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ÇA NOUS FERA 16 EUROS !

Le visuel officiel de l’Euro 2024 (Wikipedia). On voulait mettre une photo d »équipe ou de joueur mais on se méfie des éventuelles poursuites de photographes professionnels.

Plutôt que de s’attarder sur un Euro 2024 poussif, on préfère une nouvelle fois se plonger dans le passé et retracer les grandes heures de cette compétition, laquelle existe depuis 1960. On en est donc à la 17° édition, donc 16 rétrospectives. D’autant qu’on a toujours préféré le football de club aux joutes chauvines d’équipes nationales qui arrivent sur le pré fatigués, après une saison bien chargée. Même si on pourra nous objecter que le nationalisme chauvin des équipes nationales vaut encore mieux que l’ultra-capitalisme des clubs. Tu parles d’un choix… On s’en veut un peu d’aimer le football, mais la passion échappe au rationnel, on va dire.

La première édition se tient en France, en 1960 et c’est l’URSS qui l’emporte après une finale gagnée contre la Yougoslavie. À noter que l’Espagne de Franco avait déclaré forfait pour disputer le match retour du quart de finale à Moscou, car c’est uniquement la phase finale (demi-finale et finale) qui se disputait à Paris. L’URSS de l’araignée noire Lev Yachine, sociétaire de l’Armée Rouge de Moscou qui deviendra plus tard le Spartak Moscou (l’armée puis la police). Il y avait aussi les Khousaïnov, Ivanov, Metreveli, Tchislenko et autres Szabo. Allez les rouges !

En 1964, la phase finale a lieu dans l’Espagne de Franco qui ne se verra donc pas obligé de boycotter arbitrairement certaines rencontres. Pas la finale en tout cas, qui voit l’Espagne composée majoritairement de joueurs du grand Real (Santamaria, Munoz, Del Sol, Amancio, Gento) plus quelques extérieurs aux Merengue (Pereda du Barça ou Suarez de l’Inter) battre l’URSS qui accède une deuxième fois en finale. Yachine n’a pas pu faire de miracles. Si les clubs espagnols sont en haut de l’affiche dans la période, c’est souvent avec la main-d’œuvre étrangère (Kocsis ou Kubala au Barça ; Puskas et Di Stefano au Real). Mais l’équipe nationale, la Roja, n’en est pas moins performante.

L’Italie en 1968 et une victoire de la Squadra Azura à domicile, au stade olympique de Rome devant la Yougoslavie des Pantelic, Osim, Djazic ou Skoblar. Les Yougoslaves sont les Brésiliens de l’Europe mais ils se cassent les dents devant le Catenaccio italien hérité de Helenio Herrera. Mais l’attaque n’est pas mal non plus, avec les Rivera, Mazzola, Prati, Riva, Boninsegna, Domenghini et le Napolitain Anastasi, buteur maison.

On retrouve l’URSS des grands jours en 1972 en Belgique, une fois (de plus). L’équipe nationale n’a plus les joueurs capés de 1960, mais elle est battue de peu par la dream team allemande des Breitner, Beckenbauer, Muller, Netzer, Hoeness ou Sepp Maier. À signaler que les diables rouges des Van Moer, Lambert et Van Himst ne sont éliminés par la Mannschaft qu’en demi-finale et se classeront troisièmes.

C’est à la Yougoslavie encore unie et gouvernée par le camarade Tito qu’échoit l’organisation de l’édition 1976, mais les Yougoslaves ne feront pas mieux qu’atteindre les demi-finales perdue contre les Allemands. Contre toute attente, c’est la Tchécoslovaquie des Panenka, Nehod et Viktor qui l’emporte en finale contre la dream team allemande augmentée des Rainer Bonhof et des Berti Vogts. Paradoxalement, les Tchécoslovaques n’iront pas en Argentine pour la Coupe du monde, échappant à cette compétition à l’ombre des charniers.

