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LES PRÉNOMS ONT ÉTÉ CHANGÉS (16)

Jean-Paul

Illustration qui n’a pas grand chose à voir. Mais c’est du Grardel, c’est l’essentiel

On s’était connus à Paris, à Villejuif plus exactement à l’occasion d’un stage de radiotélégraphiste qui réunissait une vingtaine de personnes. C’était fin novembre 1974, juste après les grèves auxquelles lui et moi avions participé. Il était étudiant en sociologie à Tours avant de se faire embaucher comme auxiliaire aux PTT pour, disait-il, être au plus près de la classe ouvrière, au plus près du peuple. Pour lui, c’était aussi un poste stratégique pour bloquer les réseaux de télécommunications après le grand soir, comme dans le roman de Paul Nizan, La Conspiration. Il faut dire qu’il était adhérent de la Ligue Communiste, devenue Front Communiste Révolutionnaire après la dissolution prononcée par Marcellin, le ministre de l’intérieur de l’époque. Pour moi, FCR avait plus à voir avec le FC Rouen qui jouait encore à l’époque en première division. J’avais adhéré au PSU local, un parti qu’il baptisait avec cruauté de « centriste ». Son parti – son organisation, rectifiait-il, occupait l’espace de la vraie gauche dans un échiquier politique pour le moins bizarre où le PS et le PCF étaient à droite et les anars, conseillistes et situationnistes à l’extrême-gauche. Les différentes chapelles trotskistes étaient seules à gauche.

Mes premiers contacts avec lui étaient rien moins que conflictuels. Il faut dire qu’il savait tout, dans tous les domaines. Quel que soit le sujet de nos conversations, il me dominait par son érudition et ses capacités d’analyse. Il savait tout sur l’histoire, la littérature, la musique, le cinéma, la philosophie et, bien sûr, la politique. Après les échanges nourris qui parfois nous opposaient, je rendais les armes en ayant honte de mon ignorance et de mon manque de réparties et d’à propos. Dominé de la tête et des épaules, qu’on parlât de Godard, de Barthes, de Debord, de Deleuze ou de Lacan. Je lisais peu à l’époque, surtout des San Antonio, des Simenon, Kerouac et toutes les publications des éditions du Square. Lui avait tout lu (tout bu et tout vu, ajouté-je ironiquement en souvenir d’une chanson de Dutronc).

Il habitait dans l’appartement parisien qu’Alain Krivine mettait à la disposition de jeunes militants de province de passage à Paris, rue des Blomets, pas très loin du siège de l’organisation. Il appelait d’ailleurs Krivine « Alain », comme s’il s’agissait d’une vieille connaissance, d’un ami proche. Avec quelques copains qui avaient comme moi à subir ses saillies et son ironie mauvaise, on l’avait surnommé « le trotskard flippé ». Mais il me réservait un traitement de faveur.

Il faut dire que nous nous fichions complètement de la phraséologie trotskyste et que le vieux Léon n’avait été pour nous qu’une victime pas si innocente de l’homme au piolet, l’immonde Mercader. Jean-Paul n’en finissait pas de fustiger notre inculture générale et notre illettrisme politique. Nous n’étions pour lui que des produits conventionnels des classes moyennes inaptes à la conscientisation et donc perdus pour l’action. On sentait pourtant qu’il ne désespérait pas de nous convertir en militant efficace, conséquent et discipliné, un peu comme ces curés prêts à racheter les âmes des pires dépravés.

Nous n’étions trotskystes que pour assister à la fête de Rouge (le bulletin de la Ligue), où on pouvait voir certaines années les plus beaux fleurons de la pop music, de Captain Beefheart à Doctor Feelgood en passant par John Cale. On attirait pas les mouches avec du vinaigre, ni les petits bourgeois avec les chœurs de l’armée rouge.

