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COACHS : LES GRANDS D’EUROPE

Marco Bielsa le cul sur la glacière ou la solitude de l’entraîneur de fond. Photo Le Républicain Lorrain (avec leur aimable autorisation).

Alors qu’on est entrés dans les phases finales des Coupes d’Europe, on a pensé à tirer le portrait de quelques entraîneurs emblématiques du football moderne. Ce ne sont pas tous des gagneurs et on s’est attaché plutôt à réunir des personnalités fortes. C’est ainsi qu’on ne s’étonnera pas de trouver quelqu’un comme Marco « El Loco » Bielsa, fraîchement viré du Leeds United pour insuffisance de résultats. Mais les autres sont à la tête des plus grands clubs européens : Pep Guardiola, Jurgen Klopp, Carlo Ancelotti, Antonio Conte, Thomas Tuchel, Diego Simeone et Xavi. Et Pochettino ? On a dit les grands entraîneurs !

Un bon entraîneur est quelqu’un qui obtient des bons résultats avec une équipe exceptionnelle, un grand entraîneur est celui qui obtient des très bons résultats avec une équipe simplement bonne, voire moyenne. Un adage souvent entendu dans les vestiaires, mais d’une vérité biblique.

L’entraîneur est le fusible parfait, responsable de tout en cas de défaites, mais pas spécialement loué dans le cas contraire. Après tout, c’est son boulot. Il doit être un communicant, faire passer ses messages, être un technicien, un tacticien et un préparateur physique, le cul entre deux chaises entre le staff et les joueurs, dont il est à la fois le copain et le manager.

Avant de dérouler les actuelles vedettes des bancs de touche, on va évoquer l’histoire et les entraîneurs qui auront marqué de leur empreinte le football moderne.

En France, on peut citer Albert Batteux, coach du Stade de Reims et de l’A.S Saint-Étienne de la grande époque et de l’équipe de France demi-finaliste de la coupe du monde de 1958 en Suède. Louis Dugauguez, immortel entraîneur des Sedanais des années 1960, peut aussi figurer dans ce panthéon national car, avec son meilleur ennemi nîmois Kader Firoud, il aura su accumuler les performances avec des équipes somme toute moyennes. On n’oublie pas des entraîneurs plus récents, comme Robert Herbin, le Sphinx, côté stéphanois ou Jean-Claude Suaudeau, garant du beau jeu nantais.

Parmi les entraîneurs français qui ont réussi à l’étranger, difficile de passer sous silence Arsene Wenger à Arsenal, Gérard Houiller à Liverpool et, plus récemment, Zinedine Zidane au Real.

À l’étranger, et pour se limiter à l’Europe, on se souvient de Helenio Herrera, ancien joueur du Red Star et entraîneur de l’Inter de Milan du milieu des années 1960. Il est l’inventeur du Catenaccio (verrou), soit un système de jeu ultra-défensif où l’équipe entière se place derrière pour mieux se projeter en contres assassins.

Les grands entraîneurs britanniques ont aussi compté. D’abord, les entraîneurs de Manchester United Matt Busby (et ses Busby Babes après la catastrophe aérienne qui décima son équipe) et le grand Alex Ferguson, l’homme qui parlait à l’oreille de Eric Cantona. Ferguson était Écossais, comme l’était Bill Shankly, une sorte de papa poule pour les joueurs du Liverpool F.C, grand humaniste et philosophe du football auquel le génial écrivain David Peace a consacré un roman époustouflant (Rouge ou mort, chez Payot Rivages). Peace qui a aussi écrit sur Brian Clough, vainqueur surprise du championnat anglais avec Derby County en 1972 avant de se faire virer de Leeds United puis de conquérir deux titres de champion avec Nottingham Forest. Le livre s’appelle 44 jours (soit le temps qu’a tenu Clough à Leeds) ou Damned United en V.O (Rivages). Sans oublier le grand Terry Venables, qui fit les grandes heures du Barça et de Tottenham ou encore l’Écossais (lui aussi) Jock Stein, qui hissa le Celtic de Glasgow sur le toit de l’Europe.

