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MÉDIAPRO – DES MÉGALOS POUR MATCHS DE GALA

On n’aurait pas vu ça du temps de Thierry Roland. Hin hin hin !

Une chaîne sino-catalane surgie de nulle part – même si elle avait déjà connu une mésaventure en Italie – qui rafle le marché juteux des droits télé du football en France. Après situation de quasi-faillite passée la pandémie, le groupe espagnol se retrouve gros-jean comme devant, incapable d’honorer ses engagements. La Ligue et les clubs en sont fort marris. Un mal pour un bien ?

On le sentait venir, celui-là, le retrait piteux de Téléfoot / Médiapro. Mais l’histoire se situe dans le contexte inflationniste et démesuré des fameux droits télé, en hausse vertigineuse depuis le début des années 80. On est royalement passés de 2 millions d’Euros pour la saison 1984 – 1985 à 748 millions pour la période 2016 – 2020 (L’Humanité du 22 décembre). Mais les records sont faits pour être battus, et on se rappelle que Médiapro avait décroché la timbale pour la modique somme de 800 millions d’Euros rien que pour les droits de retransmission de la Ligue 1. Plus d’un milliard au total, si on compte les 34 millions par an pour la Ligue 2.

La suite est connue. Pour résumer, 123 millions d’Euros seulement versés sur un total dû, pour la seule première année, de 295 millions. Pour le reste, les 172 millions réclamés par la Ligue, qui n’avait soit dit en passant demandé aucune garantie bancaire, ce sera à la Saint-Glinglin. Autant dire jamais, car c’est la banqueroute. Là où Médiapro attendait au moins 3,5 millions d’abonnés, ils sont à peine 300.000 au bout de trois mois d’exercice. C’est Didier Quillot, président de la LFP et ex brillant dirigeant d’Orange et du groupe Lagardère, qui aurait poussé au deal, dans une perspective assumée de foot business quand d’autres avaient crié casse-cou. La ligue est la grande perdante et doit en rabattre, un peu honteuse.

Résultat des courses, une procédure au tribunal de commerce de Nanterre où Médiapro s’engage à verser 100 millions pour l’arrêt des poursuites. On s’en tire à bon compte. 64 ont déjà été royalement payés, reste 36 (10 en mars et le solde en juin 2021, si tout va bien). La ligue, elle, pourra tendre la sébile à l’État, donc au contribuable, pour un prêt de 225 millions (déjà accordé en mai 2020 pour cause de pandémie), à quoi viennent s’ajouter 112 millions prêtés par les banques. Pas de quoi faire oublier la mésaventure.

Lorsque Canal + avait obtenu les droits télé à des tarifs eux aussi exorbitants, les milieux du cinéma (financé en partie par la chaîne) avaient vivement protesté contre ce qui leur apparaissait fort justement comme une dépense inconsidérée dont ils auraient à faire les frais. Bien vu, d’autant que c’est à nouveau Canal qui devrait racheter des droits bradés à 730 millions par saison. Les milieux de la culture doivent encore tousser, surtout dans la période.

Le Canard Enchaîné (23 décembre), nous tire le portrait amusant du fantasque directeur de Médiapro, le catalan Jaume Roures. Un drôle de pistolet, celui-là, « ex sandiniste et trotskyste de toujours (qui) appelait encore récemment de ses vœux la montée d’un grand mouvement social en Espagne ». Ce qui n’empêchait pas ce grand patron de gauche de sous-payer, à la pige et en retard, ses journalistes, sans budget pour leurs frais. Des journalistes ubérisés obligés de choisir le match couvert sur un logiciel maison. Une belle foire d’empoigne. Quant au sort des reporters et consultants, le camarade Roures ne va quand même pas jusqu’à envisager un plan social. Le mouvement social, il pourrait bien l’avoir à sa porte.

