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RONNIE BIRD : L’OISEAU ROCKER

Couverture de la biographie du Bird, par votre serviteur et Manuel Rabasse (2017). Avec l’aimable autorisation de l’éditeur. Les 9 EP sont là, manque le dernier simple.

Ronald Méhu, alias Ronnie Bird, a débuté sa courte carrière en 1964. Pile 60 ans ! Il a été l’une des plus convaincantes incarnations du rock en France par le biais de 45 tours puissants adaptant pour la plupart des hits anglo-saxons. Le Rock en V.F, selon le titre d’un livre à lui consacré par Manuel Rabasse et votre serviteur, en 2017. Des premiers EP’s chez Decca, produits par Mickey Baker, jusqu’à sa demi-retraite new-yorkaise, l’histoire en accéléré d’une idole des sixties qui a eu le bon goût et l’élégance d’arrêter à temps en découvrant d’autres horizons. Faut pas t’en faire pour Ronnie ! (ça arrive à tout le monde).

C’était le temps du Surf rock, du Swinging London, des Rica Levi’s, des Pepsi Booms et des Yéyés. Déjà perçaient les Rolling Stones et les Beatles engrangeaient les hits avec une régularité de métronomes. On écoutait Dans le vent ou Salut les copains sur Europe 1 et on s’arrachait les pages du magazine éponyme. À la télévision sévissait un certain Albert Raisner, harmoniciste fou, dans Âge tendre et tête de bois, en direct du Moulin de la Galette et, du haut de mes 10 ans, j’achetais mes premiers super 45 tours de Claude François, Frank Alamo ou Richard Anthony.

Et de Ronnie Bird, un jeune Turc qui reprenait des hits des Stones ou des Pretty Things dans ma langue maternelle. On s’était intéressé à l’oiseau rare et une fiche de SLC racontait qu’il était né en avril 1946 à Boulogne-Billancourt, avait été viré en seconde du lycée Claude Bernard et nous revenait de Londres après avoir découvert les Beatles dont il avait adopté la coupe de cheveux. ‘Achement terrible ! Son nom de scène vient d’un aviateur téméraire, un fou volant qui se serait scratché sur le sol. I comme Icare…

Il enregistre son premier E.P dans les studios Decca, avec le guitariste Mickey Baker aux consoles. Ce sera « Adieu À Un Ami », un hommage à Buddy Holly, au printemps 1964. En décembre, sort son deuxième super 45 tours avec « L’Amour Nous Rend Fous », encore Buddy Holly dont il adapte le « Love Has Made A Fool Of You ». On peut voir Ronnie Bird dans les rares émissions pour jeunes à la télévision, et l’entendre à la radio. En interviews, Ronnie confesse sa passion pour les pionniers du rock’n’roll et pour les groupes pop anglais, Rolling Stones en tête.

Son premier E.P de 1965 est une splendeur : reprises des Stones (« Elle M’Attend » / « The Last Time » et « Pour Être À Toi » / « Down Home Girl »), des Pretty Things (« Tu Perds Ton Temps » / « Don’t Bring Me Down ») et des Nashville Teens (« Fais Attention » / « Gonna Find My Way Back Home »). Ronnie traduit les hits fulgurants des hit-parades des radios pirates et il le fait avec ferveur et talent. Il frappe encore plus fort avec « Où Va-T-Elle », sur une chanson des Hollies, et reprend aussi Ian Whitcomb, les Moody Blues et les Turtles.

1965 voit des milliers de jeunes se réunir sur la Place de la Nation pour un concert improvisé (une flash-mob dirait-on maintenant) de Johnny Hallyday lancé par Daniel Filipacchi sur SLC. Ronnie apparaît sur la photo du siècle de Jean-Marie Périer. La British invasion fait des ravages et Disco Revue lance son manifeste : Appelons-nous les rockers !, un fort éditorial de Jean-Claude Berthon aux accents prométhéens. Rockers de tous les pays unissez-vous !

