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LETTRE OUVERTE AU MONDE DIPLOMATIQUE

La décroissance, Chevènement et les États-Unis

Lecteur fidèle de votre mensuel depuis maintenant plus de 20 ans (l’éditorial de Ramonet Désarmer les marchés), je me demande pour la première fois si je vais le rester.

J’ai pu avoir des désaccords avec certains de vos articles, mais, depuis quelque temps, autant de désaccords m’amènent à m’interroger sur votre ligne éditoriale.

Déjà l’article Noiriel – Béaud sur l’intersectionnalité des luttes m’avait fait tousser, mais vous faites fort ce mois-ci avec votre Mirages de la décroissance, d’un certain Leigh Phillips, qui assimile le secteur de la décroissance à autant de malthusiens réactionnaires (pléonasme). L’auteur manie allégrement le paradoxe avec des considérations sur le climat et la transition écologique le rapprochant du productivisme et du consumérisme. On a presque droit au couplet sur les bobos écologistes éloignés du vrai peuple.

Mais là n’est pas le pire, la critique du livre de Chevènement, très laudative, fait l’impasse sur son nationalisme et la technocratie productiviste qu’il a toujours incarné. Sans parler des sauvageons et des « républicains des deux rives ». Il laisse d’ailleurs une glorieuse descendance avec les Onfray, Philippot et autres Valls. Le serial démissionnaire serait-il l’une de vos références ?
Mais le summum est atteint avec vos articles sur les élections présidentielles américaines. On vous sent presque déçus par la défaite de Trump et votre haine des démocrates va jusqu’à lui trouver des vertus. Il est vrai que vous avez un vrai reporter de terrain, le dénommé Thomas Frank qui, depuis son Kansas natal où on apprend qu’il fut un jeune punk-rocker, corrobore vos analyses : toute la bourgeoisie de l’endroit est devenue démocrate et on n’est pas loin de se dire, même si ce n’est pas écrit, que les classes moyennes et populaires sont toutes devenues républicaines. Jusqu’à ironiser sur les  banderoles Black Lives Matter dans un quartier bourgeois. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que ce monsieur m’irrite avec ses biais populistes et, j’ose le croire, un peu provocateurs.

Les démocrates, c’est donc Wall street, la désinformation, le complexe militaro-industriel et la bourgeoisie méprisante. Peu importe que les premières mesures de Biden soient de recoller à l’accord de Paris, de réintégrer l’OMS ou de reconsidérer l’accord sur le nucléaire iranien. Peu importent les mesures sociales qu’il entend mettre en œuvre, comme le salaire minimum, la régularisation de sans-papiers, une réforme du système pénal, voire la création d’un système de santé universel. Peu importe que les démocrates ont aussi pour noms Sanders ou Ocasio-Cortez. Même si je ne me fais guère d’illusions sur leur volonté comme sur leur capacité à changer le système en profondeur.
Pour tout dire, vos « manières de voir » sont un peu contestables, et à sens unique : souvent souverainistes, parfois populistes (de gauche, qu’on se rassure) et plutôt productivistes. Mais je retiens aussi vos articles sur les producteurs de lait ou EDF dans le même numéro, aussi argumentés que documentés. On va dire que ça compense.
Bon, j’arrête là et sans rancunes.

Didier Delinotte, un bobo gauchiste qui, au fond, vous adore.

PS : je me permets d’envoyer copie de ce courrier aux AMD de la région avec lesquels j’ai toujours entretenu les meilleurs rapports. 

30 janvier 2021

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