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GUERRE ET PAIX

Campagne pacifiste Lennon – Ono en décembre 1969. Ils avaient fait plus fort que le lobby militaro-industriel américain. Photo Wikipédia.

On emprunte ce titre au camarade Tolstoï tant il résume bien la problématique (comme disent les étudiants en sociologie) abordée ici, à savoir, peut-on être pacifiste en temps de guerre ? Au mieux on vous taxera de naïveté et de jobardise, au pire vous serez traités de traître et de collaborateur. Gandhi, Emma Goldman, Martin Luther King, John Lennon, Albert Einstein, sans parler de Tolstoï lui-même … Tous munichois ? Et l’Ukraine, et la Palestine  et demain Taïwan ? On laisse faire ? Si le pacifisme intégral semble être une voie sans issue, il existe des mouvements internationaux qui militent inlassablement pour la paix à travers des combats anti-armements, anti-armes nucléaires, pour la non violence et pour la paix. Si tu veux la paix, prépare la paix…

C’était fin juin, un débat public organisé par l’UNIRS (Union Nationale Interprofessionnelle des Retraité-e-s de Solidaires) qui réunissait Bernard Dréano, président du CEDETIM et militant altermondialiste et anticolonialiste d’un côté, et Guillaume Ancel, saint-cyrien et haut-gradé devenu DRH à la SNCF puis écrivain. Qui aurait pensé un jour que le syndicat Solidaires aurait fini par inviter des militaires ? Blague à part, on n’est pas sectaires et il y a des cons sous toutes les bannières, même et surtout les étoilées. On va reprendre grosso-modo le fil de leurs discours et terminer par quelques vues personnelles, fortement subjectives et critiquables, sur ce thème complexe où va-t-en-guerre et pacifistes sont prêtes à en venir aux mains. Peace brothers !

Bernard Dréanonous parle de la crise des euromissiles, dans les années 1980. Une assemblée européenne des citoyens s’était mise en place et Mitterrand pouvait dire « les pacifistes sont à l’ouest et les missiles sont à l’est ». Qu’en est-il en cas de guerre ? Après l’ex Yougoslavie, le sud du Caucase et maintenant l’Ukraine. Il y a eu des comités Bosnie au temps des guerres des Balkans et il faut à ce stade évoquer l’OTAN et se rappeler son inaction à la fois en Bosnie et en Afghanistan, en 2021.

Il y a eu 19 guerres depuis 1961. Des guerres contre lesquelles la communauté internationale a été impuissante. La guerre au Moyen-Orient est une guerre sans fin et le conflit Russie / Ukraine dure depuis 2022 et s’enlise.

L’ONU condamne les guerres et définit le critères de la paix en application ; critères de sécurité, économiques, alimentaires, sanitaires, environnementaux, politiques et communautaires. La première guerre mondiale avait été marquée par l’émergence d’un fort courant pacifiste (Jaurès), mais la seconde guerre mondiale, face au nazisme, a balayé le pacifisme d’avant-guerre après les accords honteux de Munich (1938) et l’invasion de l’Autriche, des Sudètes puis de la Pologne.

Il faut distinguer les guerres injustes, les guerres coloniales et les guerres de libération nationale (Vietnam, Algérie…). Les vieilles guerres dites « westphaliennes »(traité de Westphalie de 1648) entre États n’existent plus, et, depuis 1999 et la guerre en ex-Yougoslavie, on a des guerres asymétriques, des conflits ethniques et des guerres civiles. Des nouvelles guerres qui sont la conséquence de la destruction des états-nations, de leur dislocation. Le triomphe du système néo-libéral à partir des années 1980 et la mondialisation libérale ont consacré l’hégémonie capitaliste.

Les traités et les processus de paix ne signifient plus la fin des guerres et la guerre en ex-Yougoslavie a démontré une crise profonde des états qui s’effondrent et laissent place à des conflits ethniques. C’est ce qui se passe aussi au Sahel. Le terrorisme islamique a été mortifère jusqu’en 2015 puis remplacé petit à petit par des guerres de groupes islamistes, souvent avec l’aide d’ethnies opprimées, pour prendre le contrôle d’états faillis, comme au Sahel.

La géopolitique était constituée des rapports de force entre l’est, l’ouest et le tiers-monde. Après la chute du mur, les rapports entre pays du Sud global et grandes puissances ne sont plus cohérents et n’obéissent plus aux mêmes logiques impérialiste. On ne fait plus la guerre de la même façon et les débats sur le désarmement a perdu de sa pertinence. On a connu un phénomène d’accélération avec Eisenhower et la mise en place du lobby militaro-industriel américain qui absorbait 95 % des dépenses militaires. Les programmes d’armement se font sur 30 à 40 ans et on en est maintenant aux guerres de satellites, de drones et de cyberguerres. L’une des dernières guerres d’état à état a été celle opposant l’Arménie à l’Ouzbékistan pour le Haut-Karabagh.

