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DENIS LAW : THE LAWMAN IS DEAD

Denis Law, gentleman footballeur écossais. Photo Wikipedia.

Surnommé The King ou The Lawman par les supporters de Manchester, ou encore Denis The Threat (Denis. la menace) par ses adversaires, le footballeur écossais Denis Law est décédé le 17 janvier, atteint de démence sénile. Ballon d’or en 1964 et vainqueur de la Coupe d’Europe des clubs champions avec Manchester United en 1968, le natif d’Aberdeen était un joueur fin, classieux et élégant. Un gentleman, comme son compagnon de club Bobby Charlton. De Huddersfield à Manchester City en passant par l’Italie et bien sûr United, son histoire.

On le reconnaissait à son casque blond et à sa silhouette élégante, avec des faux airs de Rod Stewart. Il jouait, au temps du WM, au poste d’intérieur gauche, soit le poste le plus technique exigeant une clairvoyance et une vision de jeu parfaites. Il était plus passeur que buteur, encore qu’il en ait inscrit, des buts, mais c’était plutôt son sens du dribble et ses qualités de passe qui en faisaient un joueur d’exception.

Denis Law, peut-être le plus grand joueur écossais de tous les temps, n’a jamais joué en Écosse en tant que footballeur professionnel. Paradoxe pour un joueur auquel le peuple écossais a pu longtemps s’identifier.

C’est uniquement dans les catégories jeunes qu’il a joué pour le club écossais du F.C Aberdeen, où il a fait ses classes. Il signe à 16 ans, en 1956, au club anglais de deuxième division d’Huddersfield, il n’est même pas junior. Les terriers (c’est leur nom) d’Huddersfield sont à l’époque le grand rival de Leeds United pour le Yorkshire et c’est là que sont apparues les premières révoltes luddites (de Ludd, ces ouvriers qui ne voulaient pas être sacrifiés à l’industrie et qui cassaient ou sabotaient leurs machines). David Peace, l’immense romancier anglais auteur du Quatuor du Yorkshire mais aussi d’ouvrages passionnants sur le football (Rouge ou mort sur le Liverpool F.C ou 44 Jours sur le calvaire de Brian Clough à Leeds United justement) était, dans son enfance, un ardent supporter du Huddersfield Town, l’équipe qu’il allait voir au Kirklees Stadium, à la fois stade de foot et de rughby à XIII.

Mais revenons à Denis Law qui joue dans l’équipe première des Terriers à peine âgé de 17 ans. Sa classe et ses qualités techniques impressionnent déjà dans tout le royaume et les bleus ciels de Manchester City lui font une offre avantageuse. Il jouera un an chez les Citizens en même temps qu’il se verra sélectionné pour la première fois en équipe nationale d’Écosse. Il n’a pas 20 ans. Ses partenaires ont pour nom Francis Lee, Colin Bell et Mike Summerbee et il les alimente en passes décisives, ces fameuses « assists » dont il est un spécialiste. Sa réputation est faite.

Rarissime à l’époque pour des joueurs anglo-saxons, Law va faire l’objet d’un transfert au Torino, le club de Turin éternel rival de la Juventus. À l’époque, le Torino rend des points à la Juve et ce sont de toute façon les clubs de Milan qui raflent tout, en Italie et bientôt en Europe.

Là aussi, il ne jouera guère qu’une saison, mais les tifosi auront le temps de retenir son nom et son adaptation facile à un championnat très technique, là où se pratique encore en Angleterre le « kick and rush », soit des grands coups de botte en avant des défenseurs repris à la va comme je te pousse, de la tête ou du pied, par des attaquants guère plus doués techniquement. Il quittera Torino sur un désaccord avec le club qui se refuse à le laisser disputer des matchs avec la sélection écossaise.

En 1963, il signe pour les rivaux Mancuniens de Manchester United et il y restera 10 ans. Les Red Devils sont encore en reconstruction après la catastrophe aérienne, au décollage calamiteux de l’aéroport de Belgrade qui a décimé une grande partie de l’équipe. Rescapé, Matt Busby recrute tous azimuts avec des « scouts » qui parcourent tous les terrains du Royaume-Uni. C’est ainsi qu’ils dégotteront la perle rare avec le jeune George Best, sociétaire du Glentoran Belfast. Law est recruté sur sa réputation, déjà titulaire indiscutable de la sélection écossaise et ayant déjà acquis ses galons sur les gazons du Calcio.

Avec d’autres joueurs de sa génération comme Bobby Charlton, mais aussi des plus jeunes comme Best, John Aston ou Brian Kidd, Manchester United va vivre quelques saisons au sommet, seulement concurrencé par les Londoniens de Tottenham et les Reds de Liverpool. Manchester United remportera le titre en 1965 et en 1967.

En 1964, il obtient le ballon d’or de France Football, malgré une concurrence relevée, même si à cette époque n’entraient pas en lice les joueurs étrangers à l’Europe. On avait quand même les Suarez (qui finira deuxième), Eusebio, Facchetti,Mazzola, Puskas, Yachine ou Rivera, sans parler de ses camarades de clubs Best ou Charlton. Il avait raté le podium en 1961, finissant à la quatrième place.