Ont compté aussi dans l’histoire du football les entraîneurs de l’Ajax Amsterdam des Johan Cruyff et des Johan Neeskens, Rinus Michels, Stefan Kovacs ou Louis Van Gaal, inventeurs du football total où tout le monde défend et tout le monde attaque, en fonction des rapports de force sur le terrain. Louis Van Gaal a ensuite exporté ses talents au Bayern ou à Manchester United et Cruyff est devenu à son tour un grand entraîneur avec le Barça.

Terminons avec les Italiens, les Giovanni Trapattoni, Fabio Cappello et autres Marcelo Lippi . Le premier a traîné ses guêtres à la Juventus, au Milan AC, à l’Inter et au Bayern Munich ; le deuxième a présidé aux destinées du Milan A.C de la grande époque, et le dernier a entraîné presque toutes les équipes de Série A. Un panorama qui serait incomplet sans mentionner le grand Roberto Mancini, joueur de Chelsea passé par Manchester City ou Arrigo Sacchi, à Parme, au Milan A.C et, pour finir, à l’Atletico Madrid avant l’Argentin Diego Simeone.

La liste n’est bien sûr pas exhaustive, et les amateurs de football pourront y ajouter leur entraîneur favori, celui qui a mené leur équipe de cœur au sommet de l’Europe ou, plus modestement, tout en haut du classement du championnat de France.

Pep Guardiola est sans doute l’entraîneur le plus capé au monde. Il a été le coach du grand Barça des années 2000 – 2010, le Barça de la dream team avec Messi, Suarez, Xavi, Iniesta, Mascherano, Busquets et Piqué. Après un détour au Mexique (à Sinaloa notamment), il a réussi tout autant avec le Bayern Munich avant de s’imposer à Manchester City qui est sans conteste le plus grand club européen actuel. Guardiola est reconnu pour ses qualité humaines et son sens de la tactique. Un football total qui s’inspire du grand Ajax, avec un jeu reposant sur la possession de balle, pour une importance capitale donnée au placement des joueurs.

José Mourinho est loin d’avoir ces qualités humaines, fier de passer pour un provocateur, un mauvais garçon et, il faut bien le dire, un chieur. Il a remporté sa première Champions league avec le F.C Porto et aux dépens de l’A.S Monaco, en 2003. Il en remportera d’autres avec l’Inter de Milan, le Real Madrid et Chelsea, mais la main va passer et il ne parviendra pas à faire aussi bien avec Manchester United ou Tottenham. Il doit se contenter maintenant de l’A.S Roma où il faudrait plus qu’un excellent entraîneur pour remporter un trophée européen. Quasiment un miracle !

L’Allemand Jürgen Klopp est plutôt du genre discret, ce qui ne l’empêche pas de hisser les Reds de Liverpool régulièrement en demi-finale ou en finale de la Champions league, quand ils ne la remportent pas. Klopp a débuté à Mayence et a brillé avec le Borussia Dortmund. On l’a surnommé « le cerveau » tant il s’est révélé un fin tacticien, un stratège pour tout dire.

Du Borussia Dortmund est aussi issu Thomas Tuchel, actuel entraîneur du tenant de la Coupe d’Europe des clubs champions Chelsea. On connaît mieux Tuchel pour l’avoir vu s’asseoir sur le banc du Paris Saint-Germain, avec des fortunes diverses, mais il a prouvé avec les Blues de Chelsea que sa réputation d’entraîneur exceptionnel n’était pas usurpée.

On a vu passer également Carlos Ancelotti au Paris Saint-Germain, lui aussi ayant échoué à faire brandir la coupe aux grandes oreilles par les joueurs parisiens. Mais personne ne l’a encore fait à ce jour. Sans plus de succès au Real puis au Bayern, il a entraîné des écuries plus modestes à Naples ou Everton avant de retrouver le très haut niveau avec le Real où son étoile recommence à briller.