En 1980, la formule change avec deux poules de 4 équipes avant la phase finale. On dit maintenant de championnats d’Europe de Football avant de parler d’Euro. La Squadra Azura n’accède pas au podium, battue par la Tchécoslovaquie et c’est la modeste Belgique qui affronte la Nazional Manschaft, l’ogre européen, en finale. Le duo hambourgeois Manfred Kaltz et Horst Hrubesch fait merveille et les petits belges (dixit Luc Varenne) des Van Der Eycken, Ceulemans et Van Der Elst (l’ossature du F.C Bruges) est battue en finale. Et à la fin c’est toujours… Voir le théorème de Linecker.

Paris 1984 et là aussi deux poules de 4 équipes, mais on tient à jouer de vraies demi-finales. La France de Platini et Rocheteau l’emporte en finale contre l’Espagne grâce à une faute de main du gardien Luis Arconada qui avait mis des gants en peau de pêche (comme disait Larqué). La France qui a bien failli se faire battre par de vaillants portugais en demi-finale. Le carré magique, Giresse – Tigana – Platini – Fernandez, avait encore frappé.

En 1988, la France d’Henri Michel n’est même pas qualifiée. C’est le temps des vaches maigres, à nouveau. En Allemagne (encore Fédérale), la Manschaft est battue par l’URSS en demi-finale et on retrouve en finale les Pays-Bas, la Hollande de Rijkaard, Van Basten et Gullit, devant l’URSS de Dassaev, Belanov et Zavarov, les deux derniers joueurs du Dynamo Kiev qui se retrouveront au Milan A.C. Le boom Orange (jeu de mots incompréhensible pour qui ne connaît pas cette bière à pisser néerlandaise).

Le Danemark n’était pas qualifié en 1992, mais repêché après la disqualification de la Yougoslavie (bientôt ex) pour cause de guerre et d’embargo. En Suède, le voisin danois l’emporte devant l’Europe du football stupéfiée. Le Danemark de Laudrup et Larsen triomphe des Allemands de Klinsmann et Brehme. La France n’est pas sortie de son groupe et ne sera pas présente aux coupes du monde 1990 et 1994. En attendant la relève, qui tarde à venir.

Elle vient enfin en 1996, en Angleterre, avec Zidane comme chef d’orchestre, un nouveau Platini. Les Français de Mémé Jacquet iront en demi-finale, battus par la République Tchèque (le rideau de fer est tombé) des Smicer et Nedved, aux penalties. Les Tchèques seront battus par les Allemands à Wembley. Et à la fin… (air connu). C’est maintenant la formule moderne de la compétition, avec quatre groupes de 4 avant quarts de finale et phase finale.

C’est cette formule qui prévaut en 2000 et nos Bleus ont gagné une coupe du monde, ce qui autorise les espoirs les plus fous. Des espoirs qui ne seront pas déçus lorsque Trezeguet inscrit le but en or qui donne le trophée à la France, pour la deuxième fois, devant l’Italie des Cannavaro, Nesta et Totti. L’action se passait cette fois aux Pays-Bas et la France avait battu les sœurs latines (Espagne en quart et Portugal en demi). Cocorico, monsieur !

2004 sera une mauvaise année pour nos bleus. Battus par des Grecs qui n’ont pas leur pareil pour endormir l’équipe adverse, la faire déjouer et se livrer à des contres assassins. C’est ainsi qu’ils battent le Portugal qui jouait pourtant chez lui, pour une édition qui ne restera pas dans les mémoires. Le Portugal des Deco, Figo et Pauleta battu par des Grecs anonymes. Côté français, Domenech entre en scène après Lemerre et Santini.

Pas suffisant pour une équipe de France éliminée en poule, en 2008, dernière derrière l’Italie, les Pays-Bas et la Roumanie. Une équipe méconnaissable après l’arrêt de Zidane sur coup de boule. L’édition avait lieu en Suisse et en Autriche et c’est la Roja espagnole des Fabregas, Silva et Iniesta qui l’emporte devant l’Allemagne de Philipp Lamm.