Il nous arrivait de nous engueuler à la sortie des salles de cinéma du Quartier latin que nous fréquentions quasiment tous les soirs. Des batailles d’Hernani que je perdais à chaque fois. J’étais d’une bêtise crasse parce que j’avais osé dire que le Senso de Visconti me faisait penser à un mélo ; d’une insensibilité pathologique quand un Philippe Garrel m’avait fait bailler et, après mon peu d’enthousiasme au sortir du Profession reporter d’Antonioni, nous en étions presque venus aux mains. C’était toujours le même discours, j’étais un béotien, un rustre qui ne possédait aucun sens de l’esthétique et qui de toute façon n’avait pas les bases théoriques pour voir les films autrement qu’en consommateur abruti par la société du spectacle.

Je finissais par être terrorisé et je n’osais même plus lui donner mon opinion sur le moindre livre ou le moindre spectacle, au risque de m’attirer ses foudres. J’en perdais même toute assurance et, un jour qu’il me parlait avec sa volubilité habituelle des Visiteurs du soir, le film qu’Elia Kazan avait fait sur la guerre du Vietnam, une soirée entre vétérans qui tournait au drame ; j’osais lui préciser que ce titre était un film de Marcel Carné. J’eus droit à ses affirmations catégoriques et à ses remarques méprisantes, moi qui me permettait de douter de sa vaste érudition. Il devait s’excuser le lendemain en admettant que le film dont il parlait s’intitulait Les visiteurs tout court. Un mea culpa qui n’était pas vraiment son genre. Il devait être patraque.

Il partit quelques mois à l’armée, pour être utile à la révolution et former un comité de soldats. Au retour, rien n’avait changé et il était toujours aussi pénible. J’avais pris l’habitude de l’éviter mais il était sans pitié et cherchait ce qui tenait de plus en plus de l’affrontement, un combat inégal où il m’écrasait de sa supériorité et où je n’avais qu’à admettre mes lacunes et à saluer une fois de plus ses capacités intellectuelles et son vaste entendement.

Le coup de grâce me fut donné lors d’un concert dans une église des Halles où se produisait Nico et son harmonium ; un concert au profit de la RAF, Rote Armee Fraktion de Ulrike Meinhof et Andreas Baader. J’étais monté en chaire et on m’avait refilé un joint, du shit au sens propre, soit une merde avec des effets secondaires dévastateurs : nausées, suées et bouffées délirantes. L’individu tout habillé de noir qui m’avait intoxiqué s’était permis un commentaire sur les journaux que je lisais et en particulier sur un numéro d’Actuel planqué sous ma veste, « journal fasciste au premier degré », m’avait-il dit sentencieusement.

En sortant avec Jean-Paul, dont j’étais devenu le parfait souffre-douleur, je lui demandais comment on pouvait qualifier un tel journal libertaire et progressiste de fasciste. Il m’expliqua avec son amabilité coutumière qu’on pouvait très bien estimer que l’écriture était fasciste, quelle qu’elle soit, me renvoyant à Roland Barthes, à la sémiologie, au structuralisme et à la linguistique. Autant par l’effet du shit que par ces explications oiseuses, j’allais vomir dans un caniveau et je quittais Paris le lendemain, à bout de patience et bien décidé à mettre un terme à ce petit jeu sado-masochiste (il aurait plutôt puisé sa comparaison chez Hegel et sa dialectique du maître et de l’esclave).

Retourné dans ma province et de retour au travail après un long congé maladie, je n’avais plus que des souvenirs confus de Jean-Paul que j’associais dans mon esprit à Sartre, le même prénom mais aussi le même débit oral et la même virtuosité intellectuelle. Plus ce rire grinçant. Seule la calvitie et le regard différaient. Le trotskard flippé était devenu une légende de plus en plus obscure que j’évitais de me remémorer. Une sorte de terroriste intellectuel à fuir.

Je le revis quelques années plus tard lors d’un séjour à Paris. Il était en couple et passait le plus clair de son temps à voyager aux quatre coins du monde, sur tous les continents. Il professait qu’on ne pouvait pas comprendre le monde, ce qu’il s’efforçait de faire depuis toujours, sans connaître ses réalités les plus diversifiées ; le monde et ses habitants, ses traditions, ses cultures. Le monde, je n’avais pas à le comprendre, il me tombait dessus tous les jours.

