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LIBERO IMPÉRIAL ET KING DU PLACEMENT

Franco Baresi et Kevin Keegan seront morts quasiment le même jour. Il Capitano n’aura connu qu’un seul club, le Milan A.C, comme joueur et comme entraîneur. C’est plus compliqué pour « mighty mouse » Keegan qui se sera fait connaître dans les Reds de Bill Shankly avant le S.V Hambourg, Southampton et les Magpies (les pies noires et blanches) de Newcastle. Deux joueurs exemplaires qui auront marqué le football des années 1970 à 1990, même si neuf années les séparaient. Portrait de princes au temps où le football était encore supportable.

Franco Baresi, il capitano. L’élégance et la classe, toujours. Photo Wikipedia

On commence par Baresi, alias Il Capitano, joueur au style élégant et à l’aisance remarquable. Positionné comme défenseur central – libéro comme on disait naguère – il était à la fois intraitable sur les attaquants adverses et pouvait aussi accomplir des chevauchées vers l’avant, toujours soucieux de placer ses partenaires dans les meilleures conditions. Un défenseur offensif qui, comme la défense du Milan A.C de l’époque, jouait très haut et faisait un pressing sur l’adversaire dès que se formait la moindre velléité d’attaque.

Footballeur exceptionnel, Baresi l’a été par sa carrière dans un club unique, le Milan A.C dont il devient titulaire à 17 ans, en 1977. Ce n’est pas encore le Milan A.C de Sua Emitenza (son émetteur, jeu de mot sur « son éminence ») Silvio Berlusconi mais ça va vite le devenir. Il convient de préciser à ce stade que Franco Baresi, jugé trop lent et pas suffisamment athlétique, avait été refusé à la fois par les voisins de l’Inter que par l’Atalanta Bergame.

Comme la plupart des clubs latins, le Milan A.C, dominant dans les années 1950 et 1960 avec les Rivera, Schnellinger,Anquiletti, Rosato, Amarildo, Altafini et autres Maldini le père) aura baissé pavillon dans les années 1970 et 1980 au profit des Allemands, des Anglais et des Néerlandais. Seuls les clubs espagnols, Barça et Réal – feront de la résistance. Le Milan A.C avait été finaliste en 1958 et vainqueur en 1963 (contre Benfica) puis en 1969 contre l’Ajax Amsterdam.

Il faudra attendre l’exclusion des clubs anglais des coupes d’Europe pour voir revivre les Rossoneri (rouges et noirs) du Milan A.C, d’abord entraînés par Sacchi puis par Fabio Capello. Une première finale gagnée largement en 1989 contre le Steaua Bucarest, vainqueur de la compétition en 1986 contre le Barça. Puis, l’année suivante, un nouveau trophée contre Benfica et, quatre ans plus tard avec un carton contre le Barça, après la défaite face à l’O.M en 1993, qui donnera l’avantage aux Marseillais dans la guerre contre les rivaux du PSG que les Parisiens finiront par gagner haut la main. On aura aussi deux coupes intercontinentales en 1989 et 1990, après celle de 1969 qui vit les Milanais se faire lyncher par les Argentins de l’Estudiantes de La Plata.

Le onze milanais de la période est exceptionnel et on pourrait citer tous les joueurs, à commencer par les trois néerlandais Rijkaard, Gullitt et Van Basten, plus en défense Tassoti, Costacurta, Maldini, Baresi ; Donadoni, Baggio et Gattuso au milieu et, en attaque, Inghazi et Simone. La dream team de l’époque. Les Milanais sont quasiment imprenables à l’époque, laissant loin derrière eux les rivaux italiens (Inter, Juventus, A.S Rome, Sampdoria) et assis sur le toit de l’Europe avec une légitime fierté. Il faut les voir jouer dans ces années-là, avec une fluidité, une facilité et une aisance incroyables. On ne les sent jamais vraiment en difficulté et ils dominent les débats sûrs de leur valeur. La grande classe !

Sur le plan international, Baresi fait partie des vainqueurs de la coupe du monde espagnole de 1982 et il sera sélectionné en 1986, 1990 et 1994. 81 rencontres avec la Squadra Azura, presque un record.

Il y aura ensuite cette finale perdue de 1995 contre l’Ajax Amsterdam, une revanche 25 ans après 69, et Franco Baresi mettra un terme à sa carrière en 1997, à 37 ans, chose rare pour des footballeurs de l’époque. L’année d’après, la Juve fera un pied de nez au Milan A.C en battant le même Ajax aux prolongations au stade olympique de Rome.

Il entraînera son club de cœur entre 2002 et 2008, avec deux titres de champions. Sans Baresi joueur, les Rossoneri gagneront encore la coupe aux grandes oreilles en 2003 (contre la Juve) et en 2007 (contre le Barça encore) et ils seront finalistes malheureux contre les Reds du Liverpool F.C en 2005. Justement, on passe aux Reds de Liverpool et à leur footballeur vedette des années 1970, un certain Kevin Keegan.

