RENTRÉE DES CLASH ET DES CLOCHES

Encore une rentrée médiatique très polémique, avec chez nos amis de C-News le retour de Morandini comme producteur et le départ de Sonia Mabrouk sur BFM. Léa Salamé quitte à regret le 20h de France 2 pour cause de concubinage notoire avec un candidat à la présidentielle. La grille de France Inter est de plus en plus médiocre, Europe 1 vire à droite toute et RTL pleure Bouvard. Côté presse écrite, des feuilles néo-fascistes prospèrent (Frontières, Causeur, Front populaire de Lagardère), tandis quel’Humanité se meurt et que la presse de droite (Le Point, Le Figaro) a entamé une croisade anti-écolos, responsables de la sécheresse et des incendies. « Les cons ça ose tout , c’est à ça qu’on les reconnaît», disait Audiard. Cela n’a jamais été aussi vrai. Les guignols et les salauds, comme disait ce cher Delfeil De Ton (dis tu vas pas te mettre à crever, toi aussi?).
On va commencer par la maison Bolloré où Morandini passe donc derrière l’écran, à la production d’émissions de collègues et amis de la station. Bolloré, catholique intégriste, ne veut pas la mort du pêcheur s’agissant d’un pédophile, qu’il soit réac lui suffit. Sonia Mabrouk, profondément troublée par la réintégration de Morandini, part donc sur BFM TV mais, dit-elle, avec les mêmes idées et les mêmes valeurs qu’elle avait à C-News. Nous voilà rassurés. Un petit changement quand même dans la ligne éditoriale du Journal du Dimanche, de plus en plus organe de propagande de la campagne d’Attal. À part ça, un Pascal Praud de plus en plus féroce et toute la station qui, tout l’été, s’est lancée dans une croisade anti-écolo. Les écolos sont désignés comme les véritables auteurs des calamités climatiques de l’été, soit parce qu’ils ont joué les Cassandre, soit parce qu’ils ne se sont pas suffisamment fait entendre. Pile je gagne, face tu perds.
Chez les confrères d’Europe 1, ça ne s’améliore pas avec, l’après-midi, Cauet et son émission « Y’en aura pour tout le monde », ce qui était déjà le titre d’une émission de Coluche. Con, vulgaire et plagiaire en plus. Des débats sur l’actualité avec l’inévitable Pascal Praud, Elliot Deval et Christine Kelly, la folle de la messe dont on doute à chaque prise de parole de la santé mentale. Des chroniques de Michel Onfray, Philippe Val et l’inévitable De Villiers. Beurk ! En prime, des podcasts de « maître » Collard sur des affaires criminelles et d’autres avec les anciennes histoires de Pierre Bellemare sur la même station. On sait se renouveler. À fuir à toutes jambes !
Sur RTL, on pleure toujours la mort du grand Bouvard, dont les bons mots et les vacheries ont longtemps valu à l’antenne une audience record. Ruquier n’a jamais eu son talent, mais il poursuit l’œuvre bon an mal an avec son équipe de pseudo-humoristes. Autrement, les matinées de Thomas Sotto verront se succéder au micro des Étienne Gernelle, directeur du Point, François Lenglet, l’économiste de Franc-tireur et l’incontournable Marc-Olivier Fogiel, la hyène de feu Les Guignols. On allait oublier le grand Augustin « merci infiniment » Trappenard pour que les beaufs auditeurs de la station puissent avoir un vernis culturel.
France Musique de plus en plus difficile à écouter à la suite de modifications techniques et de changements de fréquence, mais la station promet à ses auditeurs l’envoi de DAB+ à la demande. Un beau geste pour des auditeurs dont la moyenne d’âge dépasse la soixantaine . Rien de nouveau sur France Culture, à part l’arrivée de Thomas Snégaroff, et on se dit que ce n’est pas plus mal si on voit ce qui se passe à France Inter où on croirait que la directrice de Radio France – Sybille Veil – prépare l’arrivée du R.N.
On a d’abord eu la chronique de Charles Sapin, directeur adjoint de Valeurs actuelles, torchon d’extrême-droite pétainiste, pro-patronal, écolo-sceptique et raciste. Heureusement, deux grèves l’ont suspendu de l’antenne au bout d’une semaine (1). « On ne peut plus rien dire ». Demorand est revenu, mais le week-end seulement, pour ne pas risquer un nouveau burn-out et c’est le jeune Benjamin Duhamel, chantre de l’extrême-centre, qui conduit la matinale avec Florence Paracuellos à la place de la Salamé. Plus grave, Nora Hamadi, plutôt de gauche, ne présentera plus la revue de presse et Thomas Legrand, plutôt social-démocrate, n’aura plus sa chronique politique. Deux victimes du rapport Alloncle qui les présentait comme des voix de gauche sur une radio pleine de gauchistes. Comme Éva Bester ?, elle n’aura plus son heure d’émission en début de soirée remplacée par Anne Godard, romancière qui doit sûrement copiner avec la directrice Céline Pigalle et le directeur des programmes, Laurent Gomarre, ex-animateur de la station, sociétaire du Masque et la plume et critique de théâtre à Libération. Qu’est-ce qu’on ferait sans des gens aussi brillants ? Sofia Aram est toujours là.
