qui risquent aussi de connaître le triste sort des Seerhuis, Van Bergen, Hornby et autres Maoulida, attaquants stériles.

Pas de gros mouvements non plus en Ligue 2, avec des Girondins de Bordeaux qui ont raté le coche dans la dernière journée et qui vont probablement perdre leur attaquant vedette Maja. L’insistance de Annecy pour une Ligue 2 à 21 clubs tourne au ridicule, et on regrettera la descente en National du F.C Sochaux, qui en est à vendre tous ses joueurs pour donner des gages à la CNOSF, le gendarme financier de la LFP. Les Sochaliens étaient pourtant sur le podium avant de s’effondrer dans les dernières journées.

Côté dégringolade, ce sera aussi le cas de Sedan, descendu en Régionale après un constat de faillite et un appel qui alourdit la sanction. Seule bonne nouvelle, l’arrivée des Diables rouges du F.C Rouen en National. On se contentera de ça, en nostalgique incurable.

Voilà, on fera un point plus précis la fois prochaine, si ce blog continue, avec des clubs qui dépendent de plus en plus souvent de fonds d’investissement anglo-saxons ou d’émirats et de principautés arabes, quand ce ne sont pas des capitaines d’industrie chinois. C’est plus que jamais un football – fric et un football – spectacle avec des droits télé qui privent les classes populaires de leur sport favori. Mais on a déjà parlé de tout ça. On repiquera au truc le 11 août. La nostalgie…

3 juillet 2023

Comments:

Le feuilleton MBappé devrait alimenter les discussions cet été, le PSG s’en sortira assurément perdant sauf s’ils acceptent une offre dès cet été, à condition que le Real soit prêt à payer…

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VINGINCES 8DAGONNETJ’avais écrit ça en à peine trois mois, en écrivain du dimanche. J’avais commencé un lundi, après un week-end avec des amis où on avait passé notre temps à picoler et à se raconter entre deux fous rires des anecdotes et des souvenirs communs sur nos années passées à Paris, dans les années 70. J’allais avoir 30 ans et je m’étais réveillé la bouche pâteuse et la gueule de bois avec un sentiment de vide et de mélancolie qui exigeait, nécessité intérieure, que je me mesure à la page blanche, sous la tutelle supposée bienveillante de tous les auteurs que j’admirais. Ça s’appelait Réverbérations (d’après le titre d’un morceau du 13th Floor Elevators, groupe psychédélique texan), sous-titré Passés simples, et se voulait être une chronique des années 60 et 70 à travers l’itinéraire de quelques personnages dont les histoires finissaient par se rejoindre. Un manuscrit de 230 pages qu’il me fallait proposer aux professionnels de la profession, à savoir aux grandes maisons d’édition parisiennes, puisque les quelques éditeurs indépendants dont on m’avait parlé avaient déjà leurs parutions ficelées pour des années. C’est en tout cas ce qu’ils m’avaient tous dit. Mon ami Luc avait été l’un des premiers enthousiasmés par ce roman et il l’avait recommandé, en tant qu’auteur publié de quelques romans sur le Vietnam, à Simone Gallimard, directrice du Mercure de France, du Mercure François, comme disait le Cyrano de Rostand. La dame lui avait fait part de ses réticences, arguant que, si le roman avait des qualités indéniables, son langage jeune et un tantinet démagogique ne permettait pas une publication chez elle. À moins de revoir le manuscrit, sans donner la moindre indication pour ce faire. « Un bon brouillon », m’avait dit Luc, qui semblait d’accord avec elle, mais un brouillon quand même qu’il s’agissait de retravailler pour lui donner une forme publiable correspondant aux critères exigeants de l’édition. Je ne voyais pas trop par quoi commencer et les bras m’en tombaient lorsque je me mettais à retravailler, comme ils disaient, sans savoir exactement ce qu’il y avait à modifier. J’envoyais donc mon manuscrit tel quel chez les principaux éditeurs. Une dizaine de copies étaient tapies dans un grand sac de sport et j’arpentais le quartier de l’Odéon en frappant aux portes des doges de la république des lettres, de ceux qui décidaient si vous étiez un auteur digne d’être publié ou un écrivaillon condamné à n’écrire que pour ses tiroirs. Humble mortel, j’avais l’audace de m’en remettre au jugement des dieux et je ne fus pas déçu, recevant les unes après les autres des lettres de refus stéréotypées avec toujours les mêmes formules hypocrites. Un bon livre assurément, mais qui ne correspondait à aucune de leurs collections, ou qui n’avait pas reçu la majorité des avis positifs du comité de lecture avec des « malheureusement » à longueur de bras et des encouragements pour la suite. J’en étais venu à les collectionner. Ne voulant pas rester sur un échec, j’en avais commencé un autre, Les journées de plomb (en référence aux années de plomb italiennes), dans un genre différent. Un retraité que j’avais baptisé Adrien Ménard et qui passait son temps à aller aux putes et à supporter un club de football. L’intrigue, assez mince, tournait autour de son fils, gibier de psychiatrie mêlé à une tentative d’enlèvement d’un patron de choc. Quelque chose en phase avec la montée du Front National et les exploits d’Action Directe. Même punition, avec des lettres de refus en pagaille, pile trois mois après mes envois. On ne s’embarrassait même plus de formules de politesse et de petits mots de consolation. Le roman n’était tout simplement pas convaincant, faute d’une intrigue solide qui seule aurait pu lui donner de la consistance. J’avais fait appel à un haut placé de la CFDT qui connaissait du monde dans la maison d’édition proche du syndicat et il n’avait même pas daigné recommander mon manuscrit, pas convaincu lui non plus. Sauf que lui, je ne le savais pas critique littéraire. Déçu dans mes ambitions du même nom, je décidais d’en rester là quand mon ami Luc m’adressa une publicité émanant de la société Icare, qui se faisait fort de relire et de corriger les manuscrits qu’elle estimait publiables et, par ses relations avec les éditeurs, de les faire éditer moyennant quelques retouches sur la base de leurs précieux conseils. Tout cela évidemment moyennant aussi finance, car leurs services n’étaient pas gratuits, va sans dire. J’avais pris rendez-vous avec Yves Dagonnet, le directeur de ladite société. Dans les bureaux d’Icare, deux pièces obscures dans un immeuble de rapport du quartier latin. Dagonnet était un grand barbu débonnaire et volubile, avec un gros nez et un regard franc. Il verrait ce qu’il pouvait faire pour mon manuscrit, mon enfant de papier qui l’appelait au secours. Sa secrétaire, une jeune femme accorte au décolleté provoquant, nous servit le champagne et nous trinquâmes à ma réussite. Quinze jours plus tard, Dagonnet me renvoyait mon manuscrit avec ses propositions de réécriture, ses recommandations. Une dizaine de feuillets tapés à la machine où, chapitre par chapitre, paragraphe par paragraphe et ligne par ligne, il me proposait ses reformulations et ses corrections. Il me demandait également un chèque de 6000 francs pour ce travail avec l’assurance que, à condition de me conformer à ses prescriptions, le manuscrit serait publié dès la rentrée. Je profitais de quelques jours de vacances début juin pour revoir le manuscrit, en respectant les consignes. Avec les coupes, les conseils de réécriture pour certains passages, les innombrables notes en bas de page et les explications sur tout ce qui concernait les faits et les personnages de l’époque ; mon roman me paraissait formaté, banalisé, appauvri. Les 230 pages étaient passées à 300 mais j’avais la douloureuse impression d’avoir affadi une histoire qui perdait beaucoup de son intérêt, avec un approfondissement psychologique des personnages et des tas de précisions redondantes.

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