La dissuasion nucléaire et l’équilibre de la terreur face à une guerre nucléaire potentielle n’opère plus. Qui a la bombe, et pour quoi faire ? Tous sont pour la dissuasion, mais le cadre a changé et les guerres asymétriques ont rendu obsolètes les concepts hérités de la guerre froide.

Face aux périls et aux situations de guerre qui se multiplient, il est urgent, pour le monde syndical et associatif, de s’informer sur les questions militaires et de défense, de ne pas laisser cela aux spécialistes. On peut aussi parler du coût environnemental des guerres et de l’empreinte carbone des armées, sans oublier leur coût économique, même si nous ne sommes pas encore dans l’économie de guerre (un tiers de l’appareil productif pour la guerre).

Plusieurs questions sont posées : quid du pacifisme, observatoire des armements, Mouvements non violence, comités de soldat, mouvement de la paix… Dréano parle des conflits qui se préparent dans les pays Baltes ou à Taïwan. Pour lui, le pacifisme pendant les guerres avec le slogan « tout sauf la guerre » est une attitude munichoise, il faut agir avant, en amont, lutter pour la paix avec des réponses sociales opposées aux réponses sécuritaires.

Guillaume Ancel estime qu’un débat sur l’armée et sur la guerre est nécessaire et doit traverser la société. Il reparle de beaucoup de points évoqués par Dréano : effondrement de l’URSS, guerre en ex-Yougoslavie et guerre en Ukraine. Il observe que les femmes sont exclues des débats.

Il en vient aux guerres au Moyen-Orient et à l’échec des États-Unis en Iran, de même que celui de Poutine en Ukraine. Il n’est plus possible d’imposer des solutions par la force. Les processus de sortie de guerre ne sont pas la paix et les conflits ne sont que gelés provisoirement.

Sur l’Iran, ce sont les gardiens de la révolution qui se sont substitués aux leaders religieux, le Hezbollah est une milice au service de l’Iran et Netanyahou continue sa guerre au Liban, malgré tous les accords. Il faut souligner la dépendance militaire d’Israël aux États-Unis. Sans les armes américaines, Israël ne tiendrait pas longtemps. Une possible explosion en Iran est possible, avec une guerre civile entre le peuple et les dirigeants et leurs séides. En Ukraine, Poutine sera acculé à la négociation car sa guerre d’invasion coûte trop cher au pays et à ses oligarques. La mafia russe peut s’opposer à Poutine et à sa guerre sans fin. L’armée russe n’avance plus et la société russe se retrouve directement mêlée à la guerre avec des armes nouvelles pour l’Ukraine (drones, IA…). 1000 drones tombent sur Moscou tous les jours, mais la Russie ne négociera pas en position de faiblesse. Le Donbass a besoin de l’aide des Européens, mais quel rôle pour l’Europe et qui la représente ?

En Russie, on en est vraiment à l’économie de guerre et, si Poutine reste au pouvoir, ce sera une guerre sans fin, une de plus. Les élections présidentielles en France sont aussi concernées par ces questions, car le R.N est un relais de Poutine et milite contre une Europe unie.

Pour Ancel, il faut que la société civile s’investisse plus dans ces questions et il parle d’une garde volontaire de citoyens sensibilisés à la culture militaire. L’Europe unie pourrait être la deuxième armée du monde, selon lui. Et d’en terminer avec « L’armée nouvelle » de Jaurès.

L’Européisme un peu béat de Ancel a quelque chose de très naïf, aussi naïf que le pacifisme. Quant à sa vision d’une citoyenneté militarisée, le moins qu’on puisse dire est qu’elle pose question. Le reste de son intervention ne contient rien de bien nouveau pour qui s’informe, même si les anecdotes vécues qu’il raconte ne manquent pas d’intérêt.

Quant à Dréano, son discours est plus politique et il insiste sur le rôle que pourraient jouer les mouvements sociaux dans les guerres actuelles qui doivent être parmi leurs préoccupations. Cependant, les logiques de guerre condamnent, selon lui, toute option pacifiste en dehors des actions concrètes menées contre l’un ou l’autre des belligérants. Bref, pour la paix, il fallait y penser avant et la situation ne laisse plus de place aux états d’âme. Un peu rude, même si pas faux. Quand même, répétons encore avec Lennon : « give peace a chance » ! En pacifiste indécrottable, on le répète.

5 juillet 2026

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