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LES RAMONES : BLITZKRIEG DANS LE BRONX

Les Ramones en B.D. La route à suivre devenue la route vers la ruine. Jeu de mot.
Photo Discogs

Les faux-frères Ramones – Joey, Johnny, Dee Dee et Tommy – ont été parmi les tous premiers groupes américains de Punk-rock, dès 1974. Il était de bon temps de se moquer à l’époque de cette bande de rigolos, coupes au bol, t.shirts, jeans troués, blousons de cuir, baskets et dark-shades. Ils ne se prenaient pas au sérieux et mettaient dans leur Punk-rock toutes les traditions du rock américain : rock’n’roll, rockabilly, surf, college, pop… Les rieurs étaient de leur côté et très vite, les Punks, en Angleterre, allaient les adopter comme leur groupe phare. Leur histoire.

Les Ramones viennent en fait de tous les quartiers de New York (Queen’s, Bronx, Brooklyn, Manhattan), mais leur vrai terrain de jeu fut d’abord le Bronx et son quartier maudit, le Bowery, quartier pauvre construit autour d’une ancienne brasserie où abondent clochards, vagabonds, junkies, petits truands et prostituées. Dans le Bowery, est sis un club qui s’appelle le CBGB (pour Country, Bluegrass et Blues) ouvert par Billy Krystal fin 1973 et qui sera l’antre du Punk-rock avec le Max’s Kansas City, fondé en 1965 par Mickey Ruskin à Manhattan.

C’est dans Les bruits de l’ombre, la chronique pour « happy fews » de Paul Alessandrini dans Rock & Folk que le lecteur attentif aura pu découvrir l’existence de Patti Smith et des Ramones, dès la fin 1974 et leurs premiers concerts du CBGB. Patti Smith rodait ses premiers morceaux (reprises de « Hey Joe », et de « My Generation ») quand les Ramones se fendaient d’un rock minimal et bruyant qui sera la matrice du punk-rock. Mais qui se cachait derrière cette appellation, cette raison sociale originale ?

Et d’abord, pourquoi les Ramones ? Deux versions s’opposent, le pseudonyme de Mc Cartney (Paul Ramon) au temps des Silver Beetles ou le nom de Phil Ramone, un producteur new-yorkais fondateur de A & R Recording qui a vu passer en studio tout ce qui fait de la musique aux États-Unis (et ailleurs).

On a d’abord Douglas Colvin, le bassiste, dit Dee Dee. Il est le seul à avoir un pedigree pour avoir joué de la basse dans les premiers Heartbreakers de Johnny Thunders (ex- guitare héro et chérubin des New York Dolls). Un court moment, puisque son incompétence notoire l’a fait remplacer par Richard Hell avant que celui-ci ne laisse la place – le siège éjectable – à Billy Rath pour leur premier album en 1977.

Issu d’une famille dysfonctionnelle avec un père militaire autoritaire, le jeune Colvin fugue et deale de la cocaïne à Central Park avant de travailler au service courrier d’une entreprise. À l’occasion, il se prostitue pour payer sa came jusqu’à aller braquer une station service dans l’Indiana et de purger trois mois de prison, avant de rencontrer John « Johnny Ramone » Cummings.

Pas d’antécédents musicaux pour lui, si ce n’est dans les Tangerine Puppets de Tommy Erdelyi, futur Tommy Ramone. Fils d’ouvrier en bâtiment, il supporte les Yankees et veut devenir un grand sportif. Il travaille dans une entreprise de nettoyage et voit un concert des New York Dolls en 1973. Sa voie est tracée et, avec Dee Dee, ils font le constat que toute la musique en vogue à l’époque (Jazz-rock, rock symphonique, hard-rock, blues-rock) les emmerde et qu’ils vouent un culte commun aux Stooges et aux New York Dolls, les pionniers du Punk-rock. Dee Dee et Johnny sympathisent, tous deux alcooliques et sniffeurs de colle. Ils effraient les petites vieilles et leur spécialité est de balancer dans la rue des vieux téléviseurs récupérés avant le passage des éboueurs.

Jeffrey « Joey Ramone » Hyman a joué dans un groupe, The Sniper. Fugueur et renvoyé du domicile par ses parents, il est passé par l’institution psychiatrique et s’intéresse à l’art, vouant un culte morbide à Alice Cooper et à Charles Manson. Il rejoint le duo de délinquants juvéniles.

Tamas Erdelyi – Tommy Ramone – est né à Budapest. Il a joué dans les Tangerine Puppets avec Johnny. Lui a été ingénieur du son aux studios Record Plant et, à ce titre, il s’improvisera manager du groupe avant de remplacer Joey à la batterie qui, incapable de suivre le rythme et guère plus probant à la guitare, passera au chant. Voilà pour les présentations.