Pas beaucoup mieux en 2012 où c’est cette fois la Pologne et l’Ukraine qui organisent. Pour le coup, les Bleus accèdent de peu aux quarts de finale, sèchement battus par l’Espagne qui va remporter l’épreuve aux dépens de l’Italie. Un Euro très politique, puisque plusieurs pays menacent de boycotter l’épreuve pour protester contre la détention de l’ex première ministre Tymochenko et les Femen, un collectif féministe russe, se dépoitraillent en tribune.

Retour de l’Euro en France en 2016 et on passe à 24 équipes avec des huitièmes de finale. La France sort de son groupe les doigts dans le nez et élimine respectivement l’Eire, l’Islande (surprenant vainqueur de l’Angleterre) et l’Allemagne, avant de tomber devant le Portugal de Christiano Ronaldo, blessé en début de match, par un seul petit but du Lillois Eder.

Pour 2020 (disputé en 2021), pas de pays organisateur pour cause de Covid et on joue les uns chez les autres, dans toute l’Europe. La France termine en tête de son groupe, devant l’Allemagne et le Portugal, mais tombe contre la Suisse en huitième de finale aux tirs au but après avoir mené 3 – 1 à un quart d’heure de la fin. Zorro – M’Bappé n’a pas suffi et c’est l’Italie qui, à la surprise générale, bat l’Angleterre en finale aux tirs au but à Wembley, après avoir sorti l’Espagne qui partait grand favori. C’est le football, comme disait Thierry Roland.

Et puis l’édition présente, en Allemagne, que l’on suit distraitement, pestant contre les loupés incroyables de Griezman ou de M’Bappé au nez cassé. Pas mal de surprises depuis le début et des supposées grandes équipes (Belgique, Angleterre, Italie) déjà en difficulté. Même l’Espagne semble poussive et le Portugal ressemble à une maison de retraite de luxe (Pépé, Christiano Ronaldo, Diego Costa…). On verrait bien quand même l’Espagne, la Croatie de l’increvable Modric, ou l’Allemagne qui semble maître chez elle. Pas la France de Deschamps en tout cas, pas au niveau tékeniquement, taquetiquement et physiquemint, comme il dirait. En attendant la coupe du monde sur le continent américain (États-Unis, Canada, Mexique), en 2028. Chez Trump ou chez Biden ? Toujours la politique en embuscade.

