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EYELESS IN GAZA

Le drapeau palestinien qu’il est interdit de brandir au fronton des mairies. Palestine vivra, Palestine vaincra (ou l’inverse). Photo Wikipedia.

C’était un groupe anglais de rock qui avait tiré son patronyme d’un poème de Milton sur un passage de la bible où Samson se faisait brûler les yeux par les Philistins avant d’être condamné à moudre du grain dans un moulin. Sans yeux (ou aveugle) à Gaza, peut aussi résumer l’attitude d’Israël et des États-Unis devant le massacre à Gaza qui dure depuis bientôt deux ans. Sans parler de ces médias occidentaux qui n’en finissent pas de rappeler le 7 octobre 2023 pour justifier, ou au moins fermer les yeux, sur ce que le Comité Spécial des Nations-Unies, Amnesty International et beaucoup d’ONG considèrent comme un génocide. Et 246 journalistes palestiniens morts depuis octobre 2023. Cet article n’apprendra pas grand-chose à pas grand-monde, il se veut un modeste hommage au martyr du peuple palestinien, hommage à sa résistance et – qui sait ? – à sa résilience.

On parle de 63000 morts à Gaza, et des cadavres encore à découvrir sous les décombres. On s’empresse de répondre à celles et ceux qui vont crier « 7 octobre » sur l’air des lampions que les morts israéliens imputables au Hamas se comptent à 1188 très exactement et 4834 blessés. Et, côté palestinien, le bilan s’alourdit de jour en jour en attendant un improbable cessez-le-feu sans cesse renvoyé aux calendes grecques par Netanyahou qui conditionne toujours l’arrêt des bombardements à une reddition totale du Hamas et à la libération de tous les otages, sans parler d’une occupation de Gaza et d’un plan de découpage de la Cisjordanie baptisé sobrement E1.

E1, ou la construction de 3400 logements sur une zone de 12 kilomètres carrés à partir de Jérusalem et jusqu’aux abords de Ramallah, soit la division en deux de la Cisjordanie et la quasi-impossibilité d’un futur état palestinien. Une annexion condamnée par l’Onu et par la communauté internationale. Ajoutons que les Palestiniens habitant ces zones ne pourront plus emprunter la route existante actuellement et devront prendre des chemins de traverse, comme ils ont pris l’habitude de le faire avec les colonies, les checkpoints et les occupations militaires (60000 réservistes ont été réquisitionnés encore récemment). « Une nouvelle route de l’apartheid », a commenté l’ONG israélienne La paix maintenant. Il faut se souvenir que la continuité géographique était déjà mise à mal après les accords d’Oslo, la fameuse « peau de léopard » façon bantoustan, on n’en est même plus là et on pourra parler de peau de chagrin.

Génocide, apartheid, tout de suite les grands mots qui suffisent à faire de vous un antisémite côté israélien, mais aussi chez les Républicains aux États-Unis et sur une large partie de l’échiquier politique en France, de « gauche » social-libérale sauce Glucksman à l’extrême-droite.

Le génocide, ce sont les Juifs qui en ont été victimes et il serait honteux d’inverser les rôles et la notion d’apartheid est bien entendu réservée aux affreux afrikaners et à l’Afrique du Sud ou à l’ex-Rhodésie. Comment oser comparer la « seule démocratie du Moyen-Orient » à ce régime abject institutionnalisant le racisme comme politique d’état ?

Mais que dire d’une politique qui consiste à bombarder tout un peuple pour laver l’affront d’un attentat terroriste ? Que dire d’une politique qui vise à affamer cette même population ? Que dire de ces projets trumpiens de « Riviera du Moyen-Orient » ou du projet d’occupation totale de Gaza par Tsahal et les colons derrière elle ?