L’Europe après l’Angleterre puisque les Red Devils affrontent le Benfica des Eusebio, Torres, Coluna Augusto ou Simoes à Wembley, pour la finale de la Coupe d’Europe des clubs champions, en 1968. Les héros lusitaniens sont fatigués et le score est de 1 partout à l’issue du temps réglementaire. Charlton avait marqué pour Man U, et il remarquera au bout des prolongations qui verront les Mancuniens marquer trois buts en six minutes (Best, Charlton et Kidd). Score finale 4 à 1. Les rouges de Manchester United domptent ceux du Benfica Lisbonne jusque-là spécialistes, avec le Real Madrid, l’Inter et le Milan A.C, de ces joutes européennes. Mais, victime d’une blessure, Denis Law n’aura pas joué cette finale. Son plus grand regret.

En revanche, il se distinguera lors de l’édition suivante où Manchester United est qualifié d’office en tant que tenant. Il sera le meilleur buteur de l’édition.

Mais les temps ont changé et déjà le Celtic de Glasgow avait remporté l’édition 1967 et le football latin, technique et léché, a cédé la place au football anglo-saxon, plus direct, plus physique et, surtout, plus rapide. Après les Anglo-saxons viendront l’Ajax et le Bayern, mais c’est une autre histoire.

En plus de 400 matchs avec Manchester United, Law va inscrire 237 buts qui s’ajouteront à la vingtaine marqués pour Huddersfield et aux 25 au bénéfice de City (plus 10 au Torino pour une seule saison, comme à Manchester City). Mais Manchester United est sur le déclin au début des années 1970 et Law cumule les blessures. Le club est même dominé par son éternel rival, Manchester City.’

Manchester City qu’il retrouve pour l’ultime saison, celle de 1973 – 1974 où il inscrit 12 buts. C’est son avant-dernier tour de piste. Avant-dernier, car il sera sélectionné pour son pays à la Coupe du monde 1974 en Allemagne Fédérale.

L’Écosse est tombée sur un groupe difficile avec la Yougoslavie (les Brésiliens de l’Europe, comme on disait d’eux à l’époque) et la Seleçao soit les Brésiliens, les vrais. Les accompagne le modeste Zaïre qui prend des cartons à chaque match, malgré ou peut-être à cause d’un jeu offensif et séduisant. L’Écosse de Law bat largement le Zaïre et fait deux nuls contre le Brésil (sans Law) et la Yougoslavie. Les trois équipes se classent premières ex æquo et c’est le goal-average qui élimine l’Écosse. Law peut faire ses adieux, à l’Écosse et au monde.

En sélection nationale, il aura quand même marqué 30 buts pour 55 matchs, sur une quinzaine d’années. Un pilier de cette équipe où Law « l’Anglais » côtoie la crème des Glasgow Rangers et du Celtic. The Lawman, comme on l’appelait à Manchester, peut raccrocher les crampons à 34 ans. Il aura accédé à toutes les distinctions honorifiques du football britannique, inscrit au tableau d’honneur de l’équipe nationale d’Écosse et élu meilleur joueur écossais des 50 dernières années en 2003. En 1974, il fait partie de la « short list » des 10 plus grands joueurs du championnat anglais. En plus, et aussi pour sa personnalité chaleureuse et ses actions caritatives, il sera fait commandeur de l’ordre de l’empire britannique, sur un vibrant God save the queen.

Après quelques piges à la BBC comme consultant, radio et télévision, il reprendra des études aux universités d’Aberdeen et de Saint-Andrew où il obtiendra des diplômes à titre honorifique. Mais la maladie ne le laissera pas tranquille, déjà opéré d’un cancer de la prostate en 2003. Il sera ambassadeur de la coupe de l’UEFA et remplacera Mick Robson comme président de l’association caritative Football Aid, avant de se voir atteint d’Alzheimer et de démence sénile en 2021.

Denis Law aura incarné une certaine idée du football, romantique et généreuse. Tout le contraire des mercenaires d’aujourd’hui. Une grâce incroyable sur le terrain. An amazing grace… comme on dirait en Écosse.

