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FOOTBALL AMÉRICAIN 2 (SUITE ET FIN)

Le logo pour 2030 (Espagne – Portugal – Maroc), si on n’est pas morts de chaud avant. Prévoir des pauses fraîcheurs toutes les 5 minutes au bas mot. Wikipédia.

La 23° Coupe du monde de l’histoire a livré son verdict. On était très critique à l’égard de cette édition de la démesure (48 équipes, 12 groupes de qualifications, 104 matchs dans 3 pays et 16 villes durant un mois et une semaine). Sans parler du désastre écologique. La Coupe du monde des records, a-t-on pu entendre un peu partout. Je m’étais promis de me tenir à distance, mais j’ai repiqué au truc en fan indécrottable, phalène attirée par les lumières des stades géants dans un été en surchauffe. Racisme, homophobie, tricheries, ingérences, arbitrage défaillant, commentaires laborieux et big money, comme disait Dos Passos.

Ça avait mal commencé, avec des tarifs prohibitifs, des coûts de transport dissuasifs, un Trump désireux de s’introduire en roi de la fête et, plus grave, une ICE (Immigration and Customs Enforcement) – la police anti-migrants du roi Trump – plus féroce que jamais avec des arrestations et des menaces d’expulsion de supporters jugés indésirables et jusqu’à un arbitre africain. On a parlé d’une caution de 15000 dollars exigée pour être bien sûr que ces supporters repartiraient sagement chez eux après l’élimination de leurs équipes favorites. On a parlé aussi de déploiements de l’ICE pour renforcer des contrôles contre les populations latino-américaines. Tout cela dans le cadre de la grande fête fraternelle du sport qui était la vitrine de la FIFA puisque, après diverses appellations dont World Cup, Coupe du monde, Mondial ou Mundial, on avait maintenant droit à « La coupe du monde de la FIFA », comme s’il en existait d’autres, avec le grotesque Infantino toujours en tête de gondole, visible à chaque match dans la tribune d’honneur avec les présidents de fédérations qui lui sont inféodés grâce aux généreuses prébendes qu’il leur octroie et qui lui valent ses réélections dans un fauteuil. Notre Michel Platini national, évincé par l’infâme Gianni, sorte de Machiavel du ballon rond, est en procès contre lui et on verra ce que cela va donner, sans se faire trop d’illusions tant le bonhomme a su tisser des liens avec les puissants du monde entier.

On avait eu d’agréables surprises au début, avec des équipes qu’on n’attendait pas et qui faisaient mieux que se défendre. Le Qatar tenait en échec la Suisse, les îles du Cap vert faisaient match nul contre l’Espagne et se qualifiaient après des performances étonnantes et un gardien exceptionnel du nom de Vozinha qui restera peut-être le joueur de cette coupe du monde. Des surprises mais, au final, on retrouvait les quatre meilleures équipes du classement FIFA au rendez-vous des demi-finales, sans surprise malgré l’élimination prématurée des Pays-Bas face au Japon et de l’Allemagne face au Paraguay. Le Brésil tombait contre la Norvège, mais était-ce vraiment une surprise ?

On suivait la compétition match après match et on y prenait même du plaisir à voir les matchs de l’équipe de France qui, sans trembler et avec une aisance technique incroyable, battait facilement ses adversaires. Mbappé redevenait grand, Dembélé justifiait enfin son ballon d’or et Olise s’affirmait comme le passeur inspiré de cette équipe chatoyante, véritable n°10 à l’ancienne. Et puis, quand ça ne souriait pas, les rentrées de Barcola ou de Doué pour débloquer tout ça et renverser l’échiquier.

Il y a eu ensuite ces orages de haine, proférés par des femmes et hommes politiques qui n’avaient pas été sans remarquer que la plupart des bleus avaient la peau noire ou le type arabe. Des Français, ça? On avait commencé avec une députée paraguayenne qui, après l’ex-gardien international Chilavert et à la suite de la défaite de son équipe nationale au terme d’un match marqué tout du long par des brutalités, des provocations et des tricheries, insultait Mbappé avec les pires clichés racistes. Si l’homme descend du songe, d’après Blondin, la sénatrice renvoyait Mbappé aux singes. Madame Amarilla (jaune en français) recevait une réponse admirable du joueur du Real qui la jugeait méprisable et indigne de sa fonction. La dame persistait et en venait sur le terrain de la misogynie et du sexisme.

Côté argentin, après les dérapages racistes et homophobes d’après finale qatari en décembre 2022, on avait droit à des commentaires malveillants venus aussi bien de Scaloni, l’entraîneur, que de Agüero, ancien joueur devenu « streamer », sur le thème « tous des Africains » voulant que l’équipe de France n’avait pas grand-chose de Français, c’est à dire de blanc. Un total déni de la diversité et des valeurs qui font un peuple. Toutes les équipes européennes comptaient d’ailleurs de nombreux joueurs noirs dans leurs effectifs, mais les Argentins sont fiers de ne compter dans leurs rangs que des hispano-américains qu’un Trump renverrait sans coup férir. On trouve toujours plus raciste que soi.