D’autant qu’Israël a exporté sa guerre dans les pays voisins, d’abord au Liban pour éradiquer le Hezbollah, puis en Syrie pour protéger les Druzes et enfin en Iran l’ennemi principal, épaulé à Téhéran par les Américains qui n’ont pas hésité à bombarder des sites nucléaires. À qui le tour ? On aura en tout cas avec ces agressions une fabrique de terroristes qui se rappelleront à l’occident dans les années à venir.

On sait que le gouvernement israélien issu des législatives de 2022 est une coalition de partis d’extrémistes religieux et de partis d’extrême-droite avec des individus obsédés par la survie d’Israël qui impliquerait la destruction de la Palestine afin d’aboutir à une continuité territoriale allant du Jourdain à la Méditerranée, soit le grand Israël biblique. Les ministres ont pour noms Smotrich, Galant, Ben Gvir, Katz et sont tous à vomir dans leur volonté de liquider les Palestiniens et les opposants, ce qui reste de la gauche israélienne défendant encore la possibilité d’un énième processus de paix et d’une solution à deux états, voire à un état multi ethnique et multi confessionnel, ce qui paraît impossible après l’adoption par la Knesset, en 2018, de la désignation d’Israël comme « état-nation du peuple juif ».

Depuis l’automne 2023, j’ai dû assister à une demi-douzaine de conférences-débats sur Gaza, sans oublier les discours prononcés par les orateurs d’associations comme l’AFPS ou Lille Naplouse pendant les manifestations et les rassemblements.

Qu’ils s’appellent Henry Laurens, Vincent Lemire, Rony Brauman, Alain Gresh ou Denis Sieffert, tous disent peu ou prou la même chose, à savoir que le conflit vient de loin en refaisant l’historique depuis la déclaration Balfour jusqu’à la situation actuelle en passant par la Nakbah, la guerre des 6 jours, l’intifada et les accords d’Oslo. Tous répètent que la situation née des attentats du 7 octobre 2023 remontent à loin, à la résistance d’un peuple contre une nation de plus en plus impérialiste, totalitaire et belliciste, pour ne pas dire raciste. Il a fallu attendre le 7 octobre pour remettre la Palestine à l’agenda international après qu’on eût cru la question réglée avec les accords d’Abraham et l’arrivée de l’extrême-droite religieuse au pouvoir. Tous ont dessiné des pistes pour sortir de cette situation mais

il sera de plus en plus difficile d’appliquer des solutions de paix après la politique du fait accompli pratiquée par le gouvernement israélien. « Les Palestiniens ont gagné la bataille de l’opinion » a dit Rony Brauman en débat public à Roubaix, mais c’est une victoire de consolation, pourrait-on commenter face au désastre en cours.

Après l’arrestation des flottilles par les autorités israéliennes l’année dernière, une autre flottille est partie de Barcelone avec toujours Greta Thunberg en figure de proue. On parle de « 1000 bateaux » qu’on n’arrêtera pas, même si on sent bien que ce genre de formule a pour principale fonction de donner du courage aux militants de la cause palestinienne. La flottille se donne pour but de rompre le blocus et de laisser les ONG apporter l’aide humanitaire et sanitaire la plus urgente. Déjà une ambition qui paraît démesurée face à la brutalité du gouvernement israélien.

On se souvient que Rina Hassam, députée de la France Insoumise, était du voyage il y a quelques mois. Rina Hassam qui vient d’honorer de son nom une promotion de l’Université libre de Belgique, au grand dam des universitaires et des politiques locaux. Les étudiants ont voté deux fois, confirmant ainsi leur choix. À l’heure où l’on voit des antisémites et des islamo-gauchistes derrière les militants de LFI, voilà le genre d’information qui fait plaisir. On peut noter que les plus féroces partisans du Mélenchon bashing sont aussi celles et ceux qui parlent de dédiabolisation du Rassemblement National, devenu subitement philo-sémite, mais pas antiraciste si on en juge par sa haine toujours implacable pour les musulmans, les Arabes et les noirs qui sont en train de nous « grand remplacer ».