Antonio Conte, lui, a fait le bonheur de l’Atalanta Bergame avant la Juventus, Chelsea et l’Inter. Il est aujourd’hui à Tottenham, en remplacement de l’Argentin Pocchettino, en véritable globe-trotter des pelouses, entre dandy et latin lover. Signalons que Conte a été aussi un grand joueur, à la Juventus et à la Squadra azzura. Pour un entraîneur, ça aide.

Grand joueur, Xavi l’a aussi été au Barça (voir plus haut). Il a été appelé en renfort d’une équipe en perdition se remettant mal des départs de ses grands anciens, en remplaçant du Néerlandais Koeman. Une équipe vieillissante qui peine à retrouver son lustre passé, mais les grands clubs ne meurent jamais, dit-on, et Xavi est un guerrier.

Diego Simeone, l’Argentin, préside depuis longtemps déjà aux destinées de l’Atletico Madrid, un club qui s’invite régulièrement au plus haut niveau. Lui aussi a été un joueur de talent avant d’entraîner River Plate ou l’Estudiantes de La Plata. Simeone est un grand technicien qui insuffle rigueur et discipline aux équipes qu’il entraîne. C’est également un stratège, fidèle à l’image des entraîneurs latino-américains qui parfois risquent leur vie à la tête des clubs du sous-continent.

Terminons sur Bielsa, éternellement assis sur sa glacière. Ex entraîneur de la sélection nationale du Chili, de l’Argentine et des plus grands clubs argentins avant d’échouer, dans tous les sens du terme, en Europe où il aura été la risée de Marseille ou de Lille. On l’a cru sauvé avec le Leeds United, mais ce n’était que partie remise et Bielsa vient de s’en faire virer avec pertes et fracas.

Voilà, on aura sûrement oublié beaucoup de monde dans ce rapide tour d’horizon. Entraîneurs d’hier et d’aujourd’hui, mais vous n’aurez qu’à remplir les blancs avec ceux qui manquent et qui vous auront marqué. À vous de jouer ! Ou d’entraîner.

1° mars 2022.