Kevin Keegan, pop star du football et joueur emblématique des Reds des années 1970.
Photo Wikipédia.

À la différence de Baresi, Keegan connaîtra plusieurs clubs (Liverpool et Newcastle en Angleterre et le S.V Hambourg en Allemagne). Le natif de Newcastle fait, comme Baresi, des débuts timides puisqu’il n’est même pas retenu par Coventry et entame ses débuts professionnels dans le F.C Scunthorpe, une petite ville minière du Lincolnshire à l’est de l’Angleterre. Là, il est remarqué par Geoff Twentyman, le recruteur-scout des Reds qui le présente à Bill Shankly, l’entraîneur emblématique de l’époque.

Keegan fait ses débuts chez les Reds en août 1971, marquant un but à la 12° minute contre Nottingham Forest. Il s’entend comme larron en foire avec le Gallois John Toshack et, en 1973, Keegan marque trois buts pour son équipe lors de la finale de la coupe de l’UEFA contre le Borussia Mönchengladbach, avec en prime un titre de champion d’Angleterre. C’est encore l’arrière-garde des Reds avec toujours Clemence dans les buts mais aussi Tommy Smith, Elwyn Hughes ou Ian Callaghan ; Phil Thompson, âgé de 19 ans, est encore sur le banc. En F.A Cup, ce seront deux buts marqués en finale contre son club de cœur, les Magpies de Newcastle. Keegan est lancé.

On dira de lui qu’il est le plus grand joueur sans ballon, ce qui peut sembler paradoxal, voire ridicule. Mais c’est vrai, Keegan a le sens du placement et sait se libérer des défenseurs avec une agilité d’anguille. C’est un ailier, mais il est polyvalent et occupe tous les postes d’attaque (y compris le milieu offensif) dans une partie, se faisant souvent oublier pour surgir et marquer. Il est à la fois un renard de surface et une gazelle, aussi à l’aise dans les petites surfaces que pour les grandes chevauchées balle au pied. En 1976, les Reds sont à nouveau champions et ils ont remporté la coupe de l’UEFA pour la deuxième fois contre le Club Bruges grâce à deux buts du mighty mouse.

Shankly laisse sa place à Bob Paisley et la donne va changer. Le vieil entraîneur considérait Keegan comme son fils spirituel et il n’est pas celui de Paisley. Malgré cela, le Liverpool F.C remporte la coupe d’Europe des clubs champions en 1977en battant le Borussia Mönchengladbach avec un Berti Vogts qui perd tous ses duels contre lui. En prime, un nouveau titre de champion et une défaite en coupe devant Manchester United.

Keegan a fait part de son intention de quitter le club pour le S.V Hambourg, à la grande consternation des supporters des Reds qui ne comprennent pas. Paisley va chercher Kenny Dalglish au Celtic de Glasgow et les Reds, avec Thompson, Neal, , Kennedy, Hansen, Souness et Mc Dermott n’ont jamais été aussi forts. Ils gagneront une deuxième coupe d’Europe contre le Club Bruges, en 1978.

Une première saison décevante à Hambourg, ce qui lui vaut de rater un ballon d’or qui lui était promis. Ce ne sera que partie remise, et il l’aura en 1978 et 1979, l’année où le S.V Hambourg supplante enfin les rivaux du Bayern et de Mönchengladbach pour remporter le titre. Keegan s’entend à merveille avec l’avant-centre Hors Hrubesch, le latéral Manfred Kaltz et le milieu Felix Magath, mais il se dit qu’il se languit de l’Angleterre et ne gagnera pas le trophée européen de 1983 face à la Juve. Pour 1980, il manque d’un cheveu le titre face au Bayern et est battu en finale de coupe d’Europe par Nottingham Forest, après une partie héroïque du gardien Peter Shilton.

C’est à Southampton, un promu, qu’il signe pour la saison 1980 – 1981. Il a 30 ans et toujours en jambes. Southampton s’est renforcé avec Alan Ball (ex Everton et Arsenal) et Charlie George (ex Arsenal et Derby County), mais Keegan est le meilleur buteur et élu footballeur britannique de l’année. Puis c’est Newcastle, un nouveau challenge puisque l’équipe est en deuxième division. Elle remontera grâce à lui et à une nouvelle génération de joueurs (Beardsley, Waddle et l’ex Red Mc Dermott). Les Magpies s’installeront pour longtemps en Première ligue. Mais sa carrière de joueur est terminée.

Sa carrière internationale sera pavée d’échecs, et les Trois lions de l’époque rateront les coupes d’Europe et les coupes du monde de 1974, 1976, 1978, 1980 et 1982. Il aura plus de chance comme entraîneur, tour à tour avec Newcastle, Fulham, les deux Manchester et la sélection anglaise saison 1999 – 2000. Mighty mouse est mort le 20 juillet, Il Capitano le 31. Deux joueurs de légende !

On parlera de Sandro Mazzola la fois prochaine. Tellement de décès que je n’ai même plus la place pour causer de l’actualité du football, mais il vaut encore mieux se pencher sur les légendes.

31 août 2026

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