On peut aussi citer des socialistes en peau de lapin comme Jérôme Guedj ou Manuel Valls (et le Printemps républicain) qui voient eux aussi des antisémites derrière la moindre critique de l’état d’Israël et des Islamo-gauchistes derrière celles et ceux qui contestent les politiques sécuritaires et anti-immigration.

Sans parler de raisons d’espérer, il y a toutefois des signes encourageants qui peuvent nous donner un peu d’espoir. Les manifestations dans le monde qui attirent toujours du monde (peu de peuples dans l’histoire ont suscité une telle ferveur, un tel soutien), la flottille humanitaire, on l’a dit, mais aussi des lézardes dans l’opinion israélienne qui n’en peut plus de cette guerre et exige avant tout la libération des otages. C’est aussi au sein même de l’armée que des gradés contestent la politique jusqu’au-boutiste de Netanyahou, avec de plus en plus de jeunes qui refusent l’incorporation et de réservistes qui ne veulent plus servir une armée d’occupation. Si même Tsahal a des états d’âme… Aux États-Unis, la communauté juive s’interroge de plus en plus.

Et puis il y a les pays qui, de plus en plus nombreux, reconnaissent l’état palestinien et condamnent la politique annexionniste du gouvernement israélien. La France devrait le déclarer officiellement à l’Assemblée générale de l’ONU qui, certes consultative, n’en est pas moins importante diplomatiquement et politiquement. Alors, Palestine vaincra, Palestine vivra ?

Comme disait jadis Lincoln, « on peut tromper quelqu’un tout le temps, on peut tromper tout le monde une fois… Mais on ne peut pas tromper tout le monde tout le temps ». Désolé de devoir citer un vieux républicain, mais les temps sont confus. 

1° septembre 2025 ?