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VINGINCES 8DAGONNETJ’avais écrit ça en à peine trois mois, en écrivain du dimanche. J’avais commencé un lundi, après un week-end avec des amis où on avait passé notre temps à picoler et à se raconter entre deux fous rires des anecdotes et des souvenirs communs sur nos années passées à Paris, dans les années 70. J’allais avoir 30 ans et je m’étais réveillé la bouche pâteuse et la gueule de bois avec un sentiment de vide et de mélancolie qui exigeait, nécessité intérieure, que je me mesure à la page blanche, sous la tutelle supposée bienveillante de tous les auteurs que j’admirais. Ça s’appelait Réverbérations (d’après le titre d’un morceau du 13th Floor Elevators, groupe psychédélique texan), sous-titré Passés simples, et se voulait être une chronique des années 60 et 70 à travers l’itinéraire de quelques personnages dont les histoires finissaient par se rejoindre. Un manuscrit de 230 pages qu’il me fallait proposer aux professionnels de la profession, à savoir aux grandes maisons d’édition parisiennes, puisque les quelques éditeurs indépendants dont on m’avait parlé avaient déjà leurs parutions ficelées pour des années. C’est en tout cas ce qu’ils m’avaient tous dit. Mon ami Luc avait été l’un des premiers enthousiasmés par ce roman et il l’avait recommandé, en tant qu’auteur publié de quelques romans sur le Vietnam, à Simone Gallimard, directrice du Mercure de France, du Mercure François, comme disait le Cyrano de Rostand. La dame lui avait fait part de ses réticences, arguant que, si le roman avait des qualités indéniables, son langage jeune et un tantinet démagogique ne permettait pas une publication chez elle. À moins de revoir le manuscrit, sans donner la moindre indication pour ce faire. « Un bon brouillon », m’avait dit Luc, qui semblait d’accord avec elle, mais un brouillon quand même qu’il s’agissait de retravailler pour lui donner une forme publiable correspondant aux critères exigeants de l’édition. Je ne voyais pas trop par quoi commencer et les bras m’en tombaient lorsque je me mettais à retravailler, comme ils disaient, sans savoir exactement ce qu’il y avait à modifier. J’envoyais donc mon manuscrit tel quel chez les principaux éditeurs. Une dizaine de copies étaient tapies dans un grand sac de sport et j’arpentais le quartier de l’Odéon en frappant aux portes des doges de la république des lettres, de ceux qui décidaient si vous étiez un auteur digne d’être publié ou un écrivaillon condamné à n’écrire que pour ses tiroirs. Humble mortel, j’avais l’audace de m’en remettre au jugement des dieux et je ne fus pas déçu, recevant les unes après les autres des lettres de refus stéréotypées avec toujours les mêmes formules hypocrites. Un bon livre assurément, mais qui ne correspondait à aucune de leurs collections, ou qui n’avait pas reçu la majorité des avis positifs du comité de lecture avec des « malheureusement » à longueur de bras et des encouragements pour la suite. J’en étais venu à les collectionner. Ne voulant pas rester sur un échec, j’en avais commencé un autre, Les journées de plomb (en référence aux années de plomb italiennes), dans un genre différent. Un retraité que j’avais baptisé Adrien Ménard et qui passait son temps à aller aux putes et à supporter un club de football. L’intrigue, assez mince, tournait autour de son fils, gibier de psychiatrie mêlé à une tentative d’enlèvement d’un patron de choc. Quelque chose en phase avec la montée du Front National et les exploits d’Action Directe. Même punition, avec des lettres de refus en pagaille, pile trois mois après mes envois. On ne s’embarrassait même plus de formules de politesse et de petits mots de consolation. Le roman n’était tout simplement pas convaincant, faute d’une intrigue solide qui seule aurait pu lui donner de la consistance. J’avais fait appel à un haut placé de la CFDT qui connaissait du monde dans la maison d’édition proche du syndicat et il n’avait même pas daigné recommander mon manuscrit, pas convaincu lui non plus. Sauf que lui, je ne le savais pas critique littéraire. Déçu dans mes ambitions du même nom, je décidais d’en rester là quand mon ami Luc m’adressa une publicité émanant de la société Icare, qui se faisait fort de relire et de corriger les manuscrits qu’elle estimait publiables et, par ses relations avec les éditeurs, de les faire éditer moyennant quelques retouches sur la base de leurs précieux conseils. Tout cela évidemment moyennant aussi finance, car leurs services n’étaient pas gratuits, va sans dire. J’avais pris rendez-vous avec Yves Dagonnet, le directeur de ladite société. Dans les bureaux d’Icare, deux pièces obscures dans un immeuble de rapport du quartier latin. Dagonnet était un grand barbu débonnaire et volubile, avec un gros nez et un regard franc. Il verrait ce qu’il pouvait faire pour mon manuscrit, mon enfant de papier qui l’appelait au secours. Sa secrétaire, une jeune femme accorte au décolleté provoquant, nous servit le champagne et nous trinquâmes à ma réussite. Quinze jours plus tard, Dagonnet me renvoyait mon manuscrit avec ses propositions de réécriture, ses recommandations. Une dizaine de feuillets tapés à la machine où, chapitre par chapitre, paragraphe par paragraphe et ligne par ligne, il me proposait ses reformulations et ses corrections. Il me demandait également un chèque de 6000 francs pour ce travail avec l’assurance que, à condition de me conformer à ses prescriptions, le manuscrit serait publié dès la rentrée. Je profitais de quelques jours de vacances début juin pour revoir le manuscrit, en respectant les consignes. Avec les coupes, les conseils de réécriture pour certains passages, les innombrables notes en bas de page et les explications sur tout ce qui concernait les faits et les personnages de l’époque ; mon roman me paraissait formaté, banalisé, appauvri. Les 230 pages étaient passées à 300 mais j’avais la douloureuse impression d’avoir affadi une histoire qui perdait beaucoup de son intérêt, avec un approfondissement psychologique des personnages et des tas de précisions redondantes.

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