Côté télé, Léa Salamé a donc cédé son poste de vestale du 20 heures à Jean-Baptiste Marteaux. Son mari étant en campagne électorale, elle ne pouvait décemment plus présenter le J.T. Et si ça avait été Glucksman qui n’aurait pas été autorisé à se présenter du fait de la présence de sa femme sur France 2 ? Impensable en démocratie libérale où un Raphaël Glucksman est indispensable au débat public. Dans la partie Divertissement, les niaiseries habituelles et une propension à faire des télé-films et séries à partir des classiques du roman français du XIX° siècle (Stendhal après Jules Verne, Hugo et Dumas, à qui le tour? Balzac, Flaubert, Zola ?).
À France 3, on a réussi la mutation entre France Bleu et Ici pour les stations régionales, mais cela n’a pas été sans mal. Plus de journaux du soir et place aux sports, omniprésent sur la chaîne. Les séries du dimanche soir, autrefois intéressantes, sont devenues fadasses et le cinéma de minuit est encore déprogrammé à des heures impossibles (0h20 le samedi aux dernières nouvelles). Il est vrai que le samedi, c’est « meurtre à… » une sorte d’Intervilles du crime où toutes les régions sont à l’affiche.
À TF1, des Koh Lanta et des Voice Kids toujours aussi débiles, une info robinet d’eau tiède et des films et séries d’une égale médiocrité. Les traces les plus infimes d’intelligence étant à chercher du côté d’un Yann Barthès (TMC mais c’est la même chose) ou d’une Anne Romanoff. C’est dire…
Ne parlons pas de M6 qui a eu son heure de gloire avec la Coupe du monde de football. Place à Hanouna qui reprend du service sur W9 (on a envie de dire WC9) et Fun Radio, deux médias liés à M6.
Heureusement qu’il reste ARTE, avec ses journaux, ses thématiques du mardi soir, ses films et ses séries du jeudi soir. Même si cette chaîne est décrite par Le monde diplomatique comme atlantiste et centriste, c’est encore ce qui se fait de mieux à la télé.
Je ne vous parlerai pas des médias en ligne et des médias sociaux d’information, n’étant pas fan des podcasts et des posts. Il y a du bon, voire du très bon là-dedans (Médiapart, Blast, Streetpress, Basta, Reporterre…) mais, comment dire ? Ce n’est pas pour moi, technophobe incurable.
Et nos journaux papier ? Pas grand-chose à en dire malheureusement. La presse papier se meurt et il faut faire des kilomètres pour trouver un kiosque ou une maison de la presse à peu près fournies. L’Humanité en est à se demander s’il va pouvoir faire sa fête en septembre (elle a finalement eu lieu) et la souscription est ouverte. La pagination a été réduite et le journal est endetté (comme une mule). À Libération, le retrait de Patrick Drahi va laisser encore plus de place à Daniel Kretinsky, ce qui n’augure rien de bon. Le même Kretinsky qui a racheté Marianne et en a fait un torchon.
On apprend que Xavier Niel se porte candidat à la reprise de 50 millions de consommateurs. Un loup qui rachèterait une bergerie ; un capitaliste au service du consommateur, on en est là. Bolloré aurait des vues sur Le Parisien de son ami Arnault, échange de bons procédés alors que le même Bolloré avait cédé Paris Match à Arnault qui, avec le rachat de Challenge en plus de Les Échos, L’Opinion et, L’Agefi possède la quasi-totalité de la presse économique (avec Bolloré qui détient Capital).
La presse de droite l’est de plus en plus (de droite), à voir la croisade anti-écolo de cet été calamiteux, avec Le Point et le Figaro en tête de meute.Quand ils ne cassent pas de l’écolo, ils tapent comme des sourds sur la CGT, la gauche, le wokisme (dont eux seuls ont la définition), les féministes, l’Islam et les transgenres, vent debout contre qui ose parler de taxation du capital ou de redistribution.
Et puis on a, en bonne santé, la presse d’extrême-droite. Frontières (avec la participation de Lagardère – Bolloré) qui s’illustre en harcelant avocats et défenseurs des droits de l’homme ; Causeur, pour les fachos qui se marrent ou L’Incorrect. Des journaux qui n’ont pas de problème de trésorerie, eux, trouvant toujours des mécènes pour mettre la main au portefeuille en cas de difficultés. Vous avez dit Stérin ? Stérin, Durvye, Bolloré, Arnault et tous les parrains d’une fachosphère qui ne se cachent plus. À gauche, on en est toujours aux dons, aux cagnottes et au crowdfunding. Pas la même échelle, pas la même catégorie. Tant que cette presse aura des lecteurs… Et des généreux donateurs, mais jusqu’à quand ?
3 septembre 2026
(1) : Sapin a finalement renoncé à sa chronique, se disant scandalisé par « la volonté d’exclure du débat public la voix unique qui est la nôtre » (L’Huma du 21 septembre 2026). Heureusement qu’elle est unique, la voix.