23 juin 2024

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VINGINCES 8DAGONNETJ’avais écrit ça en à peine trois mois, en écrivain du dimanche. J’avais commencé un lundi, après un week-end avec des amis où on avait passé notre temps à picoler et à se raconter entre deux fous rires des anecdotes et des souvenirs communs sur nos années passées à Paris, dans les années 70. J’allais avoir 30 ans et je m’étais réveillé la bouche pâteuse et la gueule de bois avec un sentiment de vide et de mélancolie qui exigeait, nécessité intérieure, que je me mesure à la page blanche, sous la tutelle supposée bienveillante de tous les auteurs que j’admirais. Ça s’appelait Réverbérations (d’après le titre d’un morceau du 13th Floor Elevators, groupe psychédélique texan), sous-titré Passés simples, et se voulait être une chronique des années 60 et 70 à travers l’itinéraire de quelques personnages dont les histoires finissaient par se rejoindre. Un manuscrit de 230 pages qu’il me fallait proposer aux professionnels de la profession, à savoir aux grandes maisons d’édition parisiennes, puisque les quelques éditeurs indépendants dont on m’avait parlé avaient déjà leurs parutions ficelées pour des années. C’est en tout cas ce qu’ils m’avaient tous dit. Mon ami Luc avait été l’un des premiers enthousiasmés par ce roman et il l’avait recommandé, en tant qu’auteur publié de quelques romans sur le Vietnam, à Simone Gallimard, directrice du Mercure de France, du Mercure François, comme disait le Cyrano de Rostand. La dame lui avait fait part de ses réticences, arguant que, si le roman avait des qualités indéniables, son langage jeune et un tantinet démagogique ne permettait pas une publication chez elle. À moins de revoir le manuscrit, sans donner la moindre indication pour ce faire. « Un bon brouillon », m’avait dit Luc, qui semblait d’accord avec elle, mais un brouillon quand même qu’il s’agissait de retravailler pour lui donner une forme publiable correspondant aux critères exigeants de l’édition. Je ne voyais pas trop par quoi commencer et les bras m’en tombaient lorsque je me mettais à retravailler, comme ils disaient, sans savoir exactement ce qu’il y avait à modifier. J’envoyais donc mon manuscrit tel quel chez les principaux éditeurs. Une dizaine de copies étaient tapies dans un grand sac de sport et j’arpentais le quartier de l’Odéon en frappant aux portes des doges de la république des lettres, de ceux qui décidaient si vous étiez un auteur digne d’être publié ou un écrivaillon condamné à n’écrire que pour ses tiroirs. Humble mortel, j’avais l’audace de m’en remettre au jugement des dieux et je ne fus pas déçu, recevant les unes après les autres des lettres de refus stéréotypées avec toujours les mêmes formules hypocrites. Un bon livre assurément, mais qui ne correspondait à aucune de leurs collections, ou qui n’avait pas reçu la majorité des avis positifs du comité de lecture avec des « malheureusement » à longueur de bras et des encouragements pour la suite. J’en étais venu à les collectionner. Ne voulant pas rester sur un échec, j’en avais commencé un autre, Les journées de plomb (en référence aux années de plomb italiennes), dans un genre différent. Un retraité que j’avais baptisé Adrien Ménard et qui passait son temps à aller aux putes et à supporter un club de football. L’intrigue, assez mince, tournait autour de son fils, gibier de psychiatrie mêlé à une tentative d’enlèvement d’un patron de choc. Quelque chose en phase avec la montée du Front National et les exploits d’Action Directe. Même punition, avec des lettres de refus en pagaille, pile trois mois après mes envois. On ne s’embarrassait même plus de formules de politesse et de petits mots de consolation. Le roman n’était tout simplement pas convaincant, faute d’une intrigue solide qui seule aurait pu lui donner de la consistance. J’avais fait appel à un haut placé de la CFDT qui connaissait du monde dans la maison d’édition proche du syndicat et il n’avait même pas daigné recommander mon manuscrit, pas convaincu lui non plus. Sauf que lui, je ne le savais pas critique littéraire. Déçu dans mes ambitions du même nom, je décidais d’en rester là quand mon ami Luc m’adressa une publicité émanant de la société Icare, qui se faisait fort de relire et de corriger les manuscrits qu’elle estimait publiables et, par ses relations avec les éditeurs, de les faire éditer moyennant quelques retouches sur la base de leurs précieux conseils. Tout cela évidemment moyennant aussi finance, car leurs services n’étaient pas gratuits, va sans dire. J’avais pris rendez-vous avec Yves Dagonnet, le directeur de ladite société. Dans les bureaux d’Icare, deux pièces obscures dans un immeuble de rapport du quartier latin. Dagonnet était un grand barbu débonnaire et volubile, avec un gros nez et un regard franc. Il verrait ce qu’il pouvait faire pour mon manuscrit, mon enfant de papier qui l’appelait au secours. Sa secrétaire, une jeune femme accorte au décolleté provoquant, nous servit le champagne et nous trinquâmes à ma réussite. Quinze jours plus tard, Dagonnet me renvoyait mon manuscrit avec ses propositions de réécriture, ses recommandations. Une dizaine de feuillets tapés à la machine où, chapitre par chapitre, paragraphe par paragraphe et ligne par ligne, il me proposait ses reformulations et ses corrections. Il me demandait également un chèque de 6000 francs pour ce travail avec l’assurance que, à condition de me conformer à ses prescriptions, le manuscrit serait publié dès la rentrée. Je profitais de quelques jours de vacances début juin pour revoir le manuscrit, en respectant les consignes. Avec les coupes, les conseils de réécriture pour certains passages, les innombrables notes en bas de page et les explications sur tout ce qui concernait les faits et les personnages de l’époque ; mon roman me paraissait formaté, banalisé, appauvri. Les 230 pages étaient passées à 300 mais j’avais la douloureuse impression d’avoir affadi une histoire qui perdait beaucoup de son intérêt, avec un approfondissement psychologique des personnages et des tas de précisions redondantes.

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