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VINGINCES 8DAGONNETJ’avais écrit ça en à peine trois mois, en écrivain du dimanche. J’avais commencé un lundi, après un week-end avec des amis où on avait passé notre temps à picoler et à se raconter entre deux fous rires des anecdotes et des souvenirs communs sur nos années passées à Paris, dans les années 70. J’allais avoir 30 ans et je m’étais réveillé la bouche pâteuse et la gueule de bois avec un sentiment de vide et de mélancolie qui exigeait, nécessité intérieure, que je me mesure à la page blanche, sous la tutelle supposée bienveillante de tous les auteurs que j’admirais. Ça s’appelait Réverbérations (d’après le titre d’un morceau du 13th Floor Elevators, groupe psychédélique texan), sous-titré Passés simples, et se voulait être une chronique des années 60 et 70 à travers l’itinéraire de quelques personnages dont les histoires finissaient par se rejoindre. Un manuscrit de 230 pages qu’il me fallait proposer aux professionnels de la profession, à savoir aux grandes maisons d’édition parisiennes, puisque les quelques éditeurs indépendants dont on m’avait parlé avaient déjà leurs parutions ficelées pour des années. C’est en tout cas ce qu’ils m’avaient tous dit. Mon ami Luc avait été l’un des premiers enthousiasmés par ce roman et il l’avait recommandé, en tant qu’auteur publié de quelques romans sur le Vietnam, à Simone Gallimard, directrice du Mercure de France, du Mercure François, comme disait le Cyrano de Rostand. La dame lui avait fait part de ses réticences, arguant que, si le roman avait des qualités indéniables, son langage jeune et un tantinet démagogique ne permettait pas une publication chez elle. À moins de revoir le manuscrit, sans donner la moindre indication pour ce faire. « Un bon brouillon », m’avait dit Luc, qui semblait d’accord avec elle, mais un brouillon quand même qu’il s’agissait de retravailler pour lui donner une forme publiable correspondant aux critères exigeants de l’édition. Je ne voyais pas trop par quoi commencer et les bras m’en tombaient lorsque je me mettais à retravailler, comme ils disaient, sans savoir exactement ce qu’il y avait à modifier. J’envoyais donc mon manuscrit tel quel chez les principaux éditeurs. Une dizaine de copies étaient tapies dans un grand sac de sport et j’arpentais le quartier de l’Odéon en frappant aux portes des doges de la république des lettres, de ceux qui décidaient si vous étiez un auteur digne d’être publié ou un écrivaillon condamné à n’écrire que pour ses tiroirs. Humble mortel, j’avais l’audace de m’en remettre au jugement des dieux et je ne fus pas déçu, recevant les unes après les autres des lettres de refus stéréotypées avec toujours les mêmes formules hypocrites. Un bon livre assurément, mais qui ne correspondait à aucune de leurs collections, ou qui n’avait pas reçu la majorité des avis positifs du comité de lecture avec des « malheureusement » à longueur de bras et des encouragements pour la suite. J’en étais venu à les collectionner. Ne voulant pas rester sur un échec, j’en avais commencé un autre, Les journées de plomb (en référence aux années de plomb italiennes), dans un genre différent. Un retraité que j’avais baptisé Adrien Ménard et qui passait son temps à aller aux putes et à supporter un club de football. L’intrigue, assez mince, tournait autour de son fils, gibier de psychiatrie mêlé à une tentative d’enlèvement d’un patron de choc. Quelque chose en phase avec la montée du Front National et les exploits d’Action Directe. Même punition, avec des lettres de refus en pagaille, pile trois mois après mes envois. On ne s’embarrassait même plus de formules de politesse et de petits mots de consolation. Le roman n’était tout simplement pas convaincant, faute d’une intrigue solide qui seule aurait pu lui donner de la consistance. J’avais fait appel à un haut placé de la CFDT qui connaissait du monde dans la maison d’édition proche du syndicat et il n’avait même pas daigné recommander mon manuscrit, pas convaincu lui non plus. Sauf que lui, je ne le savais pas critique littéraire. Déçu dans mes ambitions du même nom, je décidais d’en rester là quand mon ami Luc m’adressa une publicité émanant de la société Icare, qui se faisait fort de relire et de corriger les manuscrits qu’elle estimait publiables et, par ses relations avec les éditeurs, de les faire éditer moyennant quelques retouches sur la base de leurs précieux conseils. Tout cela évidemment moyennant aussi finance, car leurs services n’étaient pas gratuits, va sans dire. J’avais pris rendez-vous avec Yves Dagonnet, le directeur de ladite société. Dans les bureaux d’Icare, deux pièces obscures dans un immeuble de rapport du quartier latin. Dagonnet était un grand barbu débonnaire et volubile, avec un gros nez et un regard franc. Il verrait ce qu’il pouvait faire pour mon manuscrit, mon enfant de papier qui l’appelait au secours. Sa secrétaire, une jeune femme accorte au décolleté provoquant, nous servit le champagne et nous trinquâmes à ma réussite. Quinze jours plus tard, Dagonnet me renvoyait mon manuscrit avec ses propositions de réécriture, ses recommandations. Une dizaine de feuillets tapés à la machine où, chapitre par chapitre, paragraphe par paragraphe et ligne par ligne, il me proposait ses reformulations et ses corrections. Il me demandait également un chèque de 6000 francs pour ce travail avec l’assurance que, à condition de me conformer à ses prescriptions, le manuscrit serait publié dès la rentrée. Je profitais de quelques jours de vacances début juin pour revoir le manuscrit, en respectant les consignes. Avec les coupes, les conseils de réécriture pour certains passages, les innombrables notes en bas de page et les explications sur tout ce qui concernait les faits et les personnages de l’époque ; mon roman me paraissait formaté, banalisé, appauvri. Les 230 pages étaient passées à 300 mais j’avais la douloureuse impression d’avoir affadi une histoire qui perdait beaucoup de son intérêt, avec un approfondissement psychologique des personnages et des tas de précisions redondantes.

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