L’année 1966 marque un tournant. Les Yéyés n’ont plus le vent en poupe et des petits nouveaux viennent bouleverser le bel agencement des hit-parades : Michel Polnareff, Christophe, Michel Delpech, Jacques Dutronc, Antoine, Stella, Nino Ferrer… Le vent de la contestation, venu d’outre-Atlantique, souffle sur la variété française qui tend à s’afficher anticonformiste et rebelle.

Ronnie, lui, a quitté Decca pour signer chez Philips, la marque reine du disque en France, celle de Johnny Hallyday, c’est dire. Il reprend un succès de Them qui sera repris par les Troggs, « Chante », qui brocarde Antoine et les pseudo-contestataires qui, en épigones de Dylan, font de la chanson un véhicule de leurs idées politiques. On peut juger le texte un peu réac, mais il préfigure la trajectoire de ces gauchistes qui iront « du col Mao au Rotary », selon Guy Hocquengheim. Avec ça, une reprise des Who dont le texte a été écrit par Hubert «Dans le vent » Wayaffe, « Ne T’En Fais Pas Pour Ronnie » / « A Legal Matter ») plus une reprise des Everly Brothers («So Sad ») et des Knickerbokers (« Cheese » / « Lies »), un groupe redécouvert par Lenny Kaye au bonheur de sa superbe compilation, Nuggets en 1972.

Deux E.P par an et un album, compilation Decca de ses chansons pour le label. On trouve encore des reprises des Stones (« Ce N’Est Pas Vrai » / « Blue Turns To Grey ») et des Small Faces («  Le Style Anglais » / « Hey Girl »), entre autres.

Puis Ronnie Bird s’acoquine avec deux musiciens anglais de Johnny Hallyday, Micky Jones et Tommy Brown, pour un virage Rhythm’n’blues. En mai 1967, on peut le voir à Bouton Rouge, l’émission de Pierre Lattès, chanter son «Tu En Dis Trop » (« You Don’t K now Like I Know » de Sam & Dave), accompagné de Zouzou la Twisteuse sur un court-métrage de Philippe Garrel.

Après la parenthèse Soul, c’est le psychédélisme qui s’invite au répertoire du chanteur passé du look Mod aux chemises à fleurs. Peut-être son meilleur EP avec des reprises des Bee Gees et de Tim Hardin plus deux chansons originales cette fois : « Les Filles En Sucre D’Orge » et « La Surprise », tendant à prouver que Ronnie Bird n’est pas qu’un adaptateur inspiré.

À l’été 1967, c’est le fameux « Le Pic-vert », interdit sur les ondes pour obscénité. Le texte sera reproduit plus tard par Hara-Kiri Hebdo pour dénoncer une censure qui confine à la stupidité. Ronnie Bird fait une première fugue aux États-Unis d’abord, puis au Canada où il conquiert un public qui l’adopte. Jusque-là, les concerts se cantonnaient au Golf-Drouot ou à des Dancings de la frontière belge, à part une tournée nationale avec Chuck Berry et Antoine, au printemps 1966. Lors d’une de ces tournées, un accident de voiture provoque l’infirmité d’un roadie qui tenait le volant et Ronnie est traîné devant le Tribunal des Affaires Sociales en tant que « donneur d’ordre ». C’est le commencement de la fin. Philips sort son second album – il n’y en aura pas d’autres, du moins dans sa première période – compilation là aussi des ses 45 tours.

Un dernier simple (« Sad Soul » / «Rain In The City ») en 1968, après une tournée calamiteuse interrompue par les événements. Ronnie doit jeter l’éponge après un dernier passage à la télévision dans Forum Musiques, émission de Philippe Koechlin. Dès lors, Ronnie va avoir mille vies.

Il joue dans Hair, importé à la Porte Saint-Martin, puis dans une version française de Jésus-Christ Superstar, mise en scène par Pierre Delanoë. Il part à Londres, dans le sillage du groupe Spooky Tooth, puis fait un tour du monde pour une association humanitaire. Il vivra quelques années dans une communauté en Écosse avant de rentrer à Paris pour une tentative avortée de come-back à l’heure du punk.