Dans une interview à l’Équipe (24 décembre), Jean-Marc Mickeler (président de la DNCG, le gendarme financier du foot) fait le bilan : marché des transferts atones, stades vides, droits télé à revoir à la baisse, soit un déficit d’exploitation de l’ordre de 1 milliard d’Euros pour les clubs professionnels, sans parler des retombées catastrophiques sur le foot amateur. « Ce n’est pas au contribuable français de régler le problème du modèle économique du football », ajoute le sage homme qui préconise des solutions drastiques : encadrement des salaires, baisse des effectifs professionnels, limitation des recrutements… Sous peine de faillites en cascade qui pourraient bien concerner malgré tout certains clubs dépensiers. Il en appelle donc à un nouveau modèle économique et à une résilience à trouver dans la sobriété, sinon l’austérité.

C’en serait fini des années foot et fric des années 80 à nos jours, quand des joueurs pourtant moyens réussissaient à se faire transférer en Angleterre ou en Espagne pour des montants somptuaires, quand des agents de joueurs se faisaient des revenus princiers, quand les présidents de club ne se fixaient plus aucune limite à leurs ambitions. Quand les droits télé étaient exorbitants et quand le cochon de payant de spectateur s’acquittait de tarifs de billetterie de plus en plus élevés. Souhaitons que tout cela change, que les Aulas, Labrune et Al Thani s’effacent et qu’on puisse repartir sur les bases d’un football populaire à hauteur d’homme où un joueur n’était pas forcément un mercenaire et pouvait passer toute sa carrière dans un même club, par amour du maillot (on ne rit pas). Où les entraîneurs ne valsaient pas tous les six mois. Où les présidents de club risquaient leur fortune et pas celle des autres. Rêvons un peu mais, ne serait-ce que pour en finir avec un modèle économique qui va dans le mur, on peut remercier ces escrocs mégalomanes de Médiapro, qui lui auront donné le coup de grâce.

Muchos Gracias, amigos !