3 février 2025

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VINGINCES 8DAGONNETJ’avais écrit ça en à peine trois mois, en écrivain du dimanche. J’avais commencé un lundi, après un week-end avec des amis où on avait passé notre temps à picoler et à se raconter entre deux fous rires des anecdotes et des souvenirs communs sur nos années passées à Paris, dans les années 70. J’allais avoir 30 ans et je m’étais réveillé la bouche pâteuse et la gueule de bois avec un sentiment de vide et de mélancolie qui exigeait, nécessité intérieure, que je me mesure à la page blanche, sous la tutelle supposée bienveillante de tous les auteurs que j’admirais. Ça s’appelait Réverbérations (d’après le titre d’un morceau du 13th Floor Elevators, groupe psychédélique texan), sous-titré Passés simples, et se voulait être une chronique des années 60 et 70 à travers l’itinéraire de quelques personnages dont les histoires finissaient par se rejoindre. Un manuscrit de 230 pages qu’il me fallait proposer aux professionnels de la profession, à savoir aux grandes maisons d’édition parisiennes, puisque les quelques éditeurs indépendants dont on m’avait parlé avaient déjà leurs parutions ficelées pour des années. C’est en tout cas ce qu’ils m’avaient tous dit. Mon ami Luc avait été l’un des premiers enthousiasmés par ce roman et il l’avait recommandé, en tant qu’auteur publié de quelques romans sur le Vietnam, à Simone Gallimard, directrice du Mercure de France, du Mercure François, comme disait le Cyrano de Rostand. La dame lui avait fait part de ses réticences, arguant que, si le roman avait des qualités indéniables, son langage jeune et un tantinet démagogique ne permettait pas une publication chez elle. À moins de revoir le manuscrit, sans donner la moindre indication pour ce faire. « Un bon brouillon », m’avait dit Luc, qui semblait d’accord avec elle, mais un brouillon quand même qu’il s’agissait de retravailler pour lui donner une forme publiable correspondant aux critères exigeants de l’édition. Je ne voyais pas trop par quoi commencer et les bras m’en tombaient lorsque je me mettais à retravailler, comme ils disaient, sans savoir exactement ce qu’il y avait à modifier. J’envoyais donc mon manuscrit tel quel chez les principaux éditeurs. Une dizaine de copies étaient tapies dans un grand sac de sport et j’arpentais le quartier de l’Odéon en frappant aux portes des doges de la république des lettres, de ceux qui décidaient si vous étiez un auteur digne d’être publié ou un écrivaillon condamné à n’écrire que pour ses tiroirs. Humble mortel, j’avais l’audace de m’en remettre au jugement des dieux et je ne fus pas déçu, recevant les unes après les autres des lettres de refus stéréotypées avec toujours les mêmes formules hypocrites. Un bon livre assurément, mais qui ne correspondait à aucune de leurs collections, ou qui n’avait pas reçu la majorité des avis positifs du comité de lecture avec des « malheureusement » à longueur de bras et des encouragements pour la suite. J’en étais venu à les collectionner. Ne voulant pas rester sur un échec, j’en avais commencé un autre, Les journées de plomb (en référence aux années de plomb italiennes), dans un genre différent. Un retraité que j’avais baptisé Adrien Ménard et qui passait son temps à aller aux putes et à supporter un club de football. L’intrigue, assez mince, tournait autour de son fils, gibier de psychiatrie mêlé à une tentative d’enlèvement d’un patron de choc. Quelque chose en phase avec la montée du Front National et les exploits d’Action Directe. Même punition, avec des lettres de refus en pagaille, pile trois mois après mes envois. On ne s’embarrassait même plus de formules de politesse et de petits mots de consolation. Le roman n’était tout simplement pas convaincant, faute d’une intrigue solide qui seule aurait pu lui donner de la consistance. J’avais fait appel à un haut placé de la CFDT qui connaissait du monde dans la maison d’édition proche du syndicat et il n’avait même pas daigné recommander mon manuscrit, pas convaincu lui non plus. Sauf que lui, je ne le savais pas critique littéraire. Déçu dans mes ambitions du même nom, je décidais d’en rester là quand mon ami Luc m’adressa une publicité émanant de la société Icare, qui se faisait fort de relire et de corriger les manuscrits qu’elle estimait publiables et, par ses relations avec les éditeurs, de les faire éditer moyennant quelques retouches sur la base de leurs précieux conseils. Tout cela évidemment moyennant aussi finance, car leurs services n’étaient pas gratuits, va sans dire. J’avais pris rendez-vous avec Yves Dagonnet, le directeur de ladite société. Dans les bureaux d’Icare, deux pièces obscures dans un immeuble de rapport du quartier latin. Dagonnet était un grand barbu débonnaire et volubile, avec un gros nez et un regard franc. Il verrait ce qu’il pouvait faire pour mon manuscrit, mon enfant de papier qui l’appelait au secours. Sa secrétaire, une jeune femme accorte au décolleté provoquant, nous servit le champagne et nous trinquâmes à ma réussite. Quinze jours plus tard, Dagonnet me renvoyait mon manuscrit avec ses propositions de réécriture, ses recommandations. Une dizaine de feuillets tapés à la machine où, chapitre par chapitre, paragraphe par paragraphe et ligne par ligne, il me proposait ses reformulations et ses corrections. Il me demandait également un chèque de 6000 francs pour ce travail avec l’assurance que, à condition de me conformer à ses prescriptions, le manuscrit serait publié dès la rentrée. Je profitais de quelques jours de vacances début juin pour revoir le manuscrit, en respectant les consignes. Avec les coupes, les conseils de réécriture pour certains passages, les innombrables notes en bas de page et les explications sur tout ce qui concernait les faits et les personnages de l’époque ; mon roman me paraissait formaté, banalisé, appauvri. Les 230 pages étaient passées à 300 mais j’avais la douloureuse impression d’avoir affadi une histoire qui perdait beaucoup de son intérêt, avec un approfondissement psychologique des personnages et des tas de précisions redondantes.

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