La palme revient à l’ex premier ministre espagnol Mariano Ravoy estimant qu’il n’y avait pas de Français dans l’équipe de France de football, comprendre qu’ils sont tous africains, ce que n’aurait même pas osé un leader de Vox, le parti fasciste ibérique. On sait comment les Le Pen avaient douché, en 1998 et après, les espoirs d’une France Black-blanc-beur, mais c’est insupportable pour les racistes de voir des joueurs noirs et maghrébins dans une équipe censée représenter un nation européenne foncièrement blanche. Un cauchemar qui annonce le grand remplacement.

Trump n’aime pas les noirs, sauf quand ils marquent des buts pour les USA. Comme Folarin Balogun, joueur américain de l’A.S Monaco. Un carton rouge et une intervention de Trump pour le faire annuler. Balogun a pu jouer contre la Belgique et Infantino renvoie la balle vers un membre du comité d’arbitrage de la FIFA qui aurait pris la décision tout seul. Trump aura été omniprésent dans cette coupe du monde, sinon physiquement, par ses commentaires imbéciles et ses tentatives d’intimidation. Il est vrai que ce mondial faisait la part belle aux États-Unis et laissait au Mexique et au Canada quelques strapontins, mais on n’a pas entendu Claudia Scheinbaum ou Mark Carney.

On avait déjà parlé des enjeux économiques la fois dernière, et on se bornera à évoquer ces pauses fraîcheur obligatoires, même quand la température était supportable. Trois spots publicitaires en plus, et passez muscade !

La télévision justement, avec les matchs diffusés par M6, la chaîne qui s’est refait une santé avec la compétition. On en serait presque à regretter le duo Roland – Larqué tant les commentaires étaient plats, simples descriptions des images, certes débordant d’enthousiasme mais sans grand talent. Et que dire des consultants qui se bornaient souvent à paraphraser les sorties du commentateur principal sans apporter grand-chose d’autre n’étaient les clichés habituels : la profondeur, la verticalité, la technique et la tactique, les statistiques… Sans oublier le pedigree de chaque joueur. Triste.

Et puis l’arbitrage, souvent défaillant, et ce n’est pas les arbitres français – Messieurs Turpin et Le Texier – qui auront été les moins critiquables. Des décisions souvent contestables après visionnage de la VAR et pressions des équipes, du banc et des supporters. Le pire ayant été ce France – Paraguay et son arbitre ouzbek intimidé par des joueurs paraguayens se comportant en voyous. On n’avait plus vu ça depuis le but de Giresse annulé à la suite du scandale causé par l’émir koweïtien, en 1982.

Et le sport dans tout cela ? On a parlé des quelques surprises et de belles équipes qui auraient mérité mieux : les Cap-verdiens bien sûr, mais aussi le Japon ou l’Égypte. Il n’y aura pas eu de scores fleuves et les soi-disant petites équipes ont souvent fait jeu égal avec les gros. Dommage que le plupart des équipes africaines aient craqué en fin de match, après avoir souvent mené. Un problème physique ?

Sinon, l’Argentine a joué sur Messi, comme d’habitude, l’Angleterre a pu compter sur Jude Bellingham et Harry Kane, celui qui a joué au golf avec Trump, l’Espagne a sorti sa sœur latine portugaise et a montré aussi sa force tranquille avec Yamal, Rodri et un milieu de terrain royal. Et la France? Enfin disons ce ramassis de nègres venus des ex-colonies ?

Épilogue, les Français pas Français avaient les faveurs du pronostic, mais se sont fait battre en demi-finales par la Roja espagnole, un 14 juillet en plus. Tandis que, le lendemain, L’Albiceleste triomphait des 3 Lions, sans nègre aucun, eux. On ne parlera pas de la petite finale avec un score de baby-foot qui a failli tourner à l’humiliation. Mbappé était meilleur buteur. En finale, c’est l’Espagne, mérité. « L’un des meilleurs événements jamais organisés », dira Trump, sifflé comme Infantino alors qu’il s’invitait avec sa discrétion de cor de chasse habituelle dans la fiesta espagnole, à l’assaut du podium.

Mbappé, Dembélé, Olise, Yamal, Williams, Bellingham… Rien que des noirs parmi les meilleurs joueurs, excepté Messi. De quoi dégoûter Ravoy, Trump, Chilavert, Agüero, la Le Pen, Scaloni et madame Amarilla. Rendez-vous en 2030 (Espagne, Portugal et Maroc avec trois matchs en Amérique du Sud pour fêter le centenaire de la compétition), si on n’est pas morts de chaud et liquéfiés avant.

20 juillet 2026

Cet article a paru sur le site de Politis (Politis.fr)

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