Un jour de paie, Dee Dee s’achète une basse Danelectro et Johnny une Mosrite bleue ciel. Tommy leur prête un local à Manhattan et les répétitions commencent. Les premiers engagements au CBGB ne tardent pas à venir, remarqués qu’ils sont pas la rock-critic Lisa Robinson. C’est elle qui les présente à Danny Fields qui deviendra leur premier manager, lui-même les introduit auprès de Seymour Stein et de Richard Gottehrer, les hommes de Sire Records, une filiale de Warner Bros. Avec le producteur Craig Leon, ils enregistrent leur premier album The Ramones, qui sort en avril 1976 et produit un effet foudroyant. C’est historiquement le premier disque de punk-rock de l’histoire avec des morceaux d’une moyenne de 2’, sans interruption, une basse continue et des morceaux qui se ressemblent dans un minimalisme assumé. Tous les morceaux sont signés The Ramones à part une reprise du « Let’s Dance » de Chris Montez et « Blitzkrieg Bop » sort en 45 tours en même temps que « I Wanna Be Your Boyfriend », non classés dans les charts. On a aussi leur « Now I Wanna Sniff Some Glue » qui sent le vécu et, au final, un magistral « Today Your Love, Tomorrow The World » plein de dérision, même si on sent qu’ils n’en resteront pas là. Ils partent en tournée en Angleterre et passent en première partie des Flamin’ Groovies à la Roundhouse à l’été 76. Les Punks anglais les adoptent et ils font la connaissance des Clash et des Sex Pistols. Ils retrouvent les Groovies au Roxy de Los Angeles. Leur jeu de scène, lui aussi minimal, et leurs prestations au cordeau commencent à attirer les foules.

Leave home sort début 1977 avec l’éternelle reprise (ici le « California Sun » des Rivieras) et leur titre fétiche « Pinhead » accompagné de leur cri de guerre, Gabba gabba hey ! « Gimme Gimme Shock Treatment » évoque l’enfermement psychiatrique quand d’autres chansons parlent explicitement de sexe et de drogue. L’album fait un flop et il faudra attendre Rocket to Russia, fin 1977, pour qu’ils connaissent un petit succès (n°49 au Billboard). Dave Marsh, dans le magazine Rolling Stone, parle du meilleur album de rock américain de l’année. Les Ramones se piquent de géopolitique dans ce qui est encore la guerre froide avec un dessin au verso de John Holstrom. C’est maintenant Tony Bongiovi (le frère de) qui produit et on se régale de morceaux enlevés et drôles comme « Sheena Is A Punk Rocker » ou « Teenage Lobotomy » avec pour le coup deux reprises : le « Surfin’ Bird » des Trashmen et le « Do You Wanna Dance » de Bobby Freeman. Toujours les racines Surf rock et Rockabilly.

1977, année punk, est leur année et ils sortent Road to ruin en 1978. Ed Stasium remplace Bongiovi aux manettes et le résultat est convaincant avec des mélodies plus travaillées (« I Wanna Be Sedated », « I’m Against It ») et la traditionnelle reprise, le « Needle And Pins » des Searchers. Qu’on ne s’y trompe pas, sous leurs allures de charlots, les Ramones ont une immense culture rock. Dans It’s alive, le groupe compile la plupart de ses morceaux dans un double album live enregistré au Rainbow de Londres, et c’est prodigieusement jouissif. J’ai eu l’occasion de les voir à l’époque au Macumba d’Englos, avec les Talking Heads, et j’en suis longtemps resté sur le cul.

Tommy prend ses distances avec le groupe et est remplacé par Marc « Marky Ramone » Bell, batteur des Voidoids de Richard Hell. Ce sera le début d’une querelle d’égos entre Johnny et Dee Dee. Ils enregistrent End of the century avec Phil Spector à L.A et c’est un cauchemar avec coke et revolver. Spector veut les faire enregistrer « Be My Baby » avec Joey qui ferait Ronnie Bennett, mais ce sera « Baby I Love You » plus une poignée de hits fracassants tels « Do You Remember Rock’n’roll Radio » ou « Rock’n’roll Highschool » composé pour le film éponyme de Allan Arkush où joue le groupe. C’est en tout cas leur meilleur album, tout juste concurrencé par Pleasant dreams qui sort l’année d’après, en 1981. Un album produit par Graham Gouldman (ex Ten CC) où, exceptionnellement, les douze morceaux sont d’eux. Rien à jeter pour un album bourré d’énergie et de finesse où ils sont à leur meilleur. Faut-il continuer ? Même si on continue à les acheter, les albums sont moins bons à partir de 1983 et le groupe, produit par Tommy et Stasium, prend souvent les chemins du psychédélisme sur les brisées des Cramps (Subtearranan jungle, Too tough to die, Animal boy, Halfway to sanity jusqu’à leur dernier, Adios amigos, en 1995). On a pu les voir dans un festival au fin fond du Limbourg, à la même affiche que les Cramps, en 1990. Souvenir inoubliable, même dans la boue et sous une pluie battante.

Les Ramones se séparent , définitivement en 1996, chacun menant une courte et discrète carrière solo. La mort les rattrape les uns après les autres, entre 2001 et 2014 et seul Marky, la pièce rapportée, est encore en vie.

50 ans après, il était grand temps de leur rendre hommage. Gabba gabba hey !!!

27 septembre 2026

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