Il ne militait plus à la LCR, il ne militait plus nulle part d’ailleurs, et je m’étais attiré une réplique cinglante quand j’avais voulu maladroitement me moquer de sa désaffiliation politique, lui qui nous avait fait perdre le manger et le boire avec sa chapelle trotskyste. Il détestait les sociaux-traîtres et n’avait pas voté Mitterrand en même temps qu’il maudissait les stals du PC et, quant aux gauchistes, il regrettait d’avoir sacrifié sa jeunesse à des combats perdus.

– Et toi, toujours à l’UDF ?

Ce qui voulait dire en clair qu’il n’avait pas de leçon politique à recevoir de moi. Aucune leçon d’aucune sorte d’ailleurs.

Même des années après, j’avais toujours le mauvais rôle, mais je n’étais pas sans avoir remarqué qu’il faisait preuve de plus de tolérance, de plus d’écoute. Il allait même jusqu’à s’intéresser à mes lectures, à mes découvertes musicales, à mon érudition dans les domaines du rock et du football, comme si l’intellectuel suffisant dont j’avais gardé le souvenir se muait en humaniste compréhensif, bienveillant et fraternel. Le contraste était saisissant.

Puis il me dit qu’il quittait Paris pour s’installer à Marseille avec sa compagne.

Plus tard, je ne manquais pas de passer quelques jours chez eux, l’été, avec des restaurants de poisson, des balades dans les calanques, des promenades en ville et des virées sur la côte. C’était toujours un plaisir et je passais beaucoup de temps à fouiller dans sa bibliothèque pour trouver des éditions rares et des incunables.

Ils étaient aussi venus dans le Nord, et ma femme et moi avions eu toutes les peines de leur trouver des équivalents touristiques à leur région. L’Audomarois, les monts du Boulonnais, l’Avesnois, les musées de Fourmies ou de Lewaerde avaient tenté de faire pièce à la Méditerranée, au Frioul et au Château d’If. Un combat perdu d’avance. Il avait tout de même pris goût aux bières belges et à la gastronomie locale, lui qui ne jurait que par le vin et la cuisine italienne. J’avais marqué des points.

On n’en était plus à se mesurer et à rivaliser d’érudition. Tout cela nous paraissait, maintenant 25 ans plus tard, totalement dérisoire. C’était une vraie amitié et nous nous demandions comment nous avions pu avoir de tels rapports durant toute cette période. Nous préférions en rire en nous remémorant nos disputes intellectuelles et nos batailles homériques d’après spectacles.

Tout ce que j’avais gardé de cette époque, c’était une liste de 100 albums de jazz – ses « favorite things » qu’il m’avait concocté et que j’avais respecté à la lettre, me procurant les trois-quarts des albums prescrits pour une sorte de discothèque idéale d’un genre que je connaissais mal avant de le connaître.

– Ah, j’ai aussi pontifié sur le jazz, m’avait-il dit, goguenard au souvenir de cette liste.

J’avais aussi gardé le souvenir de tous ces titres de livres, d’essais, de films, de pièces de théâtre. De tous ces noms d’écrivains, de philosophes, de musiciens, de peintres qui avaient longtemps tourné dans ma tête jusqu’à les découvrir et me les approprier.

Il était devenu un ami fidèle et attentionné, et, rétifs tous les deux au téléphone, nous échangions de longues lettres où nous nous racontions nos vies tout en nous faisant part mutuellement des découvertes littéraires qu’il nous avait été donné de faire.

Le trotskard flippé s’était transformé avec le temps en un homme charmant, dont la sensibilité le disputait à l’intelligence.

Puis les lettres s’espacèrent et les nouvelles se faisaient rares. On le savait en mauvaise santé et celle qui était maintenant devenue son épouse nous avait parlé pudiquement d’ennuis d’estomac et d’hospitalisations de plus en plus fréquentes. Il finit par me dire au téléphone qu’il se battait avec le crabe, un cancer qui ne lui laissait aucun répit. Il luttait courageusement, mais vomissait tout ce qu’il ingurgitait à grand peine et perdait ses forces. Son acuité intellectuelle était, elle, toujours intacte et son humour toujours aussi caustique, même dans les pires moments.