23 décembre 2020

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VINGINCES 8DAGONNETJ’avais écrit ça en à peine trois mois, en écrivain du dimanche. J’avais commencé un lundi, après un week-end avec des amis où on avait passé notre temps à picoler et à se raconter entre deux fous rires des anecdotes et des souvenirs communs sur nos années passées à Paris, dans les années 70. J’allais avoir 30 ans et je m’étais réveillé la bouche pâteuse et la gueule de bois avec un sentiment de vide et de mélancolie qui exigeait, nécessité intérieure, que je me mesure à la page blanche, sous la tutelle supposée bienveillante de tous les auteurs que j’admirais. Ça s’appelait Réverbérations (d’après le titre d’un morceau du 13th Floor Elevators, groupe psychédélique texan), sous-titré Passés simples, et se voulait être une chronique des années 60 et 70 à travers l’itinéraire de quelques personnages dont les histoires finissaient par se rejoindre. Un manuscrit de 230 pages qu’il me fallait proposer aux professionnels de la profession, à savoir aux grandes maisons d’édition parisiennes, puisque les quelques éditeurs indépendants dont on m’avait parlé avaient déjà leurs parutions ficelées pour des années. C’est en tout cas ce qu’ils m’avaient tous dit. Mon ami Luc avait été l’un des premiers enthousiasmés par ce roman et il l’avait recommandé, en tant qu’auteur publié de quelques romans sur le Vietnam, à Simone Gallimard, directrice du Mercure de France, du Mercure François, comme disait le Cyrano de Rostand. La dame lui avait fait part de ses réticences, arguant que, si le roman avait des qualités indéniables, son langage jeune et un tantinet démagogique ne permettait pas une publication chez elle. À moins de revoir le manuscrit, sans donner la moindre indication pour ce faire. « Un bon brouillon », m’avait dit Luc, qui semblait d’accord avec elle, mais un brouillon quand même qu’il s’agissait de retravailler pour lui donner une forme publiable correspondant aux critères exigeants de l’édition. Je ne voyais pas trop par quoi commencer et les bras m’en tombaient lorsque je me mettais à retravailler, comme ils disaient, sans savoir exactement ce qu’il y avait à modifier. J’envoyais donc mon manuscrit tel quel chez les principaux éditeurs. Une dizaine de copies étaient tapies dans un grand sac de sport et j’arpentais le quartier de l’Odéon en frappant aux portes des doges de la république des lettres, de ceux qui décidaient si vous étiez un auteur digne d’être publié ou un écrivaillon condamné à n’écrire que pour ses tiroirs. Humble mortel, j’avais l’audace de m’en remettre au jugement des dieux et je ne fus pas déçu, recevant les unes après les autres des lettres de refus stéréotypées avec toujours les mêmes formules hypocrites. Un bon livre assurément, mais qui ne correspondait à aucune de leurs collections, ou qui n’avait pas reçu la majorité des avis positifs du comité de lecture avec des « malheureusement » à longueur de bras et des encouragements pour la suite. J’en étais venu à les collectionner. Ne voulant pas rester sur un échec, j’en avais commencé un autre, Les journées de plomb (en référence aux années de plomb italiennes), dans un genre différent. Un retraité que j’avais baptisé Adrien Ménard et qui passait son temps à aller aux putes et à supporter un club de football. L’intrigue, assez mince, tournait autour de son fils, gibier de psychiatrie mêlé à une tentative d’enlèvement d’un patron de choc. Quelque chose en phase avec la montée du Front National et les exploits d’Action Directe. Même punition, avec des lettres de refus en pagaille, pile trois mois après mes envois. On ne s’embarrassait même plus de formules de politesse et de petits mots de consolation. Le roman n’était tout simplement pas convaincant, faute d’une intrigue solide qui seule aurait pu lui donner de la consistance. J’avais fait appel à un haut placé de la CFDT qui connaissait du monde dans la maison d’édition proche du syndicat et il n’avait même pas daigné recommander mon manuscrit, pas convaincu lui non plus. Sauf que lui, je ne le savais pas critique littéraire. Déçu dans mes ambitions du même nom, je décidais d’en rester là quand mon ami Luc m’adressa une publicité émanant de la société Icare, qui se faisait fort de relire et de corriger les manuscrits qu’elle estimait publiables et, par ses relations avec les éditeurs, de les faire éditer moyennant quelques retouches sur la base de leurs précieux conseils. Tout cela évidemment moyennant aussi finance, car leurs services n’étaient pas gratuits, va sans dire. J’avais pris rendez-vous avec Yves Dagonnet, le directeur de ladite société. Dans les bureaux d’Icare, deux pièces obscures dans un immeuble de rapport du quartier latin. Dagonnet était un grand barbu débonnaire et volubile, avec un gros nez et un regard franc. Il verrait ce qu’il pouvait faire pour mon manuscrit, mon enfant de papier qui l’appelait au secours. Sa secrétaire, une jeune femme accorte au décolleté provoquant, nous servit le champagne et nous trinquâmes à ma réussite. Quinze jours plus tard, Dagonnet me renvoyait mon manuscrit avec ses propositions de réécriture, ses recommandations. Une dizaine de feuillets tapés à la machine où, chapitre par chapitre, paragraphe par paragraphe et ligne par ligne, il me proposait ses reformulations et ses corrections. Il me demandait également un chèque de 6000 francs pour ce travail avec l’assurance que, à condition de me conformer à ses prescriptions, le manuscrit serait publié dès la rentrée. Je profitais de quelques jours de vacances début juin pour revoir le manuscrit, en respectant les consignes. Avec les coupes, les conseils de réécriture pour certains passages, les innombrables notes en bas de page et les explications sur tout ce qui concernait les faits et les personnages de l’époque ; mon roman me paraissait formaté, banalisé, appauvri. Les 230 pages étaient passées à 300 mais j’avais la douloureuse impression d’avoir affadi une histoire qui perdait beaucoup de son intérêt, avec un approfondissement psychologique des personnages et des tas de précisions redondantes.

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