Ce sera ensuite New York et le bureau de New York d’Antenne 2 qui l’engage comme technicien puis comme grand reporter en Amérique du Sud notamment. Il y rencontre l’ex producteur Giorgio Gomelsky et l’ami Francis Dumaurier pour une seconde vie qui lui permet d’enregistrer One world, un C.D World music sorti en 1992. Bayon et Serge Loupien l’interviewent pour Libération et il fait quelques télés chez nous avant de repartir dans son New York d’adoption.

Il sera un temps le chauffeur de Ray Charles pour qui il écrira « Precious Thing », un hit international que Brother Ray enregistrera avec Dee Dee Bridgewater. Autant de royalties qui lui permettront une retraite dorée. Entre temps, il sera devenu le chanteur culte de toutes les nostalgies, faisant la une de Juke-Box Magazine qui sortira un faux live de lui ainsi que quelques raretés. Plus des compilations en pagaille qui le rappelleront au bon souvenir de ses vieux fans.

C’est son fan de toujours, Sébastien Himoun, qui sera son archiviste et son héraut, alimentant un site Internet tenu par Sonia Coplot à la gloire de Ronnie, chanteur oublié qui coule des jours tranquilles à New York. Pour la petite histoire, Manuel Rabasse et moi-même avions sorti une biographie de Ronnie Bird, diversement appréciée et descendue par Juke-Box Magazine, en gardiens du temple estimant illégitimes et apocryphes des écrits sur leur idole n’émanant pas d’eux, de leur coterie.

Mais Ronnie Bird, le chanteur, est à tout le monde, figure totémique de nos adolescences qui nous aura fait connaître les merveilles de la Pop music et nous aura fait passer de l’autre côté du miroir, titre de l’une de ses chansons. Peut-être lira-t-il cet hommage, par l’intermédiaire de l’ami américain, Francis Dumaurier. En espérant qu’il l’appréciera. Bird-Doggin’, comme chantait Gene Vincent. Et bye bye bird !

Le rock en V.F – Didier Delinotte et Manuel Rabasse – Camion Blanc – 2017.