Il m’avait confié ce jour-là que tout ce qu’il avait pu apprendre des écrivains, des philosophes et des artistes n’était plus d’une grande utilité quand on arrivait à la fin. Je n’eus pas le mauvais goût de lui dire que ce n’était qu’un moment à passer et qu’il se rétablira. Sa lucidité en aurait souffert.

C’est un jour de novembre 2007 que je bravais une grève de la SNCF – les camarades défendaient leurs régimes spéciaux de retraite – que j’assistais à son enterrement. Il avait passé plusieurs mois à l’hôpital de la Timone et s’était éteint paisiblement, selon la formule consacrée. Je ne l’imaginais pas mourir paisiblement, encore moins tranquillement et je nourrissais le plus grand scepticisme contre l’usage de ces formules obituaires convenues.

Je saluais ses parents dans la chapelle de l’hôpital, des petits vieux qui ne comprenaient pas ce qui leur arrivait. « Les parents ne devraient pas enterrer leurs enfants, c’est contre nature », disaient-ils chacun à leur tour avec des sanglots dans la voix. Lui était un receveur des postes qui avait fait le tour de France dans différents bureaux et elle l’avait suivi dans tout le pays, bâtissant au fil de ses étapes un nouveau quotidien et tissant à chaque fois d’autres liens en mère courage effacée et discrète au service des ambitions de son mari.

Trois ans plus tard, des vacances dans le sud nous avaient permis de passer à Marseille pour saluer l’épouse de Jean-Paul. Il m’avait laissé quelques belles pièces de sa bibliothèque, des éditions originales d’écrivains et de poètes beat dont Philip Kaufman, Claude Pélieu et William Burroughs.

– Il a pensé que tu étais digne de les recevoir.

Elle me remit les livres et je faisais semblant de m’absorber dans leur lecture, manière pas très habile d’essayer de cacher mes larmes.

Cela n’avait trompé personne.

16 mai 2021

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VINGINCES 8DAGONNETJ’avais écrit ça en à peine trois mois, en écrivain du dimanche. J’avais commencé un lundi, après un week-end avec des amis où on avait passé notre temps à picoler et à se raconter entre deux fous rires des anecdotes et des souvenirs communs sur nos années passées à Paris, dans les années 70. J’allais avoir 30 ans et je m’étais réveillé la bouche pâteuse et la gueule de bois avec un sentiment de vide et de mélancolie qui exigeait, nécessité intérieure, que je me mesure à la page blanche, sous la tutelle supposée bienveillante de tous les auteurs que j’admirais. Ça s’appelait Réverbérations (d’après le titre d’un morceau du 13th Floor Elevators, groupe psychédélique texan), sous-titré Passés simples, et se voulait être une chronique des années 60 et 70 à travers l’itinéraire de quelques personnages dont les histoires finissaient par se rejoindre. Un manuscrit de 230 pages qu’il me fallait proposer aux professionnels de la profession, à savoir aux grandes maisons d’édition parisiennes, puisque les quelques éditeurs indépendants dont on m’avait parlé avaient déjà leurs parutions ficelées pour des années. C’est en tout cas ce qu’ils m’avaient tous dit. Mon ami Luc avait été l’un des premiers enthousiasmés par ce roman et il l’avait recommandé, en tant qu’auteur publié de quelques romans sur le Vietnam, à Simone Gallimard, directrice du Mercure de France, du Mercure François, comme disait le Cyrano de Rostand. La dame lui avait fait part de ses réticences, arguant que, si le roman avait des qualités indéniables, son langage jeune et un tantinet démagogique ne permettait pas une publication chez elle. À moins de revoir le manuscrit, sans donner la moindre indication pour ce faire. « Un bon brouillon », m’avait dit Luc, qui semblait d’accord avec elle, mais un brouillon quand même qu’il s’agissait de retravailler pour lui donner une forme publiable correspondant aux critères exigeants de l’édition. Je ne voyais pas trop par quoi commencer et les bras m’en tombaient lorsque je me mettais à retravailler, comme ils disaient, sans savoir exactement ce qu’il y avait à modifier. J’envoyais donc mon manuscrit tel quel chez les principaux éditeurs. Une dizaine de copies étaient tapies dans un grand sac de sport et j’arpentais le quartier de l’Odéon en frappant aux portes des doges de la république des lettres, de ceux qui décidaient si vous étiez un auteur digne d’être publié ou un écrivaillon condamné à n’écrire que pour ses tiroirs. Humble mortel, j’avais l’audace de m’en remettre au jugement des dieux et je ne fus pas déçu, recevant les unes après les autres des lettres de refus stéréotypées avec toujours les mêmes formules hypocrites. Un bon livre assurément, mais qui ne correspondait à aucune de leurs collections, ou qui n’avait pas reçu la majorité des avis positifs du comité de lecture avec des « malheureusement » à longueur de bras et des encouragements pour la suite. J’en étais venu à les collectionner. Ne voulant pas rester sur un échec, j’en avais commencé un autre, Les journées de plomb (en référence aux années de plomb italiennes), dans un genre différent. Un retraité que j’avais baptisé Adrien Ménard et qui passait son temps à aller aux putes et à supporter un club de football. L’intrigue, assez mince, tournait autour de son fils, gibier de psychiatrie mêlé à une tentative d’enlèvement d’un patron de choc. Quelque chose en phase avec la montée du Front National et les exploits d’Action Directe. Même punition, avec des lettres de refus en pagaille, pile trois mois après mes envois. On ne s’embarrassait même plus de formules de politesse et de petits mots de consolation. Le roman n’était tout simplement pas convaincant, faute d’une intrigue solide qui seule aurait pu lui donner de la consistance. J’avais fait appel à un haut placé de la CFDT qui connaissait du monde dans la maison d’édition proche du syndicat et il n’avait même pas daigné recommander mon manuscrit, pas convaincu lui non plus. Sauf que lui, je ne le savais pas critique littéraire. Déçu dans mes ambitions du même nom, je décidais d’en rester là quand mon ami Luc m’adressa une publicité émanant de la société Icare, qui se faisait fort de relire et de corriger les manuscrits qu’elle estimait publiables et, par ses relations avec les éditeurs, de les faire éditer moyennant quelques retouches sur la base de leurs précieux conseils. Tout cela évidemment moyennant aussi finance, car leurs services n’étaient pas gratuits, va sans dire. J’avais pris rendez-vous avec Yves Dagonnet, le directeur de ladite société. Dans les bureaux d’Icare, deux pièces obscures dans un immeuble de rapport du quartier latin. Dagonnet était un grand barbu débonnaire et volubile, avec un gros nez et un regard franc. Il verrait ce qu’il pouvait faire pour mon manuscrit, mon enfant de papier qui l’appelait au secours. Sa secrétaire, une jeune femme accorte au décolleté provoquant, nous servit le champagne et nous trinquâmes à ma réussite. Quinze jours plus tard, Dagonnet me renvoyait mon manuscrit avec ses propositions de réécriture, ses recommandations. Une dizaine de feuillets tapés à la machine où, chapitre par chapitre, paragraphe par paragraphe et ligne par ligne, il me proposait ses reformulations et ses corrections. Il me demandait également un chèque de 6000 francs pour ce travail avec l’assurance que, à condition de me conformer à ses prescriptions, le manuscrit serait publié dès la rentrée. Je profitais de quelques jours de vacances début juin pour revoir le manuscrit, en respectant les consignes. Avec les coupes, les conseils de réécriture pour certains passages, les innombrables notes en bas de page et les explications sur tout ce qui concernait les faits et les personnages de l’époque ; mon roman me paraissait formaté, banalisé, appauvri. Les 230 pages étaient passées à 300 mais j’avais la douloureuse impression d’avoir affadi une histoire qui perdait beaucoup de son intérêt, avec un approfondissement psychologique des personnages et des tas de précisions redondantes.

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