27 janvier 2024

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VINGINCES 8DAGONNETJ’avais écrit ça en à peine trois mois, en écrivain du dimanche. J’avais commencé un lundi, après un week-end avec des amis où on avait passé notre temps à picoler et à se raconter entre deux fous rires des anecdotes et des souvenirs communs sur nos années passées à Paris, dans les années 70. J’allais avoir 30 ans et je m’étais réveillé la bouche pâteuse et la gueule de bois avec un sentiment de vide et de mélancolie qui exigeait, nécessité intérieure, que je me mesure à la page blanche, sous la tutelle supposée bienveillante de tous les auteurs que j’admirais. Ça s’appelait Réverbérations (d’après le titre d’un morceau du 13th Floor Elevators, groupe psychédélique texan), sous-titré Passés simples, et se voulait être une chronique des années 60 et 70 à travers l’itinéraire de quelques personnages dont les histoires finissaient par se rejoindre. Un manuscrit de 230 pages qu’il me fallait proposer aux professionnels de la profession, à savoir aux grandes maisons d’édition parisiennes, puisque les quelques éditeurs indépendants dont on m’avait parlé avaient déjà leurs parutions ficelées pour des années. C’est en tout cas ce qu’ils m’avaient tous dit. Mon ami Luc avait été l’un des premiers enthousiasmés par ce roman et il l’avait recommandé, en tant qu’auteur publié de quelques romans sur le Vietnam, à Simone Gallimard, directrice du Mercure de France, du Mercure François, comme disait le Cyrano de Rostand. La dame lui avait fait part de ses réticences, arguant que, si le roman avait des qualités indéniables, son langage jeune et un tantinet démagogique ne permettait pas une publication chez elle. À moins de revoir le manuscrit, sans donner la moindre indication pour ce faire. « Un bon brouillon », m’avait dit Luc, qui semblait d’accord avec elle, mais un brouillon quand même qu’il s’agissait de retravailler pour lui donner une forme publiable correspondant aux critères exigeants de l’édition. Je ne voyais pas trop par quoi commencer et les bras m’en tombaient lorsque je me mettais à retravailler, comme ils disaient, sans savoir exactement ce qu’il y avait à modifier. J’envoyais donc mon manuscrit tel quel chez les principaux éditeurs. Une dizaine de copies étaient tapies dans un grand sac de sport et j’arpentais le quartier de l’Odéon en frappant aux portes des doges de la république des lettres, de ceux qui décidaient si vous étiez un auteur digne d’être publié ou un écrivaillon condamné à n’écrire que pour ses tiroirs. Humble mortel, j’avais l’audace de m’en remettre au jugement des dieux et je ne fus pas déçu, recevant les unes après les autres des lettres de refus stéréotypées avec toujours les mêmes formules hypocrites. Un bon livre assurément, mais qui ne correspondait à aucune de leurs collections, ou qui n’avait pas reçu la majorité des avis positifs du comité de lecture avec des « malheureusement » à longueur de bras et des encouragements pour la suite. J’en étais venu à les collectionner. Ne voulant pas rester sur un échec, j’en avais commencé un autre, Les journées de plomb (en référence aux années de plomb italiennes), dans un genre différent. Un retraité que j’avais baptisé Adrien Ménard et qui passait son temps à aller aux putes et à supporter un club de football. L’intrigue, assez mince, tournait autour de son fils, gibier de psychiatrie mêlé à une tentative d’enlèvement d’un patron de choc. Quelque chose en phase avec la montée du Front National et les exploits d’Action Directe. Même punition, avec des lettres de refus en pagaille, pile trois mois après mes envois. On ne s’embarrassait même plus de formules de politesse et de petits mots de consolation. Le roman n’était tout simplement pas convaincant, faute d’une intrigue solide qui seule aurait pu lui donner de la consistance. J’avais fait appel à un haut placé de la CFDT qui connaissait du monde dans la maison d’édition proche du syndicat et il n’avait même pas daigné recommander mon manuscrit, pas convaincu lui non plus. Sauf que lui, je ne le savais pas critique littéraire. Déçu dans mes ambitions du même nom, je décidais d’en rester là quand mon ami Luc m’adressa une publicité émanant de la société Icare, qui se faisait fort de relire et de corriger les manuscrits qu’elle estimait publiables et, par ses relations avec les éditeurs, de les faire éditer moyennant quelques retouches sur la base de leurs précieux conseils. Tout cela évidemment moyennant aussi finance, car leurs services n’étaient pas gratuits, va sans dire. J’avais pris rendez-vous avec Yves Dagonnet, le directeur de ladite société. Dans les bureaux d’Icare, deux pièces obscures dans un immeuble de rapport du quartier latin. Dagonnet était un grand barbu débonnaire et volubile, avec un gros nez et un regard franc. Il verrait ce qu’il pouvait faire pour mon manuscrit, mon enfant de papier qui l’appelait au secours. Sa secrétaire, une jeune femme accorte au décolleté provoquant, nous servit le champagne et nous trinquâmes à ma réussite. Quinze jours plus tard, Dagonnet me renvoyait mon manuscrit avec ses propositions de réécriture, ses recommandations. Une dizaine de feuillets tapés à la machine où, chapitre par chapitre, paragraphe par paragraphe et ligne par ligne, il me proposait ses reformulations et ses corrections. Il me demandait également un chèque de 6000 francs pour ce travail avec l’assurance que, à condition de me conformer à ses prescriptions, le manuscrit serait publié dès la rentrée. Je profitais de quelques jours de vacances début juin pour revoir le manuscrit, en respectant les consignes. Avec les coupes, les conseils de réécriture pour certains passages, les innombrables notes en bas de page et les explications sur tout ce qui concernait les faits et les personnages de l’époque ; mon roman me paraissait formaté, banalisé, appauvri. Les 230 pages étaient passées à 300 mais j’avais la douloureuse impression d’avoir affadi une histoire qui perdait beaucoup de son intérêt, avec un approfondissement psychologique des personnages et des tas de précisions redondantes.

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